Justin Bourassa, 29 ans au moment de son décès le 28 octobre 2021, était un joueur et entraîneur de tennis, ainsi qu'un membre actif de la communauté francophone de Sarnia. Photo : gracieuseté de Meaghan Daniel, avocate de la famille Bourassa
Société

Mort du Franco-Ontarien Justin Bourassa : verdict d’homicide pour un drame « évitable »

Justin Bourassa, 29 ans au moment de son décès le 28 octobre 2021, était un joueur et entraîneur de tennis, ainsi qu'un membre actif de la communauté francophone de Sarnia. Photo : gracieuseté de Meaghan Daniel, avocate de la famille Bourassa

LONDON – Un verdict a été rendu dans l’enquête du coroner sur la mort de Justin Bourassa, ce joueur et entraineur de tennis franco-ontarien de Sarnia. Abattu par balle en 2021 lors d’une altercation avec deux policiers l’ayant confondu avec un suspect, celui-ci effectuait une marche après un circuit de vélo Sarnia-London. Si le jury a retenu le verdict d’homicide et formulé des recommandations pour prévenir de futurs drames, la famille reste convaincue que sa mort était totalement évitable.

Après six jours d’enquête et les délibérations, le jury de cinq personnes a rendu son verdict dans le cas du décès de Justin Bourassa, 29 ans, joueur et entraineur de tennis et membre actif de la communauté francophone de Sarnia.

Toutes les parties dans l’enquête du coroner (la famille Bourassa, le chef de police, la commission de police et les deux agents) s’étaient entendues pour recommander au jury de classer le décès comme un homicide et c’est ce qui a été retenu.

Une dénomination neutre qui n’introduit pas la notion de culpabilité des deux officiers, dont l’un a tiré par balle sur M. Bourassa.

Des recommandations étaient attendues de la part du jury pour suggérer des réformes policières.

Parmi celles-ci, le jury préconise d’abord une révision profonde des pratiques d’interpellation, en insistant sur le fait que la communication et le désamorçage doivent primer sur le contrôle physique. Les jurés soulignent l’importance de laisser aux citoyens un temps de réaction suffisant pour traiter les ordres policiers, évitant ainsi qu’une confusion ne soit perçue comme une menace.

Sur le plan de la formation, le jury recommande de sensibiliser les agents aux biais de perception induits par le stress et les expériences passées, afin de mieux distinguer la peur de l’agression. Des améliorations techniques concernant le combat au sol et l’identification d’alternatives non létales en situation d’urgence sont également réclamées.

Enfin, pour garantir une meilleure redevabilité, le jury propose de rendre obligatoires les évaluations psychologiques et les débriefings tactiques systématiques pour tout agent impliqué dans un incident mortel. L’objectif est clair : transformer chaque drame en un levier d’apprentissage pour éviter que l’histoire ne se répète.

Rappel des faits relatés par la police

Le 28 octobre de 2021, deux agents de police de London, Joshua Ryan et Ryan Hendrick, répondaient à un appel pour entrée par effraction. Ils ont alors aperçu Justin Bourassa, 29 ans, qui effectuait une marche et l’ont pris pour un des suspects.

Selon leur témoignage, l’agent Ryan a tenté de menotter M. Bourassa qui s’est débattu, ce qui a résulté en une lutte entre les trois hommes. L’agent Hendrick a témoigné que Bourassa lui a fait une prise d’étranglement au sol. Selon ses dires, voyant son partenaire perdre connaissance, l’agent Ryan a pris son arme et tiré un coup de feu. Le francophone est décédé plus tard à l’hôpital des suites de ses blessures au cou et à la poitrine.

Justin Bourassa était membre du Club de tennis de Sarnia. Photo : gracieuseté du club

Durant l’enquête, il a été établi que Justin Bourassa n’était impliqué dans un aucune activité criminelle ni dans l’effraction signalée. De même, les analyses toxicologiques n’ont révélé aucune trace d’alcool ni de drogue dans son système.

Il a par ailleurs été démontré que l’entrée par effraction pour laquelle les policiers avaient été appelés n’a jamais existé. Une situation mal interprétée par le voisinage, car il s’agissait de trois adolescents qui volaient des panneaux de signalisation sur la voie publique.

Des circonstances nébuleuses remises en question par la famille 

L’avocate de la famille Bourassa, Meaghan Daniel, déconstruit le récit policier qui présente chaque étape comme une nécessité. Elle souligne que les policiers ont transformé une incertitude (un homme dans le noir) en une urgence mortelle en seulement 80 secondes. Elle soutient que la sécurité aurait pu être assurée par la patience, la distance et la communication, plutôt que par une confrontation physique immédiate.

Me Daniel a plaidé que la mort de Justin Bourassa n’était pas une fatalité inévitable, mais le résultat d’une escalade inutile alimentée par des biais de perception et un manque de recours aux techniques de désamorçage de la part de la police.

Dans une entrevue accordée à ONFR, elle explique également que certaines circonstances relatées par les deux officiers sont inconciliables et ambiguës.

Par exemple, selon eux l’étranglement aurait duré 40 secondes durant lesquelles l’agent Ryan aurait tenté de tirer Justin « entre 1 et 50 fois », répétant que les autres options de recours à la force n’étaient pas viables, car, en cas d’échec, il n’y aurait pas eu de temps pour essayer autre chose.

« Il est difficile de concilier ces versions et pour la famille d’accepter l’explication. (…) Il n’a pas utilisé de bâton, de gaz poivré ou de Taser », relève Me Daniel.

Autre fait troublant, dans une lettre adressée aux médias, la mère de Justin, Lorraine Sabourin Bourassa, souligne que sur plusieurs vidéos de surveillance peut voir Justin marcher jusqu’à la scène avec ses souliers de vélo à crampons, ajoutant que « en aucun temps Justin a essayé de se sauver, car il n’avait rien fait de mal. De plus, il est impossible de courir avec ses souliers sur de l’asphalte. »

« Cette arrestation était inutile et inacceptable. Aucun crime n’avait été commis », conclut-elle.

Bien qu’elle ne figure pas dans la liste finale des recommandations adoptées par le jury, une demande cruciale de la famille a marqué les plaidoiries : l’instauration d’une reconstruction médico-légale indépendante systématique après chaque tir policier mortel. Pour la famille Bourassa, seule une analyse scientifique neutre permettrait d’établir une vérité qui ne dépend pas uniquement du récit des policiers impliqués.

Le cri d’une mère et d’une famille déchirées

« Justin ne méritait pas de mourir. Sa famille n’aurait jamais dû souffrir comme cela. Tout ce qu’il nous reste, ce sont des photos, des souvenirs et une fondation à son nom, Love-All », clame la mère de la victime, Lorraine Sabourin Bourassa, à propos de ce qu’elle qualifie d’« acte ignoble » commis par « deux êtres sans scrupules, sans morale et qui n’ont aucun remords de leurs actions ».

Et de pointer une injustice : « Les deux meurtriers, eux, ont la chance de vivre une vie normale avec leur famille. Cette enquête publique n’a pas résolu le problème. Il y aura d’autres crimes que les policiers vont commettre et qui vont rester impunis. »

Mme Bourassa appelle de ses voeux à changer le système avec l’appui d’une agence neutre pour évaluer les cas de brutalité des policiers. Il faudrait aussi, selon elle, forcer les policiers à avoir toute la formation nécessaire pour agir en cas d’urgence, évaluer leur capacité mentale à prendre des décisions logiques en cas d’altercations, les forcer à porter des caméras en cas de conflits et améliorer leurs habiletés de communication.

Plus de détails à venir…