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Un parti franco-ontarien, un vieux rêve impossible?

À la différence des Acadiens, les Franco-Ontariens n’ont jamais eu de parti politique les représentant à l’assemblée législative provinciale. Bien que compliquée à mettre en pratique, l’idée ne serait pas idiote pour certains.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Yves Saint-Denis est même sensible au projet. Aujourd’hui retraité, ce militant francophone est bien connu dans l’Est ontarien. «Là, l’occasion serait belle de fonder cela avec la députée provinciale indépendante Amanda Simard. Mais elle va peut-être se lancer dans un parti déjà existant pour avoir un meilleur temps de parole.»

S’il reconnaît «difficile» le lancement d’un parti franco-ontarien, M. Saint-Denis verrait la formation exister sous une autre forme.

«Pour moi, l’idée d’un parti représentant les intérêts des Franco-Ontariens trotte depuis longtemps. Ça pourrait être, par exemple, le Bloc canadien français.»

Très attaché au concept de la nation canadienne-française, M. Saint-Denis aurait aimé voir des candidats bloquistes tenter leur chance hors Québec. «J’avais demandé à Michel Gauthier et à Gilles Duceppe [deux anciens chefs du Bloc québécois] de présenter des candidats dans six comtés en Ontario, deux en Acadie, un au Manitoba, et un en Alberta.» Un projet qui n’a jamais vu le jour… et qui laisse quelques regrets.

«Lorsque Jean-Robert Gauthier a été nommé au Sénat du Canada [en 1994], c’est Mauril Bélanger qui a remporté l’investiture dans Ottawa-Vanier pour le remplacer. On aurait pu profiter de ce moment pour étendre le Bloc québécois.»

 

L’expérience du Parti acadien

Si le Parti acadien a bien été présent aux élections au Nouveau-Brunswick à partir de 1972, mais l’expérience fut brève. La formation a été dissoute en 1982 sans jamais parvenir à faire élire un représentant à l’Assemblée législative de Fredericton.

Le professeur Michael Poplyansky est sans doute l’un des plus fins connaisseurs des dix années d’existence de la formation politique. Une «parenthèse politique» qu’il retrace dans son ouvrage Le Parti acadien et la quête d’un paradis perdu.

«Le parti est né avec un mélange de revendications sociales et nationalistes. La question d’une province séparée n’a été amenée par le parti qu’en 1977», explique le professeur à #ONfr. Autre mission pour le groupe: le développement économique de la communauté acadienne, et particulièrement des pêcheurs sur la côte.

Lors des élections provinciales de 1978, l’un de ses candidats, Armand Plourde, n’est même battu que d’une centaine de voix. «Il aurait eu la balance du pouvoir», souligne M. Poplyansky.

Le candidat du Parti acadien, Armand Plourde. Gracieuseté: Office national du film du Canada.

Pour le parti, l’expérience tourne au vinaigre dans les années 80. «Le contexte était assez différent, notamment avec la crise économique. Les baby boomers, l’épine dorsale du parti, étaient alors plus âgés, moins engagés. Surtout, le premier ministre Richard Hatfield a adopté la Loi reconnaissant l’égalité des deux communautés linguistiques officielles au Nouveau-Brunswick, en 1981. Les Acadiens n’ont pas jugé bon d’aller plus loin. Mais imaginez si l’option du oui avait gagné lors du référendum sur la séparation du Québec en 1980. La question se serait posée alors en Acadie.»

 

Concentration de population trop faible en Ontario

Toujours est-il que pour le politologue Martin Normand, les Acadiens du Nouveau-Brunswick disposaient d’atouts supérieurs aux Franco-Ontariens pour bénéficier de leur propre parti. «Les Acadiens sont concentrés territorialement, contrairement aux Franco-Ontariens qui ont davantage d’intérêts divergents. Seraient-ils capables de se rassembler derrière un parti? Peut-être, mais il faudrait trouver le plus petit dénominateur commun.»

L’argument de M. Popyansky est même encore plus mathématique. «Dans une province acadienne, les anglophones auraient tout de même formé 40 % de la population. En Ontario, c’est encore plus compliqué. On a besoin d’une population concentrée et contiguë pour un tel parti.»

Malgré la persistance de la crise linguistique depuis deux mois, M. Normand ne croit pas que le salut des francophones viendra avec un parti franco-ontarien. «Je ne suis pas convaincu que ce soit la bonne solution. Un parti politique franco pourrait gruger des ressources humaines aux organismes sur le terrain. Un parti coûte cher et prend beaucoup de bénévoles. Il faudrait compter sur des souscriptions annuelles, ce qui est un autre défi.»

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