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Retour des Jeux de la francophonie canadienne : fébrilité et fierté pour les jeunes de l’Ontario

L'équipe Médias devra réaliser un vidéoreportage pendant les JFC. Photo: Gracieuseté d'Équipe Ontario.

OTTAWA – Une cinquantaine de jeunes franco-ontariens, de partout en province, sont réunis cette semaine à Laval, au Québec. Ils participent aux Jeux de la francophonie canadienne, un événement d’envergure souhaitant stimuler la fierté francophone au moyen de compétitions sportives, artistiques et de leadership. ONFR a rencontré la délégation ontarienne juste avant son départ.

La fébrilité était palpable à l’École secondaire publique Omer-Deslauriers et dans les bureaux de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), partenaire de recrutement des JFC, dimanche dernier, alors que se tenait le camp d’entraînement de l’équipe Ontario.

« C’est une bonne façon de démontrer ma langue, de m’amuser, rencontrer du nouveau monde et jouer mon sport », croit déjà Francis Morneau, 14 ans, membre de l’équipe de badminton et élève à l’École secondaire publique Odyssée de North Bay.

Pourtant, l’expérience « ne se décrit pas tant que tu ne l’as pas vécu, explique le chef de mission Éric Marcotte. C’est un événement que tu vis une fois dans ta vie qui peut être vraiment formateur, qui peut t’ouvrir les yeux sur ta francophonie, mais aussi sur la francophonie canadienne, la pluralité de notre pays, de notre langue ».

Les jeunes de 14 à 18 ans peuvent participer à cette compétition amicale qui a normalement lieu tous les trois ans. Les JFC ayant été annulés en 2020 en raison de la pandémie, la plus récente édition remonte à 2017.  

Construction identitaire

« J’imagine les JFC comme les Olympiques », visualise Thomas Clay, 18 ans, fraîchement gradué de l’École secondaire catholique Franco-Cité, à Ottawa. Le trompettiste, guitariste et chanteur a gagné sa place dans l’équipe Musique grâce à sa participation au festival en milieu scolaire Quand ça nous chante. Une suite logique, même s’il ne connaissait pas les JFC.

« J’ai réalisé cette année que j’étais beaucoup plus impliqué que ce que je pensais. J’ai fait de l’impro, de la comédie musicale, plein de festivals de musique, de théâtre, de culture. »

L’équipe de musique a choisi de présenter trois compositions originales. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Ce genre d’activités contribue directement à la construction identitaire des jeunes franco-ontariens, selon Rose-Ann Nadeau, 17 ans, présidente du gouvernement des élèves à l’École secondaire publique De la Salle (Ottawa) et membre de l’équipe Théâtre.

« Participer à des événements comme ça me permet d’avoir un sentiment d’appartenance envers la francophonie. Et j’aime juste l’idée de rencontrer de nouvelles personnes et de me faire de nouveaux amis. »

Si certains jeunes montrent un esprit compétitif, surtout s’ils sont inscrits dans une discipline qu’ils pratiquent déjà, ils ont tous hâte de rencontrer leurs camarades franco-canadiens.

« J’ai hâte de voir de quoi ça va avoir l’air, car c’est probablement le plus gros événement jeunesse auquel j’aurai la chance de participer », dit Marie-Claude Bisson, 16 ans, élève au Collège catholique Mer Bleue d’Ottawa et membre de l’équipe Médias.

Un retour modeste

Puisque l’événement a fait une pause de huit ans, il est un peu plus difficile pour ceux qui y ont participé de convaincre les jeunes de s’inscrire. La délégation de l’Ontario n’est pas complète cette année.

« La force du réseau francophone, surtout avec nos jeunes, c’est le bouche-à-oreille, explique la directrice générale de la FESFO, Mélina Leroux. Je suis convaincue qu’aux prochains jeux (…) en 2028, la barre va déjà être haute, parce qu’on va avoir reparti la machine. »

Les jumelles Ireland (à gauche) et Adrienne (à droite) Thompson devront rapidement créer une chimie avec leurs coéquipières du Nouveau-Brunswick. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Les jumelles Ireland et Adrienne Thompson, 16 ans, de l’Académie de la Seigneurie de Casselman, voient l’impact direct de cette délégation incomplète. Les deux seules participantes en basketball féminin seront jumelées à des filles du Nouveau-Brunswick, qu’elles n’ont rencontrées que de façon virtuelle avant les jeux.

