Créée en français, une œuvre relie la Belgique et Toronto
Six étudiantes francophones et francophiles de Toronto coprésentent une œuvre au festival Mons en Lumières, en Belgique, du 22 au 25 janvier. Fruit d’une collaboration entre des étudiantes et étudiants de l’Université OCAD de Toronto (école d’art et de design) et de l’école d’art belge ARTS², l’œuvre intitulée Carnet de voyage d’une particule poursuivra son parcours au Canada à l’automne prochain.
Destinée à être projetée en plein air sur de grands bâtiments, cette œuvre sera notamment présentée en octobre à Toronto, aux Canada Malting Silos, un site industriel situé près de l’aéroport Billy Bishop.
« Après des mois de travail à distance et de collaboration virtuelle avec les étudiantes et étudiants de Mons, j’ai vraiment hâte de rencontrer mes coéquipiers au festival Mons en Lumières, en Belgique (du 22 au 25 janvier), et de voir les projections en personne », confie Zahra Khurram, 19 ans, étudiante à l’Université OCAD.

Pour cette artiste en devenir, qui a suivi un programme d’immersion française pendant près de douze ans, cette collaboration avec les étudiants de l’école d’art belge ARTS² représente aussi une rare occasion de s’investir dans un projet bilingue ou francophone au niveau universitaire.
Selon elle, Carnet de voyage d’une particule raconte le trajet d’un élément minuscule, une particule de lumière, de l’espace jusqu’à la Terre.
« Comme humains, on a tendance à se concentrer sur des choses très grandes ou spectaculaires. Se pencher sur le parcours de quelque chose d’aussi petit permet de changer notre regard », explique-t-elle.

Très visuelle, l’œuvre mise sur les couleurs et l’animation pour créer une projection immersive et interactive.
Travailler en français, un défi
Du côté de l’équipe pédagogique, Philippe Blanchard, doyen par intérim de la Faculté des arts de l’Université OCAD, codirige le projet avec les professeurs Martin Waroux et Cédric Sabato de l’école ARTS².
« Dans ce projet, toute la communication s’est faite en français, par visioconférence. Pour les étudiants, cela demandait parfois des clarifications terminologiques, puisque leur formation en animation se fait en anglais. Mais c’était un défi formateur, et je suis très fier de leur travail », souligne M. Blanchard.
Il rappelle que, bien que l’université soit anglophone, OCAD multiplie depuis quelques années les collaborations en français, notamment avec la Belgique et la France.
Pour Shannon Halliday, 21 ans, cette dimension linguistique a constitué l’un des principaux défis.
« Je n’avais pas vraiment utilisé le français depuis le lycée. J’ai fait beaucoup d’erreurs et la collaboration était parfois compliquée. Mais réaliser une animation-projection en français m’a beaucoup apporté », explique-t-elle.
La communication passait notamment par un serveur Discord, un mode d’échange principalement écrit dans lequel l’étudiante se sentait plus à l’aise. « Ça m’a aidée à prendre confiance progressivement », ajoute-t-elle.
Une collaboration humaine
À l’approche du départ pour la Belgique, prévu ce samedi, l’excitation est palpable.
« Je suis encore un peu stressée, parce que je travaillais jusqu’à la dernière minute. Aujourd’hui encore, je dessinais des poissons depuis très tôt », raconte Shannon Halliday, qui a travaillé sur la partie consacrée à l’océan, plus précisément aux abysses.

Selon elle, cette œuvre comporte aussi une dimension écologique. « Même dans les profondeurs marines, des déchets et des traces de l’activité humaine apparaissent à l’écran, sans que des personnages humains soient représentés », fait-elle remarquer.
Au-delà de l’œuvre, l’expérience a laissé une empreinte durable.
« Pendant la pandémie, j’avais beaucoup de cours en ligne et je n’avais pas aimé ça. Mais ce projet m’a montré qu’il existe de vraies façons de créer des liens à distance. Collaborer à l’international, ça ouvre les yeux », témoigne-t-elle.
Un partenariat appelé à durer
Le partenariat entre l’université OCAD et l’école d’art ARTS² est né en marge d’une visite en 2024 d’une délégation belge organisée par le Conseil des arts de l’Ontario.
« C’est le début du partenariat, mais il est très prometteur. Les structures de programmes varient d’une école à l’autre, ce qui complique souvent les collaborations internationales. Ici, la motivation partagée des professeurs a fait la différence », affirme Philippe Blanchard, qui souligne que d’autres projets pourraient suivre.

Pour le doyen, cette initiative reflète enfin la diversité de la francophonie torontoise.
« Même si OCAD n’est pas une université francophone, beaucoup d’étudiants parlent ou connaissent le français. Il y a une nouvelle génération de francophones et de francophiles qui voient le français comme une langue ouvrant des portes à l’international », conclut-il.