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Une plateforme numérique va unir les agricultrices franco-ontariennes

Photo : Canva

Entre l’art de la scène et la production, Nathalie Nadon évolue également comme chargée de projet au sein de l’Union culturelle des Franco-Ontariennes (UCFO), qui annonce son nouveau projet « ÉGALES », un acronyme pour « Égalité des genres des agricultrices pour le leadership, l’équité et la solidarité ».

Ce projet unique en Ontario français amorce le lancement d’une plateforme en ligne destinée à rassembler les femmes du secteur agricole ontarien, afin de créer une communauté active basée sur le partage et l’entraide.

Les agricultrices franco-ontariennes continuent de faire face à des biais de genre dans un système où les dynamiques les invisibilisent dans les discussions importantes de ce secteur.

« Le projet ÉGALES, en quoi consiste-t-il?

Ce projet veut offrir aux Franco-Ontariennes des zones rurales des moyens de pallier la distance géographique, qui s’avère être considérable en Ontario. Ainsi, la nouvelle plateforme va permettre aux agricultrices de se retrouver selon leurs horaires respectifs car la réalité est qu’une ferme laitière, une ferme hydroponique et une serre de fleurs fonctionnent selon des créneaux différents.

L’objectif est de créer une sororité inclusive entre ces agricultrices où elles peuvent se rencontrer virtuellement et échanger librement sur leurs expériences, collaborer et innover pour favoriser l’accès à des solutions équitables. Comme il n’existe pas vraiment de porte-parole pour toutes les agricultrices francophones, c’est l’occasion pour cette plateforme business-to-business (B2B) de s’ériger comme un concept créé par ces femmes et pour ces femmes.

Quels contenus et outils cette plateforme mettra-t-elle à disposition?

L’outil principal de la plateforme prendra la forme d’un forum de discussion où les agricultrices pourront s’apporter mutuellement des réponses. Il y aura aussi des opportunités de mentorat ainsi que des outils de formation en comptabilité, gouvernance et leadership. Tous ces outils seront gratuits et nous espérons aussi tenir des conférences en agriculture.

Je dirais que c’est vraiment la plateforme faite pour que ces femmes puissent s’échanger leurs connaissances et pratiques afin d’en faire une communauté vivante. Nous voulons que les échanges y soient structurés et informés en même temps. En somme, ce que nous voulons offrir, c’est une plateforme spécifiquement pour les Franco-Ontariennes.

Sara Poliquin est la directrice générale de La Maison Verte dans la Nord Ontarien. Photo : Gracieuseté

Véronique Dupont tient la ferme Alfran dans l’Est Ontarien. Photo : Gracieuseté

Joanie Grenier de la DJ’S Dream Fram dans le Nord Ontarien. Photo : Gracieuseté

Où en Ontario peut-on trouver des femmes francophones engagées dans l’agriculture?

Une grande portion des agricultrices francophones se trouvent dans l’Est Ontarien, à Casselman, Embrun ou Saint-Isidore, il y a aussi une grande représentation dans le nord de la province. C’est plus compliqué dans le sud, où il y a pourtant beaucoup d’activités agricoles. Toutefois, ça reste compliqué de recenser les agricultrices francophones dans cette région.

Quels sont les principaux défis ayant motivé la création de cette plateforme?

Les femmes en agriculture ne sont toujours pas pleinement représentées et sont souvent enregistrées dans des statistiques comme conjointes d’agriculteurs. Elles continuent à se faire rares dans les sphères décisionnelles et consultatives malgré leur expérience et leur expertise. On n’en voit pas tant dans les conseils d’administration, les syndicats ni dans les comités consultatifs. À travers cette plateforme, on veut mettre en lumière des modèles inspirants afin de renforcer la confiance des autres agricultrices pour qu’elles briguent des postes de leadership.

Les trois défis qui s’enchevêtrent ici c’est qu’elles doivent revendiquer leur place en tant que femme, puis en tant que francophone et tout cela en milieu rural.

En tant que chargée de projet à l’UCFO à côté de son métier de comédienne, Nathalie Nadon est fortement engagée dans la communauté des agricultrices francophones. Photo : Gracieuseté

Comment cette plateforme répond-t-elle au manque de services en français?

Étant donné que presque tout le monde parle anglais dans le domaine agricole en Ontario français, On tient souvent pour acquis que les francophones vont s’adapter. D’après plusieurs agricultrices, bien qu’elles comprennent très bien l’anglais, elles apprécient de pouvoir s’exprimer clairement sur leurs besoins, donc quand tu peux le faire dans ta langue maternelle, ça prend tout son sens. Ça vient vraiment toucher ta fibre dans ton cœur.

De plus, ces femmes sont reconnues pour être les gardiennes de la langue française dans ces communautés qu’elles tiennent à bout de bras. Elles font des activités en français, des levées de fonds au profit d’organismes communautaires.

Quels résultats avez-vous tirés de votre sondage à l’intention de ces femmes?

Nous avons réalisé un grand sondage auprès des agricultrices ainsi que nous avons rencontré divers acteurs du milieu agricole. Un état des lieux du sondage est prévu le 28 avril avec Financement agricole Canada, toutefois, le sondage révèle d’ores et déjà que ces femmes se sentent contraintes à devoir faire plus pour prouver leurs compétences. Les biais de genre et les préjugés viennent principalement de l’extérieur.

Par exemple, lorsqu’elles vont acheter une pièce au magasin pour faire réparer leur tracteur, elles auront tendance à ne pas être prises au sérieux, ou encore, lors d’entretiens bancaires, le banquier aura tendance à s’asseoir plutôt en face de l’homme.

Prudence Aline Tapsoba Ouanga est finissante du programme d’agriculture de La Cité. Photo : Gracieuseté

Qu’en est-il de la situation des femmes issues de l’immigration?

En effet, leur faible nombre dans le projet ne veut pas dire qu’elles sont absentes, au contraire. Par exemple selon Catherine Goueth à Ottawa, qui cultive des légumes camerounais, bien qu’elle soit là depuis une quinzaine d’années, seule, elle n’a pas d’appui. Par ailleurs, en tant que locataire de sa terre, elle reste à la merci de son propriétaire qui peut éventuellement la revendre quand bon lui semble sans tenir compte de l’entreprise de Mme Goueth. Il faut que ces femmes soient mieux épaulées, soient mieux reconnues.

Malgré les défis, quelles sont les réussites des agricultrices franco-ontariennes?

Il y a des entreprises exemplaires. Par exemple à l’Orignal Packing où l’abattoir produit le meilleur jambon de la ville. C’est une agricultrice qui a repris la ferme de son père et la gère toute seule depuis. Elle en a fait un produit de qualité exceptionnelle.

Clodine Baumgartner de la ferme Ô Saveurs dans l’Est ontarien. Photo : Gracieuseté

Peut-on s’attendre à de nouvelles phases de développement pour la plateforme?

On espère que le financement du projet par Femmes et Égalité des genres Canada va être reconduit. Pour l’instant, nous voulons voir comment la plateforme va fonctionner.