« Au Québec, comme ils sont majoritairement francophones et que c’est une des plus grandes provinces, je pense qu’ils ont plus de participantes et ont donc de bonnes chances » d’avoir de bonnes joueuses, selon Ireland, qui avoue être compétitive.

« Ça va être difficile, mais ça va être amusant. On est là pour faire un sport qu’on aime », tempère Adrienne, qui a aussi hâte d’échanger avec les Néo-Brunswickoises sur leur réalité.

Des entraîneurs qui se souviennent

Une vingtaine d’adultes accompagnent les jeunes, comme entraîneurs ou comme membres de « l’équipe mission. » Certains d’entre eux ont eu la chance de vivre les JFC alors qu’ils étaient adolescents.

L’animateur de l’équipe Médias et journaliste à Radio-Canada, Philippe De Montigny, affirme avoir eu la piqûre de son métier et de la francophonie grâce à l’édition 2008, à Edmonton. « Ça a vraiment été un tremplin pour ma fierté francophone », affirme le Franco-Albertain d’origine, qui prouve que de recevoir les JFC dans sa province est aussi marquant que de voyager pour s’y rendre.

L’équipe Médias et leur animateur, le journaliste Philippe de Montigny. De gauche à droite : Gabriel Gauthier, Marie-Claude Bisson, Cameron Levasseur, Philippe de Montigny et Eva Blais. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Zachary Gosselin et Jessy Lindsay, qui entraînent respectivement les équipes d’improvisation et de musique, ont aussi suivi leur passion suite aux JFC de 2017 à Moncton/Dieppe. Il travaille aujourd’hui dans le domaine du théâtre et elle, de la musique. L’autrice-compositrice-interprète n’hésite pas à affirmer que les JFC l’ont aidée à trouver son identité musicale.

De plus, tous ceux qui ont vécu l’expérience racontent qu’ils ont tissé des liens qui persistent encore aujourd’hui. « On a vraiment développé une synergie et une amitié qui va durer une vie », précise Jessy Lindsay.  

Un effet WOW

Comme les jeux se déroulent à Laval cette année, les francophones d’Ottawa ou de l’Est ontarien ne se retrouveront pas très loin de chez eux. C’est une autre paire de manches pour Gabriel Gauthier, 17 ans, de l’École secondaire Château-Jeunesse à Longlac.

« Pour moi, les jeux sont immenses. Un événement de 1200 personnes, c’est presque la grosseur de mon village. Voir autant de personnes au même endroit, ce sera une expérience incroyable. Je suis le seul représentant de ma région. Je suis l’élève qui arrive du plus loin », raconte celui qui a fait trois heures de route pour se rendre à l’aéroport de Thunder Bay, d’où il a pris l’avion pour rejoindre ses camarades à Ottawa.

L’équipe d’Ultimate freesbee au camp d’entraînement. Photo : Gracieuseté Équipe Ontario

Selon Mélina Leroux, la cérémonie d’ouverture est un moment important qui peut submerger les jeunes d’une émotion nouvelle.

« Dépendant où tu es rendu dans ton développement identitaire et dans ta francophonie, il y en a pour qui ça va peut-être moins frapper au niveau émotionnel, mais il y en a d’autres pour qui ça va être comme : OK, on n’est vraiment pas tout seuls. »

C’est pour cela que la FESFO choisit de recruter à la fois des athlètes qui ont déjà atteint un certain niveau et des jeunes qui ont envie d’essayer quelque chose de nouveau. Dans le processus de recrutement, Éric Marcotte cherche une représentation juste des régions, ainsi qu’un équilibre entre les garçons et les filles.

Impliqué depuis 2011, il témoigne de l’impact de l’événement. « Quand ils vont retourner à la maison, ils vont peut-être avoir un plus grand sentiment d’appartenance, vouloir s’engager davantage. »

Rose-Ann Nadeau est déjà convaincue. « La meilleure façon de donner un sentiment d’appartenance à la francophonie aux jeunes, c’est avec des événements comme ça. Parce que c’est en le vivant que l’on comprend. »

Il est possible de suivre Équipe Ontario et la FESFO sur les réseaux sociaux pour avoir des nouvelles de la délégation tout au long de la semaine. Les JFC se termineront le 19 juillet.