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Un grand blocage pour la rentrée à Queen’s Park

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Au moment de l’ajournement des travaux parlementaires en décembre, peu de députés auraient anticipé une rentrée à Queen’s Park si houleuse. Le conflit entre le gouvernement et les enseignants était alors à un stade avancé. Deux mois plus tard, le voilà à un point critique.

Nul doute qu’à partir de mardi, les débats en chambre tourneront autour d’un conflit qui a trop duré. En toile de fond : l’incapacité des quatre syndicats enseignants et du gouvernement progressiste-conservateur à s’entendre sur le renouvellement des conventions collectives échues depuis le 31 août.

Les partis d’opposition n’ont pas attendu la rentrée pour décocher leurs flèches, le Nouveau Parti démocratique (NPD) appelant même à la démission du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce.

De leurs côtés, les quatre syndicats dont l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) seront unis, vendredi prochain, pour une grève générale historique. Les quelque deux millions d’élèves que compte la province seront contraints de rester à la maison. Une situation qui devrait intensifier davantage les débats, chacun des deux camps utilisant le terme « d’irresponsabilité » pour qualifier l’autre quant à la gestion des élèves.

Adulé par certains, détesté par d’autres, le premier ministre Doug Ford ne laisse personne indifférent. En 20 mois de pouvoir, ses décisions de réduire la taille de conseil municipal de Toronto, de sabrer dans les services en français ou encore, son premier programme hasardeux en matière d’autisme, lui ont attiré de vives critiques. Cette crise avec les enseignants est pourtant d’une toute autre ampleur.

De par sa longueur exceptionnelle, mais aussi en raison du nombre colossal d’acteurs impliqués, parmi eux 250 000 enseignants, ce conflit s’avère jusqu’à maintenant le plus gros test du mandat de Doug Ford. D’autant que le premier ministre, en difficulté dans les sondages, avait passé les derniers mois à tenter d’offrir un message politique plus centriste et une image moins brutale.

Autant de raisons qui poussent aujourd’hui le gouvernement a multiplié les admonestations envers les syndicats, sans pour autant passer à l’étape d’une loi spéciale qui obligerait les enseignants à un retour en classe.

L’enjeu d’une loi spéciale

L’intérêt pour l’équipe Ford est au contraire de gagner du temps, et espérer que les dérangements induits par les grèves fragilisent le capital sympathie dont les syndicats disposent aux yeux de l’opinion publique, si l’on en croit les sondages. Reste que les phrases acerbes échangées par les deux camps sur la place publique montrent que le chemin d’une loi spéciale est presque inévitable.

Une telle action est loin d’être exceptionnelle en Ontario. Les libéraux de Dalton McGuinty et Kathleen Wynne avaient même utilisé cette loi à plusieurs reprises, à la différence près que l’ambiance n’était pas aussi délétère, avec un tel niveau de pourrissement.

Pas de vainqueur, ni de vaincu

Loi spéciale ou pas, ces négociations catastrophiques laisseront des cicatrices, au moins dans le court et moyen terme. À deux ans des prochaines élections provinciales, il y a de fortes chances que les enseignants n’oublieront pas ce qu’ils considèrent comme un affront.

Au-delà de savoir qui a raison ou qui a tort, le modèle de négociations et les difficultés de parvenir à une entente, quelle que soit la couleur du parti au pouvoir, interrogent. Des enseignants comme du gouvernement, il n’y aura ni vainqueur, ni vaincu, à la fin de la grève.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 17 février. 

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