Crimes haineux à Ottawa : une baisse statistique qui ne dit pas tout
Le nombre de crimes haineux signalés à la police à Ottawa a connu une baisse notable en 2025 de 23 % comparativement à 2024. Selon les statistiques annuelles publiées par le Service de police d’Ottawa, 358 incidents ont été signalés à l’Unité des crimes haineux et préjugés, contre 467 en 2024. Toutefois, les autorités policières appellent à la prudence dans l’interprétation de ces chiffres.
« Une diminution du nombre de signalements ne signifie pas nécessairement une diminution du nombre d’incidents », souligne le Service de police d’Ottawa, rappelant que plusieurs facteurs peuvent expliquer cette baisse apparente.
Une sous-déclaration préoccupante
Parmi les raisons évoquées, la police note que certaines personnes peuvent devenir insensibles à ces comportements au fil du temps, en venir à normaliser certains incidents ou juger qu’ils ne sont pas suffisamment graves pour être signalés. D’autres peuvent ne pas percevoir ces actes comme répréhensibles ou craindre une revictimisation en entamant une démarche officielle.
Des barrières culturelles ou linguistiques, un manque de confiance envers les forces de l’ordre, ainsi que des préoccupations liées à la protection de la vie privée et des informations personnelles peuvent également freiner le signalement.
Dans certains cas, les incidents sont rapportés à des organismes communautaires ou à des organisations tierces, sans être transmis directement à la police, ce qui limite leur prise en charge judiciaire.
« Si la sensibilisation du public aux crimes et incidents motivés par la haine est peut-être en hausse, elle ne se traduit pas toujours par des signalements à la police. Dans certains cas, les personnes peuvent signaler des incidents à des organismes tiers pour obtenir de l’aide, mais ces incidents ne font pas nécessairement l’objet d’un suivi ou d’une enquête de la part de la police », explique le Service de police d’Ottawa.
Des groupes toujours ciblés
En 2025, les groupes les plus fréquemment visés par des crimes ou incidents haineux demeurent les mêmes que les années précédentes. Les personnes de confession juive arrivent en tête avec 73 cas signalés (contre 113 cas signalés en 2024), suivies des communautés noires (51 cas contre 54 en 2024 ), des personnes LGBT+ (26 cas contre 54 en 2024 ) et des musulmans (18 cas).
Parmi l’ensemble des signalements, 263 dossiers ont été classés comme des infractions criminelles, tandis que 95 relevaient d’incidents motivés par la haine sans constituer une infraction au sens du Code criminel.
Au total, 50 personnes ont été inculpées pour 163 infractions, dont quatre jeunes en vertu de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents. Les infractions les plus graves constatées en 2025 incluent le méfait à l’égard des biens, la profération de menaces, les voies de fait, la communication harcelante, les voies de fait causant des lésions corporelles et l’agression armée.
Partenariats communautaires
Face à cette réalité, le Service de police d’Ottawa affirme poursuivre son travail de manière proactive afin de lutter contre les incidents haineux et d’encourager leur signalement. Plusieurs initiatives sont mises de l’avant, notamment des activités de sensibilisation et de rapprochement communautaire par l’entremise de la section Ressources et relations pour la diversité.
La police mise également sur des partenariats avec des organisations communautaires afin d’offrir du soutien aux personnes touchées, ainsi que sur des réponses coordonnées dans les écoles, les transports en commun et les espaces publics, dans le but de sensibiliser la population et de diffuser des messages clairs contre la haine.
« Nous incitons vivement les gens ayant vécu un incident haineux à nous le signaler afin que nous puissions faire enquête sur la situation », rappelle le Service de police d’Ottawa.