Kalle Eriksson et Sierra Smith ont remporté trois médailles pour leurs premier Jeux paralympiques. Photo : CPC
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Sierra Smith, les yeux et la voix de la victoire pour Kalle Eriksson

Kalle Eriksson et Sierra Smith ont remporté trois médailles pour leurs premier Jeux paralympiques. Photo : CPC

KIMBERLEY (CB) – À peine revenus des Jeux paralympiques de Milan-Cortina, Sierra Smith et Kalle Eriksson n’ont pas ralenti. Le duo canadien de ski para alpin dans la catégorie des athlètes malvoyants a enchaîné avec, la semaine dernière, les Championnats nationaux de Kimberley, en Colombie-Britannique. Kalle Eriksson et sa guide franco-ontarienne ont remporté quatre médailles d’or. Derrière cette fin de saison éclatante, il y a aussi l’histoire d’une athlète qui, après avoir vu sa carrière stoppée par deux graves blessures au genou, a trouvé une nouvelle voie et un nouveau souffle auprès de son partenaire.

En Italie, plus tôt en mars, le duo avait décroché trois médailles lors de ses premiers Jeux paralympiques : l’argent en descente, puis le bronze en super-G et en slalom. Pour ce tandem qui avait traversé un hiver perturbé par les blessures, cette récolte a confirmé une chose : malgré le peu de courses disputées avant Milan-Cortina, le potentiel du duo était bien réel. Il s’est révélé sur la plus grande scène.

« Honnêtement, c’est quelque chose d’incroyable », confie Sierra Smith au sujet de la campagne paralympique qu’elle a réalisée avec Kalle Eriksson.

En entrevue avec ONFR, elle a reconnu que l’enchaînement entre les Jeux et les nationaux n’avait pas été simple. L’émotion, la fatigue et le besoin de souffler étaient bien présents. Mais une fois dans la cabine de départ, l’essentiel revenait vite. 

Un parcours lancé très tôt, puis stoppé net

Avant de devenir guide, l’Ottavienne se destinait à une carrière en ski alpin. Née à Montréal, passée par la France et l’Europe pendant une partie de son enfance avant de revenir au Canada à 12 ans, elle avait rapidement gravi les échelons jusqu’à rejoindre l’équipe NextGen canadienne. Mais deux graves blessures au genou, survenues coup sur coup, ont brutalement freiné son élan.

« Quand j’étais sur l’équipe nationale, à 17 ans, j’ai subi une grave blessure au genou, avec une rupture complète des ligaments croisés. L’année suivante, ça s’est reproduit. Entre les deux, la rééducation m’a pris près de quatre ans, se remémore l’athlète. C’était des années très difficiles pour moi. »

Revenue à la compétition pendant la pandémie de la COVID-19, elle explique ne jamais avoir vraiment retrouvé le ski qu’elle espérait, ni les conditions nécessaires pour s’entraîner à son meilleur niveau.

Le rebond inattendu dans le para-ski

La suite s’est dessinée presque par hasard. Alors qu’elle aidait comme entraîneuse, on lui a demandé de skier devant Kalle Eriksson, qui n’avait pas encore de guide. Ce premier essai a immédiatement fait naître une évidence. 

« Le début de notre première journée de ski ensemble, c’était incroyable, se souvient-elle. C’était juste un clic entre nous deux. »

Sierra Smith est en constante communication avec Kalle Eriksson, tout au long de la descente. Photo : CPC

Le duo a été formé en 2023 et a rapidement enchaîné les performances, jusqu’à devenir un tandem régulier sur les podiums internationaux. Smith sert de guide à Eriksson chez les malvoyants, une discipline où la communication et la confiance sont essentielles. Tout au long de la descente, elle skie devant lui et lui transmet, par radio, les informations sur le tracé, le relief, la neige, la luminosité ou encore le rythme à adopter. 

« Du début à la fin je suis ses yeux. Je lui donne des indications pour aller vite, mais aussi pour qu’il skie en sécurité », explique-t-elle. 

Une relation qui fait la différence

Au-delà de la technique, Smith insiste sur l’importance de leur relation humaine. Les mois passés ensemble sur la route, à l’entraînement et en compétition, ont renforcé une complicité qu’elle juge indispensable à ce niveau.

 « C’est vraiment important qu’on soit des amis, dit-elle. On fait genre six mois de l’année ensemble. »

Cette entente a d’autant plus de valeur que leur hiver n’a pas été de tout repos. Avant les Jeux, Eriksson a composé avec une blessure à l’épaule puis un autre problème au genou, tandis que Smith a elle-même subi une déchirure partielle du ligament croisé antérieur à peine deux semaines avant le rendez-vous paralympique. Malgré cela, ils ont répondu présent en Italie, puis aux nationaux de Kimberley.

Leur histoire raconte donc plus qu’une série de médailles. Elle parle aussi d’un rebond, d’une deuxième carrière pour l’Ottavienne, et d’une confiance bâtie très vite entre deux athlètes qui, dès leur première journée ensemble, ont senti que quelque chose fonctionnait.

Déjà tournés vers la prochaine saison

Après une saison aussi chargée, place maintenant à une période plus légère. Sierra Smith explique vouloir profiter du printemps et de l’été pour récupérer, voyager un peu et retrouver de l’énergie, avant un retour sur neige prévu en août au Chili pour lancer la prochaine campagne. L’objectif sera de pouvoir disputer, enfin, une saison complète.

Le rêve olympique qu’elle nourrissait plus jeune s’est refermé brutalement à cause des blessures. Mais c’est dans le para-ski que Sierra Smith a retrouvé la vitesse, la compétition et une nouvelle façon de viser les sommets. Avec Kalle Eriksson, elle forme désormais l’un des tandems les plus rapides du circuit, qui pourrait imposer sa domination sur la discipline dans les années à venir.