La pénurie de places à la maison d’hébergement pour femmes inquiète à Toronto
TORONTO – Depuis son ouverture en 2013, plus de 500 femmes et leurs enfants ont pu être logés et nourris à La Maison d’hébergement francophone pour femmes victimes de violence de Toronto. Néanmoins, le refuge qui cherche désormais à s’agrandir manque de financement. Des organismes communautaires tirent la sonnette d’alarme, et demandent plus de places d’hébergement sécuritaires en français.
La directrice générale de La Maison, Wilhelmine Babua, veut augmenter la capacité d’accueil et précise que cela requiert « des ressources humaines, financières et communautaires pour maintenir la qualité des services, conformément au mandat de l’organisme. »
Avec les mêmes dépenses du quotidien d‘un ménage classique, la stagnation du financement, combinée à la hausse des prix, a progressivement diminué l’impact communautaire du centre.
« D’année en année, les organisations s’appauvrissent parce que leur financement n’est pas revu, alors que le coût de la nourriture, de l’eau, de l’électricité et de toutes les charges augmente », explique Maïra Martin qui dirige l’organisme Action ontarienne contre la violence faite aux femmes.
C’est d’ailleurs la principale revendication d’Action ontarienne et de ses membres soit l’indexation du budget annuel provincial octroyé aux maisons d’hébergement afin d’éviter un appauvrissement.

L’impératif d’un nouveau bâtiment
Depuis le début de la crise immobilière, la durée des séjours des résidentes est passée de quatre semaines à six mois. « Les délais sont de plus en plus longs, ce qui limite la rotation des places disponibles et nous amène à refuser entre cinq et dix femmes francophones par mois, faute d’espace », soutient la gestionnaire de la maison d’hébergement.
« Quand La Maison a ouvert ses portes, on savait déjà que 23 lits n’étaient pas suffisants », ajoute Mme Martin.
Maïra Martin et Wilhelmine Babua s’entendent sur un point, une extension ou un nouveau bâtiment est essentiel pour répondre à la demande croissante et à l’ajout éventuel d’effectifs.
« Nous demeurons l’un des rares refuges francophones entre Windsor et Barrie, ce qui entraîne une forte demande. L’ouverture d’une deuxième maison d’hébergement permettrait d’accroître notre capacité à soutenir plus de femmes », poursuit Mme Babua.
« Ça prendrait aussi des ressources humaines incluant des travailleuses d’appui transitoire et de soutien au logement », ajoute l’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes.

Dans un même temps, l’augmentation du nombre de lits doit nécessairement s’accompagner d’un renforcement des services offerts, souligne Wilhelmine Babua, sans quoi « l’expansion de la capacité d’hébergement ne se traduit pas par une amélioration réelle du soutien offert aux femmes et aux enfants. »
La directrice affirme qu’un second centre ne suffira probablement pas à répondre à l’ensemble des demandes à long terme, mais qu’« il s’agit néanmoins d’une étape importante pour améliorer notre capacité d’accueil à court terme et offrir un soutien accru aux femmes en situation de crise. »
Des maisons de deuxième étape
En tant que directrice d’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, Maïra Martin est bien au fait des différentes solutions pour répondre aux besoins des femmes.
Parmi elles, les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuelCALACS déjà existants, mais dont le financement stagne. Une autre option, bâtir des maisons de « deuxième étape », érigées comme des logements temporaires sur le plus long terme, jusqu’à 2 ans, pour les femmes dont la vie est en danger.
Elle explique que d’autres provinces comme le Québec en possèdent, mais l’Ontario manque toujours à l’appel. « Nous n’avons pas de maisons de deuxième étape financées par le gouvernement provincial. C’est un gros manque », martèle la directrice.

De son côté, La Maison envisage de développer plus de services externes et des partenariats communautaires comme avec des avocats ou des services d’information juridique. En effet, la nécessité d’une clinique juridique émerge à l’heure où nombre de ces femmes sont préoccupées par des questions financières, de séparation ou d’immigration.
L’AFO ajoute sa voix
Fin janvier, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (l’AFO) a soumis au gouvernement son mémoire en vue du budget provincial 2026, dans lequel elle sollicite le gouvernement pour « financer la construction d’un nouveau bâtiment pour La Maison, afin de doubler sa capacité d’accueil et de mieux répondre aux besoins, notamment ceux des communautés racialisées et ethnoculturelles. » lit-on dans le document.
Dans une réponse par courriel à ONFR, l’organisme dit souhaiter « des solutions durables, structurantes et cohérentes, plutôt que des réponses temporaires ou fragmentées. »