La Société de développement communautaire de Prescott-Russell (SDCPR) et le député Stéphane Sarrazin ont officialisé ce mardi une initiative majeure pour unifier l'attraction d'entreprises dans l'Est ontarien. Photo : gracieuseté de la SDCPR
Politique

« Une première pour Prescott et Russell » : la région lance un projet pour contrer les tarifs américains

La Société de développement communautaire de Prescott-Russell (SDCPR) et le député Stéphane Sarrazin ont officialisé ce mardi une initiative majeure pour unifier l'attraction d'entreprises dans l'Est ontarien. Photo : gracieuseté de la SDCPR

PRESCOTT ET RUSSELL — Alors que le président américain Donald Trump vient tout juste d’accentuer la pression commerciale en annonçant l’imposition de nouveaux droits de douane de 50 % sur une vaste gamme de produits canadiens, la Société de développement communautaire de Prescott-Russell (SDCPR) lance ce mardi un projet de positionnement stratégique territorial visant à attirer 25 nouvelles entreprises et créer une centaine d’emplois d’ici deux ans.

Pour concrétiser cette initiative globale de 315 000 $, la SDCPR s’appuie sur une subvention provinciale de 300 000 $ annoncée ce mardi matin à Rockland par le député de Glengarry–Prescott–Russell, Stéphane Sarrazin, et issue du Programme d’aide aux collectivités affectées par les barrières tarifaires du ministère du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce de l’Ontario.

« Pour nous, c’est mobilisateur. Le moment est maintenant, étant donné qu’il y a vraiment une volonté des municipalités de préparer leurs sites industriels et commerciaux pour grandir ».

« Nos entreprises de Prescott et de Russell ont fait preuve d’une remarquable résilience face aux difficultés économiques engendrées par les barrières tarifaires américaines », a pour sa part déclaré le député Stéphane Sarrazin. 

Réduire la dépendance aux marchés extérieurs

Sur le terrain, cette instabilité viendrait contraindre plusieurs entrepreneurs de Prescott et Russell à revoir en profondeur leur modèle d’affaires. Selon Nicolas Malboeuf, le problème numéro un demeure la chaîne d’approvisionnement.

« Dès qu’il y a un bris dans la chaîne d’approvisionnement, ça perturbe toutes les affaires, tous les échéanciers et tous les budgets », observe celui-ci. Un jour c’est le transport, un autre jour ce sont les tarifs ».

Pour se protéger de ces aléas, certaines PME locales ont même choisi d’acquérir directement leurs propres fournisseurs régionaux afin de garder le contrôle sur leurs produits, leurs services et leurs échéanciers. 

C’est dans cette perspective que la SDCPR déploie son projet : inciter de nouveaux fournisseurs et tiers fournisseurs à s’implanter directement dans Prescott et Russell pour réduire la dépendance des entreprises d’ici envers les marchés extérieurs.

« C’est de vendre le brand Prescott et Russell au complet et non juste le nouveau développement à Wendover ou à Vars », précise l’ancien propriétaire d’une entreprise manufacturière.

Jusqu’à présent, les démarches de prospection s’effectuaient souvent de façon isolée par chacune des municipalités du territoire.

« L’objectif consiste à propulser une marque et une voix communes pour l’ensemble de Prescott et Russell, afin d’attirer des entreprises d’envergure qui fournissent déjà nos PME locales », ajoute-t-il.

Une marque unique et des outils technologiques

Un site web bilingue doté d’une carte interactive sera mis en ligne pour répertorier en temps réel l’ensemble des propriétés commerciales et des parcs industriels disponibles. Cet outil fournira aux investisseurs des données accessibles et actualisées afin de valoriser les parcs en expansion dans la région.

On y trouvera notamment les sites de Wendover, le parc Innovation dans la municipalité de La Nation, le parc 417 à Limoges et Vars dans Russell, ainsi que les projets d’expansion à Clarence-Rockland.

Afin d’assurer le suivi des investisseurs potentiels et d’éviter qu’ils ne se tournent vers d’autres régions comme Cornwall ou le Québec, la SDCPR intègre un logiciel de gestion de la relation client (CRM). 

Ce guichet sera opéré par une agente régionale dédiée et récemment embauchée, chargée de centraliser les demandes, d’accompagner les entrepreneurs et de coordonner l’action avec les agents économiques municipaux.

« Elle va prendre note de toutes les informations demandées, puis diriger les clients ou les entrepreneurs au bon site pour ne pas les perdre, pour ne pas qu’ils s’en aillent ailleurs », détaille Nicolas Malboeuf.

Diversification fiscale et concertation municipale

Au-delà de la création espérée d’une centaine d’emplois, l’accueil d’au moins 25 nouvelles entreprises comporte un enjeu fiscal important pour les municipalités rurales. 

Nicolas Malboeuf rappelle que le développement commercial et industriel génère un retour de taxes qui agit comme un multiplicateur supérieur au secteur résidentiel. L’élargissement de l’assiette fiscale permettrait ainsi d’alléger ou de limiter le fardeau des taxes foncières qui pèse sur les résidents.

« Quand on a les entreprises, ça permet d’alléger ou de moins mettre de fardeau de taxes sur les résidents, donc c’est gagnant-gagnant »
— Nicolas Malboeuf

De son côté, le maire de Clarence-Rockland et président des Comtés unis de Prescott et Russell, Mario Zanth, salue une démarche qui permettra d’appuyer les entreprises locales.

« Nous avons la chance d’avoir de nombreuses petites et moyennes entreprises à Prescott et Russell, mais les régions rurales peuvent être vulnérables à certains défis, donc il est important de continuer à soutenir nos entrepreneurs et de les aider à s’adapter à un environnement économique en pleine évolution », a indiqué M. Zanth. 

« Nos entreprises sont au cœur de notre développement social et économique. Elles constituent des facteurs essentiels à la diversification économique, à la productivité et à la résilience », conclut celui qui est aussi le vice-président des préfets de l’Est de l’Ontario. 

Le bilinguisme comme levier d’attraction

Outre l’emplacement géographique stratégique de la région, située sur la plaque tournante entre Ottawa, Montréal, le Québec et les États-Unis, la promotion de Prescott et Russell s’appuiera de manière centrale sur son identité francophone et sa main-d’œuvre bilingue.

S’inspirant de la démarche récemment adoptée par le secteur touristique régional, la SDCPR entend transformer le bilinguisme et la francophonie en un avantage concurrentiel fort.

« Pour les familles qui s’y installent et pour faire affaire, ça va être clair, le bilinguisme sur le site web et la communication aussi avec notre agente francophone », conclut Nicolas Malboeuf. Ça va être notre brand. C’est un atout fort ».