Une restructuration majeure impacterait le campus francophone Glendon
TORONTO – Pour pallier le déficit financier et la baisse des inscriptions au Collège Glendon, l’Université York propose une restructuration majeure de son campus francophone. Ce plan prévoit notamment le déménagement des activités de Glendon vers le campus principal de Keele et la perte de son statut de faculté autonome. Une annonce qui suscite déjà de vives inquiétudes chez le personnel enseignant quant à de potentielles pertes d’emplois et à l’avenir du bilinguisme au sein de l’institution.
Après une première restructuration menant à la fusion de ses 14 départements en quatre pôles en 2014, le Collège Glendon de l’Université York pourrait faire l’objet d’une refonte radicale pour pallier la diminution des inscriptions au premier cycle qui ont chuté de 50 % en 10 ans, contribuant à creuser le déficit.

Le Conseil de la Faculté de Glendon avait demandé à l’administration de l’Université York de présenter des options de « revitalisation » de Glendon et, ce mercredi 20 mai, la vice-rectrice par intérim, Laina Bay-Cheng a tenu une réunion extraordinaire, aux fins d’examen du corps professoral.
« La proposition offre une option visant à revitaliser le mandat francophone et bilingue de l’Université York et à optimiser l’utilisation de ses ressources », peut-on lire dans la déclaration officielle de York.
Celle-ci se centralise notamment autour du déménagement de Glendon sur le campus de Keele « où se trouvent environ 70 % des étudiants francophones actuels », un des enjeux mentionnés étant les contraintes logistiques pour des étudiants qui suivent des cours sur les deux campus.
Sur le plan des infrastructures, le projet prévoit de déménager le point d’ancrage physique du Collège Glendon dans le bâtiment qui abrite actuellement l’École de formation continue sur le campus Keele. L’université promet d’investir dans le réaménagement de cet édifice récent — situé près du Bennett Centre — pour y centraliser les services en français et concevoir des espaces qui reflètent l’orientation francophone, bilingue et multilingue de l’institution.
Perte d’autonomie et fin des programmes indépendants
Autre changement de structure : le Collège Glendon changerait de statut institutionnel. Selon la proposition, « le Collège Glendon passerait du statut de faculté à celui de collège à l’échelle de l’université, servant de point d’ancrage, de renforcement et d’intégration de l’éducation bilingue, de la communauté francophone et des services en français ».
Sous cette nouvelle configuration, la gestion des programmes serait intégrée à celle du campus principal de Keele.
Sur le plan académique justement, la proposition envisage que les programmes et les membres du corps professoral de Glendon soient regroupés avec des unités apparentées dans d’autres facultés.
Les programmes propres à Glendon seraient ainsi transférés vers le campus Keele. Bien que les professeurs conserveraient leur affiliation au Collège Glendon, ils occuperaient désormais des postes officiels dans d’autres facultés de l’université.
Plutôt que d’offrir des diplômes universitaires indépendants, le Collège Glendon changerait de mandat. Sous la direction de son principal, il coordonnerait plutôt l’intégration de cours en français, de parcours menant à des diplômes et d’expériences de cohortes étudiantes, mais au sein des programmes gérés par les autres facultés de York.
L’administration justifie cette approche par la volonté d’éliminer des programmes potentiellement redondants et « le chevauchement des cours entre les programmes de différentes facultés ».
De vives inquiétudes chez le personnel enseignant
« Les membres du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP/CUPE, section locale 3903) sont très préoccupés par la restructuration de Glendon », nous informe sa présidente, Zoë Newman, pointant du doigt de graves répercussions sur les professeurs contractuels et étudiants instructeurs de cycle supérieur.
Selon cette dernière, l’intégration des cours de Glendon à des départements existants du campus de Keele fait craindre des pertes d’emploi, auxquelles pourraient s’ajouter d’autres coupes de cours.
« De plus, l’intégration de Glendon à Keele risque fort d’avoir de graves conséquences sur le bilinguisme à York. Glendon est un environnement unique où l’enseignement en langue française peut s’épanouir grâce à sa propre mission pédagogique distincte, et non comme un simple ajout dans un environnement majoritairement anglophone », alarme-t-elle.
L’unité syndicale dénonce également un manque de consultations récurrentes avec les travailleurs à York, assurant que la proposition présentée par la vice-rectrice par intérim, Laina Bay-Cheng, a pris de court plusieurs enseignants de Glendon.
« La proposition entre maintenant dans une période d’examen réfléchi et approfondi, qui permettra la rétroaction et des discussions avec de nombreuses parties prenantes », a déclaré le porte-parole de l’Université York, Yanni Dagonas, avant de préciser que les perspectives recueillies dans le cadre de ce processus orienteront les démarches futures.