Nipissing Ouest : relation brisée entre le comité de la Fierté et le conseil municipal
NIPISSING OUEST – Le dialogue est désormais totalement rompu à Nipissing Ouest, où le conseil municipal refuse désormais de rencontrer le comité de la Fierté locale. À quelques jours du début des célébrations du Mois de la Fierté, les deux instances s’enfoncent dans une crise qui paralyse les relations entre l’administration et les représentants de la communauté LGBTQ+.
Accusations d’« obstruction » politique, dénonciation d’un comportement « méprisant et rabaissant », reproches de « graves allégations » : la guerre de mots est lancée entre les deux clans de cette petite ville du Nord où vit une importante population francophone.
Par communications interposées, le ton a grimpé, transformant un débat sur des règlements municipaux en une véritable crise politique. Le comité de la Fierté accuse la Ville d’« indifférence » qui réplique en reprochant au comité d’avoir une approche conflictuelle.
Pour comprendre comment la situation a pu s’envenimer à ce point, il faut remonter à février dernier.
Lors d’une présentation officielle devant le conseil municipal, le comité de la Fierté a fait part aux élus d’une hausse de 388 % des crimes haineux envers la communauté LGBTQ+ sur cinq ans au Canada, soulignant à l’échelle locale les risques liés aux menaces de mort et au vandalisme.
Les élus ont par la suite voté des mesures qui modifient le soutien accordé aux organismes, dont celui de la Fierté, par rapport aux années précédentes. Le conseil municipal a voté pour une refonte de sa politique d’affichage faisant passer d’un mois à une semaine le temps accordé aux organismes qui désirent utiliser les mâts municipaux pour hisser leur drapeau.
Le conseil a, par ailleurs, rejeté les autres requêtes du comité de la Fierté soit la demande financière pour leur marché des exposants, l’assurance de la présence du service des incendies lors des festivités, ainsi que la demande d’apposition d’autocollants « espaces sécuritaires » aux entrées des édifices municipaux.
Sur les réseaux sociaux, le comité a vivement dénoncé ces refus, se disant « déçu, désabusé et dégoûté par les décisions honteuses » de son gouvernement municipal. La mairesse Kathleen Thorne Rochon avait alors pris la parole sur ces mêmes plateformes pour défendre publiquement la position du conseil face à ce mécontentement.
Celle-ci avait alors affirmé que « le conseil n’a pas voté contre l’inclusion, la sécurité ou la communauté » et que les décisions visaient plutôt à appliquer les politiques municipales « de façon cohérente pour tous les groupes ».
Le mois dernier, le conseil a assoupli sa politique de drapeau pour permettre des exceptions : l’affichage peut désormais durer jusqu’à un mois et s’étendre aux lampadaires ou à d’autres édifices municipaux que l’hôtel de ville, tout en précisant que ces exceptions sont à la discrétion des élus.
Le dialogue rompu
Cet assouplissement est survenu au moment même où le comité de la Fierté a transmit une demande de création d’un groupe de travail qui a qualifiée de « main tendue ».
Quelques jours plus tard, dans un échange de courriels, la mairesse a rejeté cette invitation indiquant que la correspondance du comité contenait de « graves allégations concernant l’intention et la conduite du conseil », rendant « difficile l’établissement du type d’environnement constructif et respectueux nécessaire à une réunion productive ».
Le comité de la Fierté a alors soumis une nouvelle lettre officielle ce mercredi pour répliquer à cette fin de recevoir. Le président du comité, Ryan Marc Jackson, qualifie le refus de la mairie de « méprisant et rabaissant » pour les contribuables concernés.
L’organisme dénonce également des délais administratifs de près de deux mois, qualifiés de manquement aux engagements de collaboration pris par la mairesse lors d’une rencontre préliminaire qui remonte au mois de décembre.
Enfin, le président a lancé un appel direct et individuel aux conseillers municipaux, affirmant qu’ils « invitent tous les conseillers qui sont prêts à s’asseoir avec [eux] à le faire, afin de favoriser une municipalité plus inclusive et compréhensive. »
Défilé de la fierté
Interpellée par ONFR, la mairesse Kathleen Thorne Rochon a indiqué jeudi avoir pris connaissance de cette dernière missive.
« La municipalité et les membres du conseil n’ont reçu la lettre la plus récente que ce matin. Comme elle contient à nouveau ce que nous estimons être de graves allégations sur l’intention des décisions du conseil, nous prendrons le temps d’analyser la question avant de répondre. »
Malgré cette rupture apparente avec le comité organisateur, Kathleen Thorne Rochon a confirmé que la Ville ne boycottera pas la parade de la Fierté prévue le 30 mai prochain.
« La municipalité aura un véhicule dans le défilé et j’ai l’intention d’y assister. Je ne peux pas me prononcer sur la participation des autres membres du conseil », a-t-elle également fait savoir.