Projet de TGV : un train « inutile » pour les gens du Nord selon un député fédéral
SUDBURY – Le député conservateur du Nord de l’Ontario, Jim Bélanger, qualifie d’inutile le projet de train à grande vitesse (TGV) ALTO, qui se traduira selon lui par une facture de 8000 $ par famille pour un service qu’ils n’utiliseront jamais. L’élu de Sudbury-Est-Manitoulin-Nickel Belt réclame plutôt le détournement des 90 milliards de fonds publics vers la sécurité des routes régionales et le prolongement du train « Budd Car ».
Le projet ALTO, estimé entre 60 et 90 milliards de dollars par l’administration fédérale, est la cible principale du député conservateur de la région.
« En moyenne, ça va coûter à chaque famille ici, dans le Nord de l’Ontario, 8000 $ pour quelque chose qu’on n’utilisera jamais ici », affirme l’élu conservateur, porté au pouvoir dans la circonscription lors du scrutin d’avril 2025.
Pour appuyer ses dires, il se réfère à des données de sondages qui révèlent qu’ « il y a deux tiers des Canadiens…qui disent qu’ils ne vont probablement jamais l’utiliser de leur vie », ce qui démontre, selon lui, la déconnexion d’Ottawa dans ce dossier.
Il estime que cette dépense est injustifiée pour sa région affirmant que le corridor entre Toronto et Québec bénéficie déjà d’une excellente desserte.
Des milliards pour le Sud, des routes critiques pour le Nord
La frustration du représentant s’appuie sur le fait que le gouvernement fédéral s’est engagé à investir 4,3 milliards de dollars dans les phases initiales d’ALTO.
Cette somme est dépensée alors que la construction ne débutera pas avant 2029, laissant, d’après l’élu, les infrastructures du Nord dans un état d’abandon.
Le député franco-ontarien soutient que ces fonds devraient être immédiatement réorientés vers des projets routiers de sa circonscription. Parmi les dossiers prioritaires, il évoque notamment la pétition de son collègue Gaétan Malette visant à améliorer la route 11 Nord, une artère coûteuse, particulièrement accidentogène et meurtrière.
Cet axe routier enregistre régulièrement de graves accidents en hiver. L’élu mentionne également le besoin de financement pour sécuriser la route 17 et parachever l’élargissement à quatre voies de la route 69, déclarant : « moi je demande seulement que le Nord partage dans les fonds publics du pays ».
L’alternative de l’expansion du « Budd Car »
Au-delà des routes, le député prête sa voix à une revendication citoyenne historique : l’interconnexion du transport ferroviaire dans le Nord.
Cette demande s’articule autour du mythique « Budd Car », un autorail diesel d’époque qui assure le seul lien vital pour les résidents et les chalets isolés en pleine forêt entre Sudbury et White River.
Son intérêt s’est intensifié après un récent déplacement sur le terrain : « à peu près deux mois passés, j’étais allé prendre un petit voyage sur le Budd Car qui relie Sudbury à White River ». S’il a trouvé l’expérience plaisante, il s’est dit surpris par l’isolement de cette ligne ferroviaire qui fonctionne de manière autonome.
L’élu souhaite prolonger cette ligne, affirmant qu’« elle devrait au moins aller jusqu’à Thunder Bay, et vraiment se connecter à North Bay aussi ».
Selon lui, la concrétisation de cette interconnexion ne coûterait qu’une fraction des sommes requises pour le projet ALTO, rappelant que « le Budd Car c’est un service essentiel, tant qu’à l’avoir on devrait faire le mieux qu’on peut avec, au lieu de saper 90 milliards de dollars dans le Sud de l’Ontario ».
Interrogé sur les coûts réels d’une telle expansion, le représentant conservateur admet qu’il n’en est qu’au tout début de ses démarches et qu’il ne dispose d’aucune étude financière précise pour le moment.
Il qualifie lui-même son initiative d’« étude que je commence, qui est très préliminaire », et confie qu’il est simplement au début de son « investigation ».
L’un des défis majeurs réside dans le partage des voies ferrées, qui appartiennent à la compagnie privée Canadien Pacifique Kansas City (CPKC), cette dernière accordant contractuellement la priorité au transport de ses marchandises. Le député reconnaît qu’il faudrait surmonter plusieurs embûches, expliquant qu’« il y a des obstacles sur la voie ferroviaire, il y a des obstacles sur les trains eux-mêmes qui sont vieux et qui doivent être remplacés, et il y a des obstacles de main-d’œuvre aussi ».
VIA Rail ferme la porte à une expansion
L’élu dit avoir déjà rencontré les dirigeants de VIA Rail à deux reprises. S’il salue le fait qu’« ils sont sincères dans leur dévouement pour avoir la fiabilité », les détails entourant le remplacement de la flotte demeurent minces.
Interrogée sur la faisabilité technique et financière d’un prolongement du train de passagers sur des voies de marchandises, VIA Rail s’est montrée prudente, indiquant qu’aucun projet de ce type n’était dans les cartons pour le moment.
La société d’État a plutôt mis l’accent sur la modernisation de ses équipements actuels : « Au cours des dernières années, VIA Rail a réalisé des investissements importants dans l’entretien, la réparation et l’amélioration de son parc de trains RDC […] afin d’accroître leur fiabilité et d’assurer la continuité du service. »
Quant à une éventuelle expansion du réseau vers le Nord de l’Ontario, la réponse est sans équivoque : « À l’heure actuelle, VIA Rail n’a aucun projet concernant une expansion du service vers North Bay ou Thunder Bay. »