Restaurer la confiance en la démocratie : des solutions débattues à Glendon
TORONTO – Entre la montée du populisme et l’érosion de la confiance envers les institutions, les mécanismes démocratiques semblent fragilisés. Réunis au campus Glendon, quatre panélistes — dont deux anciens premiers ministres provinciaux — ont tenté de diagnostiquer ce décalage croissant entre citoyens et élus. Cet échange, en partie bilingue, a permis d’explorer des pistes de solutions, notamment avec le public, pour tenter de colmater les brèches.
« Avons-nous perdu confiance en la démocratie? »
C’est la question débattue entre les panélistes Kathleen Wynne (ex-première ministre de l’Ontario), Philippe Couillard (ex-premier ministre du Québec), Victoria Kuketz (chercheuse à la Fondation Obama) et Allen Sutherland (Institut sur la gouvernance).
Animée par le journaliste francophile Steve Paikin, la table ronde s’est tenue au théâtre du campus Glendon, avec un débat majoritairement anglophone, accompagné de sous-titres français, mais parsemé d’échanges en français.
Est-ce que le populisme sous stéroïdes tel qu’on le voit aujourd’hui est inconsistant avec la démocratie libérale, questionne le modérateur.
D’entrée de jeu, Allen Sutherland a appelé à la nuance : « Le populisme n’est pas intrinsèquement antidémocratique. Quelqu’un qui conteste le statu quo ne s’oppose pas pour autant à la démocratie. »
Citant le poète français Paul Valéry, « Quand je me regarde, je me désole, quand je me compare je me console », il a défendu le fait que le Canada fait un « plutôt bon travail » d’inclusion, comparé au reste du monde.
Pour Kathleen Wynne, le danger réside plutôt dans « l’incohérence » des décisions politiques actuelles, souvent déconnectées des données probantes, tandis que Philippe Couillard a pointé du doigt l’impact dévastateur des promesses électorales non tenues sur la confiance du public.
Le fossé générationnel : de nombreuses craintes chez les jeunes
L’un des moments forts de la rencontre a porté sur le désengagement des jeunes. « Ils croient en la promesse de la démocratie, mais se demandent si elle tient ses engagements », a observé Victoria Kuketz.
Selon ses recherches, la polarisation et l’incapacité des politiciens à collaborer sont leurs principales sources d’inquiétude, devant même le fossé générationnel.
Philippe Couillard a renchéri en français : « La tradition voulant que la génération suivante vive mieux que la précédente n’est plus toujours vraie. » Pour lui, la solution passe par l’éducation : il faut réenseigner l’empathie et la pensée critique pour distinguer les faits de l’opinion.
Kathleen Wynne a rappelé que la responsabilité incombe aux élus : « Contre la polarisation, il faut échanger avec ceux qui ne sont pas d’accord. C’est dans le désaccord que le vrai débat a lieu et qu’on avance. »
Pour les panélistes, la démocratie doit redevenir un outil capable de produire des « résultats concrets » sur des enjeux vitaux comme le logement, l’emploi et l’accès aux études.

Réformer le système, du vote obligatoire au mode de scrutin
La discussion s’est conclue sur les mécanismes concrets pour raviver la participation. Kathleen Wynne s’est dite favorable à l’abaissement du droit de vote à 16 ans pour impliquer les citoyens plus tôt, tandis que Victoria Kuketz a défendu le vote obligatoire, citant l’exemple de l’Australie.
Face à des taux de participation historiquement bas, Steve Paikin a sondé l’audience sur la légitimité du mode de scrutin actuel. Le constat est sans appel : environ 75 % du public s’est prononcé en faveur d’un changement tel que la représentation proportionnelle, plusieurs voix rappelant au passage la promesse non tenue de Justin Trudeau en 2015 de réformer le système électoral fédéral.
Pendant la période de questions, le dialogue s’est enrichi de réflexions citoyennes variées. Pour certains, l’intégrité au cœur des institutions et la prospérité économique pour tous constituent les fondements indispensables d’une démocratie libérale. Pour d’autres, l’isolation sociale ou l’absence de procédure de rappel pour destituer les élus défaillants demeurent des obstacles majeurs à la confiance.
Comme l’avait résumé Allen Sutherland sur le sujet : « Nous faisons tout pour rendre le vote accessible. La démocratie vaut-elle 15 minutes de votre temps? »