À Ottawa, des leaders religieux s’unissent face aux actes haineux
OTTAWA – Face aux crimes haineux, des dirigeants religieux et communautaires d’Ottawa ont choisi de miser sur le dialogue. Réunis jeudi à l’initiative du maire dans le cadre du Symposium de la Ville de la bienveillance, ils ont lancé un appel à l’action collective.
« La bienveillance n’est pas une faiblesse. C’est un choix courageux », ont affirmé à l’unisson des représentants des trois religions monothéistes invités à l’événement, qui vise à renforcer les partenariats, promouvoir le respect et bâtir une ville plus sûre et inclusive.
« Aujourd’hui, vous ne participez pas simplement à un événement. Vous rejoignez un mouvement pour faire d’Ottawa une ville plus accueillante, plus sécuritaire et plus bienveillante », a déclaré le maire Mark Sutcliffe.
Le maire a reconnu que, malgré une baisse récente du nombre de crimes haineux signalés, chaque incident demeure préoccupant. Selon le Service de police d’Ottawa, 358 incidents haineux ont été signalés en 2025, contre 467 l’année précédente.
« Chaque fois que je vois un acte de haine visant une institution religieuse, cela me touche profondément. Un seul incident est déjà un de trop », a assuré le maire.

Selon lui, malgré les tensions mondiales, il existe à Ottawa une réelle volonté de travailler ensemble pour préserver le vivre-ensemble. La Ville poursuit notamment la mise en œuvre de sa Stratégie contre le racisme, collabore avec des organismes communautaires et soutient des initiatives de prévention des crimes haineux.
Le discours se veut rassembleur, mais les actes haineux récents rappellent que le défi demeure bien réel.
Un climat sensible
Du côté de la communauté juive, le contexte est fragile. « La période est particulièrement difficile pour la communauté juive en ce moment. », a souligné à ONFR David Sachs, membre de la Fédération juive d’Ottawa. « Il y a une pression réelle. Mais en même temps, on observe des efforts authentiques et concrets de la part d’autres communautés pour soutenir et dialoguer. Ces gestes nourrissent l’espoir. »

Danya Vered, présidente du conseil d’administration de la Fédération juive d’Ottawa, estime que le dialogue demeure essentiel.
« Il y aura toujours des malentendus culturels. La différence, c’est la façon dont nous choisissons d’y répondre : par la confrontation ou par le dialogue », a-t-elle affirmé lors du symposium.
« Ne pas laisser ces actes nous définir »
L’imam Ahmed Elemam, de l’Association musulmane de Stittsville, a rappelé que les discours haineux ont des conséquences concrètes.
« Je pense que nous avons tous, sur cette scène, vécu des actes de haine. Dans notre mosquée, nous avons été ciblés par des graffitis très offensants. Nous sommes ici pour réfléchir à la manière d’aller de l’avant : que pouvons-nous faire pour éviter que ces gestes ne se reproduisent? Et surtout, comment répondre avec bienveillance sans laisser ces actes nous définir? »
L’Association a récemment été visée par un geste hostile à caractère haineux, soulignant que les tensions dépassent le simple débat théorique.
Pour l’imam, la réponse passe par la rencontre et l’écoute.
« L’un des objectifs essentiels de cet événement est de rassembler les communautés religieuses afin qu’elles apprennent à mieux se connaître. En dialoguant, nous pouvons développer une bienveillance authentique, pas une bienveillance de façade, mais une solidarité réelle et sincère. »
Une responsabilité collective
Le Révérend Dr Anthony Bailey a élargi la réflexion au-delà des gestes individuels. « La bienveillance n’est pas seulement un geste personnel. Elle peut aussi être systémique », a-t-il expliqué.
Selon lui, la lutte contre le racisme ne concerne pas uniquement les communautés ciblées.
« Le racisme n’est pas seulement le problème d’une communauté. C’est un défi collectif qui exige une réponse collective », a-t-il plaidé.
Il a ainsi rappelé que la compréhension naît de la relation. « Nous devons apprendre à nous voir les uns les autres comme des êtres précieux », a-t-il conclu.