Le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, s'adresse aux journalistes avant la Rencontre des premiers ministres à Ottawa, le jeudi 29 janvier 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld
Politique

Vers un Manitoba véritablement bilingue : où en est la promesse de Wab Kinew?

Le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, s'adresse aux journalistes avant la Rencontre des premiers ministres à Ottawa, le jeudi 29 janvier 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld

Depuis plus d’un an, le premier ministre Wab Kinew répète qu’il souhaite faire du Manitoba une province bilingue. La communauté francophone manitobaine espère voir bientôt du progrès grâce au dépôt prochain d’un rapport qui pourrait ouvrir la voie à la réalisation de cet objectif.

Depuis son élection en octobre 2023, le premier ministre manitobain ne cesse d’en faire un objectif, lui qui a mandaté son ministre responsable des Affaires francophones, Glen Simard, pour faire du Manitoba une province « véritablement bilingue ».

« Je n’ai jamais entendu autant le mot « véritablement » de toute ma vie », lance à la blague le président de la Société de la francophonie manitobaine (SFM), Derek Bentley.

La province autant que la Société de la francophonie manitobaine (SFM) ont sondé au cours des derniers mois la population, principalement francophone, au sujet du projet. Un rapport gouvernemental qui résumera ces consultations menées dans la province est attendu le 20 mars prochain, la SFM espère que ce sera la première phase vers l’aboutissement d’un statut bilingue.

« On espère avoir un plus grand engagement à la suite du rapport que ce qu’on a entendu, puis un plan d’action beaucoup plus clair au niveau du gouvernement dans son ensemble pour arriver à cette province véritablement bilingue », souhaite le président de la SFM. 

S’il se réjouit du discours du premier ministre sur bilinguisme, « quelque chose de rare au Canada », ce dernier préfère toutefois modérer les attentes, soulignant que cette première étape ne fait que recenser les idées entendues.

Raymond Hébert, politologue et professeur émérite à l’Université de Saint-Boniface, est optimiste : il croit que le rapport ne sera pas mis de côté.

« Ça me surprendrait, parce que le ministre responsable de la francophonie, Glen Simard, est également très engagé à réaliser des choses dans ce domaine », observe-t-il.

Il s’attend à ce que le gouvernement élabore un plan d’action d’ici les six prochains mois pour faire avancer le projet.

« Je pense que la bonne volonté est là. Il faut souligner que cette initiative est venue du premier ministre lui-même », rappelle M. Hébert.

« Je pense qu’il le fait par principe, poursuit ce dernier sur les motifs derrière cet engagement de Wab Kinew. Sur le plan électoral, il n’y a pas vraiment beaucoup de gains à faire », analyse-t-il.

Qu’est-ce que ça veut dire un Manitoba « véritablement bilingue »?

C’est une question que se pose aussi Raymond Hébert.

« Jusqu’à maintenant, ça n’a pas été défini. Entend-on par là un amendement constitutionnel où l’on affirmerait que le Manitoba est officiellement bilingue? La dernière fois que ça a été tenté, en 1984, cela a provoqué une crise linguistique qui a eu des répercussions importantes partout dans la province », rappelle-t-il.

À l’époque, un affrontement politique majeur provoqué par le refus populaire et législatif de restaurer le bilinguisme officiel au Manitoba avait finalement forcé l’intervention de la Cour suprême.

Car, si c’est quelque chose qui fait grand bruit au sein de la communauté franco-manitobaine, c’est tout autre dans la population générale, selon Raymond Hébert.

« Lorsqu’on parle d’un amendement constitutionnel, les gens sont un peu plus frileux », note-t-il.

« Ça fait partie des discussions. C’est certain que ça ne fait pas si longtemps que ça qu’il y avait un vrai mouvement anti-francophone au Manitoba », affirme Derek Bentley.

Le président de la Société de la francophonie manitobaine, Derek Bentley. Gracieuseté SFM. 

Le président de la SFM convient que lorsque l’on « commence à parler de ressources et d’argent, il y a une voix qui sort peut-être un peu plus contre », mais souligne que le leadership du premier ministre « va certainement aider dans ces discussions ».

« Je pense que ça doit faire partie de la discussion : comment s’assurer que le projet est pour tout le Manitoba? Ce n’est pas juste une question de francophonie, c’est vraiment pour le Manitoba », mentionne le président de la SFM. 

Raymond Hébert y voit des alternatives plausibles. Il soumet l’idée de renforcer la Loi sur l’appui à l’épanouissement de la francophonie qui, à l’instar de l’Ontario, garantit des services gouvernementaux bilingues dans les régions désignées. Même cette avenue devra nécessiter l’appui de l’opposition conservatrice au Manitoba pour éviter une autre crise linguistique, précise M. Hébert.

« On pourrait aussi adopter de simples règlements à la loi existante, ça serait peut-être la voie la moins controversée », souligne-t-il.

Bien que des progrès aient été réalisés dans l’offre de services en français depuis 2023, en éducation et en santé, la SFM souhaite également que le cadre réglementaire soit renforcé afin d’obliger les ministères à rendre des comptes sur leurs services en français.

Selon le recensement de 2021, 8 % de la population dit connaître le français et l’anglais, et 2,8 % dit l’utiliser régulièrement à la maison. La population francophone est principalement concentrée au sud de Winnipeg.