Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford et Peter Bethlenfalvy, ministre des Finances, en visite dans une classe à Toronto en mars dernier. La province verse 750 $ à chaque enseignant principal pour l'achat de fournitures scolaires. Photo : LA PRESSE CANADIENNE/Nathan Denette
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Autisme : des millions investis, mais des familles francophones toujours en attente

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford et Peter Bethlenfalvy, ministre des Finances, en visite dans une classe à Toronto en mars dernier. La province verse 750 $ à chaque enseignant principal pour l'achat de fournitures scolaires. Photo : LA PRESSE CANADIENNE/Nathan Denette

TORONTO – Le budget 2026 de l’Ontario prévoit un nouvel investissement de 186 millions de dollars dans le Programme ontarien des services en matière d’autisme (POSA). Même si cette bonification vise à mieux soutenir les familles, elle ne règle pas un défi majeur : les délais d’accès aux services, particulièrement en français.

Tom, 18 ans, amorce sa 12e année au sein du Conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB). « Son parcours scolaire n’a pas été de tout repos », raconte sa mère, Camille Gallard, une autrice franco-torontoise.

Arrivé au Canada peu avant la rentrée, ce jeune a vécu « un épuisement autistique », aggravé par le dépaysement et l’adaptation à un nouveau système scolaire.

Face à l’urgence, sa mère tente de trouver de l’aide en français.

Arrivé récemment au Conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB), Tom, 18 ans, vit avec un trouble du spectre de l’autisme diagnostiqué il y a quatre ans. Photo : Canva

« J’ai contacté des organismes comme le Centre francophone du Grand Toronto, mais les délais étaient trop longs », explique-t-elle.

« Entre le moment où j’ai inscrit mon fils sur le site et le moment où on m’a proposé quelque chose, il s’est écoulé un mois et demi », déplore la mère.

Faute d’accès rapide à des services francophones, elle se tourne finalement vers un psychologue anglophone.

« Ce financement ne résout pas le problème du manque de services en français », disent les organismes

Du côté des organismes, le nouvel investissement est accueilli avec réserve.

À Ottawa, le président de la Société franco-ontarienne de l’autisme (SFOA), Carol Jolin, rappelle que les aides du POSA sont versées directement aux familles, en fonction des besoins de leur enfant.

Mais selon lui, le problème dépasse la question du financement. « Je veux savoir où cet argent ira, puisque la province ne donne plus directement de services », affirme-t-il.

Dans un courriel à ONFR, le ministère des Finances soutient que ces fonds visent aussi à renforcer les ressources humaines et à appuyer les fournisseurs de services du POSA : « En accordant la priorité aux projets qui soutiennent les communautés du Nord, rurales, éloignées, autochtones et francophones. »

Sur le terrain, l’accès aux services demeure limité. En principe, les familles peuvent recourir à des services comme l’analyse comportementale appliquée, l’orthophonie ou l’ergothérapie. Mais les longues listes d’attente compliquent la situation.

« Les familles n’arrivent pas à utiliser les fonds à temps. Elles doivent en retourner une partie à l’État, ce qui remet constamment les mêmes sommes en circulation », relate M. Jolin.

Carol Jolin, président de la Société franco-ontarienne de l’autisme (SFOA) à Ottawa. Photo : Gracieuseté

Il pointe également du doigt les délais structurels du programme.

« Il faut environ cinq ans pour être admis au POSA, puis quatre autres pour faire évaluer l’enfant. À 10 ans, il se retrouve déjà dans une catégorie de financement plus faible », s’indigne-t-il, soulignant qu’une prise en charge tôt demeure cruciale pour le développement à long terme des personnes vivant sur le spectre. 

Les écoles contribuent elles aussi à l’offre de services, mais peinent à répondre à la demande croissante, observe le président de la SFOA.

Mirela Lonian, directrice générale de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), souligne que des ressources existent (matériel sensoriel, orthophonistes, psychologues) mais que le manque de personnel francophone demeure un enjeu majeur.

« Pour répondre pleinement à cette croissance, nous avons besoin d’un appui accru du ministère de l’Éducation, notamment en matière de financement, de recrutement et de ressources et services adaptés », explique-t-elle.

Mirela Lonian, directrice générale de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC). Photo : Gracieuseté

Même constat du côté d’Autisme Ontario, qui fournit une panoplie de services dans les deux langues aux personnes touchées par l’autisme. 

« Le budget de l’Ontario pour 2026 ne tient pas compte des plans du gouvernement visant à soutenir les élèves qui reçoivent des services d’éducation spécialisée dans leurs classes », lit-on dans un communiqué.

Après 18 ans, un autre défi

À partir de 18 ans, les jeunes doivent passer au Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH), tout en pouvant rester à l’école jusqu’à 21 ans. Pour les familles, cette transition ajoute une pression supplémentaire.

« Les parents qui travaillent à temps plein tout en s’occupant de leur enfant n’ont pas l’énergie d’être des militants », souligne Carol Jolin.

Des solutions encore attendues

Face à la hausse du nombre de jeunes sur le spectre, la SFOA envisage d’ouvrir de nouveaux centres de répit en Ontario.

« Tôt ou tard, la situation va éclater », prévient son président.

Dans certaines régions, l’offre se fragilise déjà. À Ottawa, deux organismes ont récemment fermé leurs portes en l’espace d’une semaine.

De son côté, Camille Gallard appelle à des mesures concrètes pour améliorer l’accès aux services.

« Il faudrait permettre aux professionnels francophones formés à l’étranger d’exercer plus facilement, sans devoir reprendre tout leur parcours de reconnaissance », propose-t-elle.