Afflux de demandeurs d’asile à Cornwall : « On a aidé dans l’urgence »

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Depuis le 30 juin 2022, plusieurs demandeurs d'asile sont arrivés par le chemin de Roxham au Québec et ont été transférés à Cornwall en Ontario. Crédit image: Jasmin Merdan via Getty Images

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Céline Baillargeon-Tardif est la directrice générale de l’Association des communautés francophones de l’Ontario de Sturmont, Dundas, Glengarry (ACFO SDG).

LE CONTEXTE :

Plusieurs organismes communautaires francophones de Cornwall et tous les paliers du gouvernement se sont réunis dimanche dernier afin d’évaluer l’afflux important de demandeurs d’asile en provenance du chemin Roxham. Ce point de passage frontalier surchargé entre les États-Unis et le Québec a contraint le ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) à transférer des immigrants en Ontario.

L’ENJEU :

Depuis plus de six mois, Cornwall accueille de nombreux demandeurs d’asile arrivés par voie terrestre depuis les États-Unis. L’ACFO SDG joue un rôle déterminant dans l’accompagnement et l’intégration de ces nouveaux arrivants en situation de vulnérabilité. Interlocuteur privilégié, l’organisme francophone est recommandé par ses pairs pour la bonne gestion de ce dossier.

« En tant qu’organisme communautaire francophone de la région de Cornwall, depuis quand l’ACFO SDG est-elle impliquée dans l’accueil et la prise en charge des immigrants, réfugiés et demandeurs d’asile?

Plusieurs années. Tout ce qu’on met en œuvre à l’ACFO est toujours en partenariat avec des organismes de la région, et dans un premier temps, c’est ce qui nous a permis de développer cette expertise. C’est déjà gagnant. Depuis la création du Réseau de soutien à l’immigration de l’Est de l’Ontario (RSIFEO), l’ACFO a toujours été un partenaire autour de la table. Jusqu’en 2017, nous participions plutôt au niveau de la collaboration et moins dans l’action concrète.

Depuis 2017, on a constaté l’arrivée de quelques immigrants francophones. À ce moment-là, à l’ACFO, on s’est dit qu’on avait un rôle actif à jouer dans l’accueil et dans le référencement de ses nouvelles familles qui venaient s’installer.

Quand est-ce que vous avez réalisé qu’il fallait créer une plateforme et un programme pour coordonner l’accueil des personnes arrivant à Cornwall, et ce, peu importe leur statut?

Quand le Programme de réinstallation des réfugiés (PAR), géré par le Conseil économique et social d’Ottawa-Carleton (CÉSOC), est arrivé en 2020. Ce programme nous l’a prouvé et on a démontré au réseau de soutien à l’immigration, au CÉSOC et certains ministères qu’il y avait de plus en plus de familles francophones qui s’installaient dans la région de SDG.

On a donc commencé la création d’un répertoire d’organismes francophones et d’entreprises qui desservaient la communauté francophone. En 2020, avec la mise en place de la friperie et la création du réseau de bénévoles, jusqu’au jumelage de familles qui pouvaient accueillir des immigrants, il y a eu un véritable impact social et inclusif. Il y avait aussi le jumelage professionnel, qui consistait à matcher des profils avec des entreprises.  

Céline Baillargeon-Tardif, directrice générale de l’ACFO SDG à Cornwall. Gracieuseté

Comment se fait-il que l’ACFO SDG est perçu comme un interlocuteur privilégié dans la gestion des demandeurs d’asile provenant du chemin de Roxham?

On a une structure, notamment avec la plateforme carrefour d’immigration (CIC) que nous avions lancée en 2022. Cette structure et ses prémices existent depuis déjà un moment.

Puis encore une fois, c’est l’idée de travailler avec des partenaires. C’est ce qui fait le succès de notre mouvement et de notre approche. À notre dernière rencontre, dimanche dernier, réunissant plusieurs acteurs communautaires de Cornwall, nous avons eu une belle reconnaissance. Tout le monde avait au bout des lèvres nos réussites.

Depuis la fin de votre contrat de prestation avec le centre de transition Devcore, l’ACFO SDG n’est plus liée à aucun engagement. Allez-vous continuer la coordination de l’afflux de gens?

L’ACFO est toujours là, mais nous n’agissons plus au centre de transition. Au moment où IRCC a demandé à Devcore de recevoir les demandeurs d’asile, nous étions déjà dans un état d’urgence. Le premier fournisseur de services d’urgence était la Croix rouge.

La Croix rouge ne connaissait pas bien la région, donc l’ACFO, depuis le mois de juillet, demandait à Devcore une rencontre. En septembre, nous leur avons proposé notre programme, une solution clé en main. Devcore avait un contrat avec IRCC et nous un contrat avec Devcore. L’hôtel offrait l’hébergement et les repas. On rencontrait les immigrants tous les jours qui venaient pour récupérer du courrier, prendre un peu de lait, etcetera. On s’est servi de ça pour leur offrir un service d’accompagnement.

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Le centre de conférence Devcore à Cornwall est maintenant un centre de transition pour les demandeurs d’asile. Crédit image : SkyF via Getty Images

Le 16 janvier 2023, IRCC ne nous a pas prolongés. Il n’y avait plus de réponse possible, car ils avaient un contrat avec un nouveau fournisseur (LSS) qui a remporté l’appel d’offres.

On a aidé dans l’urgence, mais je pense que personne ne s’attendait à ce que le programme d’une agence communautaire ait ces résultats. Personne ne s’attendait à cet impact positif sur la communauté. Notre départ a visiblement créé une confusion chez nos bénéficiaires.

Allez-vous continuer votre travail auprès de la communauté et aider les futurs demandeurs d’asile en chemin vers Cornwall?

C’est notre mission, on reste toujours actif. On a accueilli des francophones nouvellement arrivés. On a des familles qui ont bénéficié de l’Entrée Express, des réfugiés au sens de la Convention des Nations Unies et des demandeurs d’asile. Ceux du chemin de Roxham sont présents à Cornwall depuis cet été. Certaines de ses personnes nous ont partagé leur point d’entrée, mais nous n’émettons pas d’hypothèse. L’essentiel de notre activité, c’est de les accompagner jusqu’à ce qu’ils aient un travail, un statut, et on les accompagnera encore après. »