On s’invite sous une église d’Hamilton dans un cercle d’aînés francophones
HAMILTON – Chaque mardi, au sous-sol de l’église Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours à Hamilton, une routine bien établie prend vie. Tables dressées, jeux de cartes, conversations animées et, habituellement, une soupe partagée. Le Club de l’Âge d’or rassemble depuis plus de cinquante ans des aînés francophones pour rompre l’isolement et maintenir un lien social essentiel. Fondé en 1974, le club demeure aujourd’hui un pilier communautaire pour de nombreux aînés de la région.
Le 16 décembre dernier, l’ambiance était toutefois un peu différente. Pour la dernière rencontre de l’année, la traditionnelle soupe a laissé place à un repas de Noël, marquant un moment fort avant la pause des Fêtes. Dans la salle, la gaieté était palpable.
« Les gens sont contents d’être ensemble, de se faire des bons vœux et de partager un repas, observe Claudette Sainte-Paquette, secrétaire du club depuis plusieurs années. Ce genre de moment est important, surtout à cette période de l’année. »
Une routine qui structure le quotidien
Au fil des décennies, la formule du Club de l’Âge d’or a peu changé et c’est précisément ce qui fait sa force. Une rencontre hebdomadaire, des activités simples et surtout, la certitude de retrouver des visages connus.
« Les aînés ont leurs habitudes. Ils savent que le mardi, ils viennent ici. Ça fait partie de leur semaine », explique Claudette Sainte-Paquette.
Pour plusieurs membres, cette sortie représente parfois l’unique occasion de socialiser en français. Marcel Levesque, ancien trésorier du club pendant plus de dix ans, le souligne sans détour.
« Il y a des personnes pour qui c’est la seule sortie de la semaine. Être ensemble, rencontrer du monde, ça aide énormément contre la solitude. »

Même après avoir quitté ses fonctions de présidente, Lauren Wilson continue de fréquenter les activités.
« Je rencontre tous mes amis ici. On se connaît tous. D’habitude, il y a de la bonne soupe. Aujourd’hui, c’est différent, mais c’est tout aussi agréable », se réjouit-elle, rappelant l’importance du club dans son quotidien.
Un lieu ancré dans l’histoire, ouvert à tous
Si le Club de l’Âge d’or se déroule dans le sous-sol de l’église Notre-Dame, cette réalité ne constitue pas un frein à l’inclusion. Tous les intervenants rencontrés le rappellent : le club est ouvert à tous, sans considération religieuse.
« Quand les gens arrivent à la porte, on ne demande pas s’ils sont catholiques ou non », insiste Marcel Levesque. On ne fait aucune différence. Une personne, c’est une personne. »

Cette ouverture est assumée depuis longtemps : « Le club porte le nom de Notre-Dame, mais c’est surtout historique », explique René Bouchard, président actuel du Club de l’Âge d’or. « Aujourd’hui, il n’y a aucune obligation à être pratiquant pour participer. Chacun fait sa vie comme il l’entend. »
Une courte bénédicité est parfois récitée avant le repas, par tradition, mais elle ne s’impose à personne.
« Il y a des gens qui pratiquent peu ou pas du tout, et ils sont parfaitement à l’aise ici », précise Claudette Sainte-Paquette.
L’engagement humain au cœur du club
Lors du repas de Noël, un moment particulier a été consacré à souligner l’engagement des bénévoles. Le Père Lourdy Dorismond, curé de la paroisse Notre-Dame, a pris la parole pour remercier les personnes impliquées dans la vie du club, rappelant l’importance du rassemblement et du partage.

Il a notamment salué l’engagement du président, René Bouchard, soulignant un aspect souvent invisible du travail bénévole.
« Ce n’est pas seulement ce qui se fait dans la salle. Il prend le téléphone, il appelle les gens. Sans cet appel, certaines personnes ne seraient pas ici aujourd’hui. »
Un geste simple, mais déterminant, particulièrement pour des aînés hésitants ou isolés : « Il faut parfois aller les chercher, confirme Claudette Sainte-Paquette. Quand ils reviennent, ils sont tellement contents. »
Une réalité qui dépasse Hamilton
Si le Club de l’Âge d’or de Hamilton offre un exemple concret de lutte contre l’isolement, la solitude des aînés demeure un enjeu plus large en Ontario. Dans un entretien accordé à ONFR, Kim Morris, directrice générale de la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO), rappelle que cette réalité est particulièrement marquée durant le temps des Fêtes.

« Les personnes aînées se retrouvent encore très isolées, même après la pandémie, explique-t-elle. Pendant les Fêtes, les souvenirs, la perte de proches, les problèmes de mobilité et les contraintes financières accentuent ce sentiment de solitude. »
Selon elle, les aînés vivant à domicile sont souvent plus isolés que ceux résidant en centre : « Il y a sans doute deux ou trois fois plus de personnes seules à domicile que de personnes en centre ou en foyer », avance-t-elle, soulignant l’importance des clubs communautaires comme points d’ancrage social.
Un rôle de sentinelle communautaire
Présent lors de la rencontre du 16 décembre, Jean-Rock Boutin insiste lui aussi sur le rôle essentiel joué par les clubs comme celui de Hamilton.
« C’est absolument nécessaire. Il y a des gens qui ne peuvent pas venir ici, alors d’autres vont les visiter, à l’hôpital ou à domicile. Le club devient un point de repère. »

Il évoque d’ailleurs un projet à venir visant à mieux identifier et soutenir les aînés isolés à domicile dans la région, en collaboration avec des partenaires communautaires et le centre de santé. Une initiative qui s’inscrit dans la continuité du travail de terrain déjà réalisé par les clubs.
Un lieu simple, un impact durable
Dans un contexte où plusieurs clubs doivent composer avec des ressources limitées et une participation fluctuante, le Club de l’Âge d’or de Hamilton continue de démontrer qu’un lieu modeste peut avoir un impact considérable.
« Ça nous fait sortir de la maison. Ça nous garde actifs. Ça nous fait rencontrer du monde », résume René Bouchard.

Au sous-sol de cette église, ce ne sont pas les murs qui comptent, mais les liens qui s’y tissent. Pour de nombreux aînés francophones de Hamilton, ce rendez-vous hebdomadaire demeure l’un des rares espaces où la solitude recule, ne serait-ce que pour quelques heures.