Les coalitions autochtones urbaines réclament le retour de leur financement fédéral
OTTAWA – Depuis le 1er avril, 33 coalitions autochtones urbaines ne reçoivent plus directement de financement fédéral. Le gouvernement assure avoir maintenu le programme, doté de 168 millions de dollars sur cinq ans, mais en confiant désormais les fonds au réseau des centres d’amitié. Selon les organismes concernés, cette perte de financement menace plusieurs activités et services destinés aux communautés autochtones.
Plusieurs organisations autochtones ont multiplié les démarches auprès de différentes instances gouvernementales et ont même récemment porté leurs préoccupations sur la scène internationale.
L’Ontario Native Women’s Association (ONWA) est notamment intervenue auprès du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones des Nations unies, à Genève.
« Nous n’avons reçu aucune réponse à ce jour », déplore Cora McGuire-Cyrette, directrice générale de l’ONWA, qui se présente comme la plus ancienne et la plus grande organisation de femmes autochtones au Canada.
« Nous demandons au gouvernement fédéral non seulement de rétablir ce financement, mais aussi de l’augmenter afin de répondre aux besoins des communautés », affirme-t-elle.
Une perte annuelle de 150 000 $ à Ottawa
La Coalition autochtone d’Ottawa (Ottawa Aboriginal Coalition, OAC), dont les dix organismes membres déclarent fournir chaque année des services à environ 31 000 personnes, confirme avoir perdu la totalité du financement qu’elle recevait dans le cadre du programme.

« Le 1er avril 2026, le gouvernement fédéral a supprimé 100 % du financement des coalitions autochtones urbaines partout au pays », soutient Joan Riggs, facilitatrice de l’OAC.
Depuis dix ans, l’OAC recevait 150 000 $ par année pour soutenir ses activités de base, précise Mme Riggs. Selon elle, ce financement stable a permis à la coalition de structurer ses activités et d’obtenir d’autres sources de financement, jusqu’à atteindre un budget annuel total de cinq millions de dollars.
Cette perte touche notamment le financement du poste de coordonnatrice administrative, une partie de celui du poste de facilitatrice de l’OAC, quatre rassemblements saisonniers d’Aînés, l’entretien du site Internet et une partie des activités de mobilisation communautaire.
Un nouveau modèle de financement, selon le gouvernement
Services aux Autochtones Canada réfute l’idée d’une suppression du financement. Le ministère souligne que la Programmation urbaine pour les peuples autochtones (PUPA) a bénéficié d’un renouvellement de 168 millions de dollars sur cinq ans.
« Le financement n’a pas été supprimé. Toutefois, à compter du 1er avril 2026, la Programmation urbaine pour les peuples autochtones est passée à un nouveau modèle de prestation du financement », indique Jacinthe Goulet, porte-parole du ministère.
Les fonds seront désormais confiés à deux organismes qui offrent directement des programmes et des services sur le terrain. Après l’exercice 2025-2026, l’Association nationale des centres d’amitié (ANCA) et l’Ontario Federation of Indigenous Friendship Centres (OFIFC) seront les seuls bénéficiaires du financement du programme.
Le ministère explique ces deux organismes constituent « le seul réseau autochtone au Canada qui dessert les populations autochtones vivant en milieu urbain à l’échelle nationale ».
La même source ajoute que dans le cadre de l’ancien modèle, les 33 coalitions ont reçu ensemble environ 3,7 millions de dollars en 2025-2026.
Mais pour Cora McGuire-Cyrette, les sommes auparavant versées aux coalitions sont minimes à l’échelle du budget fédéral.
« Le volume de ressources dont nous parlons ne représente même pas une erreur d’arrondi dans leurs budgets », lance-t-elle.

« Une tactique coloniale »
La directrice générale de l’ONWA estime que la concentration des ressources entre les mains d’un seul réseau peut être perçue comme « une tactique coloniale consistant à diviser pour mieux régner. »
« Nous reconnaissons que les centres d’amitié jouent un rôle dans la prestation de services et de mesures de soutien aux communautés autochtones en milieu urbain. Nous devons toutefois nous rappeler qu’ils ne représentent qu’une composante d’un vaste réseau », insiste-t-elle.
Selon elle, le nouveau modèle ne tient pas suffisamment compte du travail effectué par les organisations de femmes autochtones, les coalitions et les autres fournisseurs de services.
L’ONWA possède sa propre structure de gouvernance et regroupe notamment des organismes et des refuges pour femmes autochtones offrant des services de première ligne.
Elle soutient également que le nouveau modèle ne découle pas des recommandations de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ni de celles de la Commission de vérité et réconciliation.
« Ces décisions n’ont pas été prises par les communautés locales », déplore-t-elle.
Des partenariats proposés par Ottawa
De son côté, Services aux Autochtones Canada encourage les coalitions à établir des partenariats avec l’ANCA et l’OFIFC afin de maintenir les programmes répondant aux besoins particuliers de leurs collectivités.
Le ministère assure également qu’il aidera les coalitions à trouver d’autres sources de financement et à établir de nouveaux partenariats.
Pour sa part, Cora McGuire-Cyrette rétorque qu’aucune aide concrète n’a encore été offerte aux organisations concernées.
« Si c’est effectivement le cas, pourquoi y a-t-il actuellement une interruption dans les contrats de services? Cela aurait dû être fait auparavant », réplique-t-elle.
Elle appelle Ottawa à éliminer les obstacles qui empêchent les organisations autochtones en milieu urbain de collaborer et à revenir sur sa décision.
« Même si les ressources ne sont pas disponibles, le travail se poursuivra. Le Canada a ici l’occasion de corriger une décision antérieure », affirme-t-elle.
« Lorsque nous bâtissons le Canada, nous devons le faire en incluant les personnes les plus vulnérables de notre communauté », conclut Mme McGuire-Cyrette.