A quelques jours du début de la Coupe du monde de la FIFA 2026, le stade de Toronto apparaît de plus en plus comme un lieu inaccessible pour une majorité des fans de soccer africains francophones du GTA. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
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Coupe du monde FIFA 2026 : une fête inaccessible pour de nombreux partisans africains francophones

A quelques jours du début de la Coupe du monde de la FIFA 2026, le stade de Toronto apparaît de plus en plus comme un lieu inaccessible pour une majorité des fans de soccer africains francophones du GTA. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

TORONTO – La Coupe du monde de la FIFA n’a jamais été aussi proche des communautés africaines francophones du Grand Toronto. Pourtant, pour de nombreux supporters ivoiriens, sénégalais ou congolais, l’événement historique qui devait être une fête populaire est devenu inaccessible. Entre billets revendus à plus de 1000 dollars, offres VIP à plusieurs milliers de dollars et absence de soutien financier pour les partisans, plusieurs craignent que leurs équipes jouent presque sans leurs partisans dans les gradins.

À quelques jours du Mondial à Toronto, les occasions de mettre la main sur un billet à prix raisonnable se font rares.

Les partisans qui tentent de se procurer des billets découvrent rapidement une particularité de la Coupe du monde 2026 : ni l’achat principal ni la revente ne passent par Ticketmaster, l’habituel site officiel de vente de billets pour les grands événements sportifs au Canada. La FIFA a conservé l’exclusivité de la distribution des billets par l’entremise de sa propre plateforme de billetterie et de son marché officiel de revente.

En pratique, cela signifie que les partisans doivent se tourner vers le portail officiel de la FIFA pour espérer trouver des places disponibles. Les billets qui y apparaissent proviennent principalement de supporters qui remettent leurs places en vente par l’intermédiaire du système officiel de la FIFA.

Aperçu du prix des places pour le match Allemagne-Côte d’Ivoire sur un site de revente. Photo : Capture d’écran

Plusieurs billets sont également affichés sur des plateformes tierces comme StubHub, Viagogo, SeatGeek ou TicketSales. Ces sites ne revendent toutefois pas directement les billets. Ils servent plutôt d’intermédiaires entre vendeurs et acheteurs. Une fois la transaction conclue, le vendeur doit utiliser la fonction officielle de transfert de billets de la FIFA pour envoyer sa place à l’acheteur.

Cette méthode comporte un risque supplémentaire puisque la FIFA ne reconnaît officiellement que son propre marché de revente. En cas de problème avec le transfert, l’acheteur dépend essentiellement des garanties offertes par la plateforme utilisée, sans bénéficier de la protection du système officiel de la FIFA.

Des prix qui s’envolent

Résultat : pour de nombreux supporters, trouver un billet relève déjà du défi. Le faire à un prix abordable et par un canal jugé entièrement sécuritaire l’est encore davantage.

Pour le match Allemagne–Côte d’Ivoire du 20 juin au stade de Toronto, les prix observés sur le marché officiel de la FIFA dépassent les 3000 dollars pour le peu de places encore disponibles.

Affiche la plus alléchante à Toronto, ce match n’a plus beaucoup de places disponibles avec des tickets revendus à 3095,55 dollars sur la plateforme officiel de la FIFA. Photo : capture d’écran du marché de revente officiel

Du côté du match Sénégal–Irak du 26 juin, les prix les plus abordables débutent autour de 500 dollars. Quant au match d’ouverture du Canada contre la Bosnie-Herzégovine, l’offre est plus abondante sur le marché de revente, mais les premiers billets se situent encore autour de 800 dollars.

À cela s’ajoutent les forfaits hospitalité proposés par la FIFA, qui permettent de vivre l’événement dans des espaces VIP exclusifs moyennant plusieurs milliers de dollars par personne.

Les seuls billets encore disponibles à la vente hors revente sont de type « hospitalité », des formules VIP pour lesquelles il faut débourser plusieurs milliers de dollars. Photo : capture d’écran de la billetterie officielle de la FIFA

« Le douzième homme risque de manquer »

Pour la communauté ivoirienne, la situation est particulièrement difficile à accepter.

Le président de l’Association de la communauté ivoirienne de la région de Toronto (ACIRT), Hermane Amankou Ligue, rappelle que la Côte d’Ivoire est une véritable nation de football et que les Éléphants ont toujours pu compter sur le soutien massif de leurs supporters.

« Le douzième homme fait toute la différence », souligne-t-il, faisant allusion au public. Selon lui, de nombreux Ivoiriens étaient prêts à soutenir leur équipe à Toronto, mais les prix rendent cette présence pratiquement impossible pour la majorité.

Elijah Vanga craint de devoir suivre le match des Éléphants dans son canapé. Photo : gracieuseté

L’inquiétude est partagée par Elijah Vanga, supporter ivoirien installé à Toronto depuis cinq ans.

« Quand je vois les choses dans mon esprit, il y aura plus de supporters adverses que nous. Nous, on est un peu délaissés », déplore-t-il. Après avoir constaté que les billets se vendaient entre 1500 $ et 2000 $, il a abandonné l’idée d’assister au match.

Même son de cloche chez Fatou Mbaye. Son fils rêvait d’assister à Allemagne–Côte d’Ivoire, mais la mère de famille a rapidement dû faire une croix sur ce projet.

« Quand on m’a dit 1800 $ le ticket, j’ai dit à mon fils : je veux te faire plaisir, mais je ne peux pas », raconte-t-elle.

Pour Fatou Mbaye, au-delà des prix, c’est le processus même à suivre pour se procurer des billets qui lui a semblé très compliqué. Photo : gracieuseté

David Aka, autre supporter ivoirien, compare la situation avec les précédentes Coupes du monde.

« Pour la demi-finale au Qatar, des gens trouvaient des billets à 70 ou 80 dollars. Ici, pour un match de groupe, on parle de 600 $, 700 $, parfois plus. C’est vraiment quelque chose de fou », affirme-t-il.

Les Sénégalais aussi contraints aux fan zones

La frustration est tout aussi palpable dans la communauté sénégalaise. « Ce n’est pas simplement un fan, c’est tous les fans sénégalais qui sont frustrés », résume Thierno Soumaré.

Thierno Soumare (au centre en vert) et les partisans sénégalais vont en majorité se tourner vers les événements organisés dans la communauté, à défaut de pouvoir aller au stade. Photo : Hadley Foucher

Selon lui, ni l’ambassade du Sénégal, ni la Fédération sénégalaise de football, ni les autorités sportives du pays n’ont offert de solution permettant aux supporters de se procurer des billets à prix abordable.

Conséquence : la plupart des partisans se résignent déjà à regarder les rencontres dans les fan zones organisées par la communauté elle-même.

« Le football est devenu un sport de riches »

Même les communautés dont l’équipe ne joue pas à Toronto suivent le dossier avec attention.

Président de l’Association des Congolais de l’Ontario, Patrick Mpiana prépare plusieurs rassemblements communautaires pour suivre le parcours des Léopards, qualifiés pour leur première Coupe du monde depuis 1974.

Patrick Mpiana déplore également le prix exorbitant des places aux États-Unis, où les Léopards joueront, ce qui va limiter le nombre de Congolais prêts à faire le voyage. Photo : gracieuseté

Mais lui aussi s’inquiète de l’évolution du football moderne. « Le football, c’est un sport populaire, rappelle-t-il. Lorsqu’on commence à faire grimper les prix des billets comme ça, on prive les gens qui aimeraient quand même savourer cette joie-là. C’est devenu un sport de riches maintenant. »

Il souligne qu’avec le coût de la vie actuel, peu de familles peuvent justifier une dépense très conséquente pour assister à un match de groupe.

« Moi, j’aime beaucoup le football. Je connais toute l’histoire de la Coupe du monde. Mais présentement, avec la situation que j’ai, je ne vais pas dépenser 1000 dollars pour aller voir un match de groupe », affirme-t-il.

Une mince lueur d’espoir

Malgré la frustration, certains refusent encore d’abandonner complètement l’idée de voir leur équipe au stade. Du côté de l’Association de la communauté ivoirienne de la région de Toronto (ACIRT), Hermane Amankou Ligue affirme que des démarches sont toujours en cours auprès des autorités ivoiriennes.

« On a bon espoir », assure-t-il. Selon lui, l’association demeure en contact avec des représentants du ministère ivoirien des Sports ainsi qu’avec le Conseil national des supporters des Éléphants afin d’explorer d’éventuelles solutions permettant à davantage de partisans d’assister à la rencontre.

« J’espère que nos autorités auront une oreille attentive face à la situation pour permettre à la grande majorité des Ivoiriens d’aller supporter leur équipe », affirme-t-il.

David Aka et ses amis ont pu assister aux deux matchs amicaux de la Côte d’Ivoire au stade de Toronto, ils ne désespèrent pas d’être présents face à l’Allemagne le 20 juin. Photo : gracieuseté

D’autres continuent simplement à surveiller le marché de la revente dans l’espoir d’une baisse de prix de dernière minute. C’est notamment le cas de David Aka, qui consulte régulièrement les plateformes de vente en espérant que certains détenteurs de billets finissent par réduire leurs tarifs à l’approche du coup d’envoi.

« On observe encore l’évolution des choses. Peut-être qu’à la dernière minute, il y aura des gens qui voudront revendre leurs places moins cher », explique-t-il précisant qu’il serait prêt à débourser jusqu’à 150 dollars pour assister à la rencontre.

Reste qu’à quelques jours du tournoi, un sentiment domine : celui de voir la plus grande compétition sportive de la planète se dérouler dans sa propre ville… sans pouvoir en franchir les portes.

Pour plusieurs supporters africains du Grand Toronto, la Coupe du monde 2026 restera peut-être un événement historique. Mais elle risque aussi de devenir le symbole d’une fête devenue inaccessible à ceux qui l’aiment le plus.