Course à la tête de l’OIF : quatre candidats pour un fauteuil
Qui présidera aux destinées de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)? Une audition ministérielle inédite a mis en lumière mardi les intentions des quatre candidats en lice pour le poste de secrétaire général. Décryptage d’une lutte de pouvoir qui connaîtra son épilogue lors du 20e Sommet de la Francophonie en novembre prochain.
Candidate à sa propre succession, la secrétaire générale sortante de la Francophonie Louise Mushikiwabo a défendu son bilan au cours d’une Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) extraordinaire, notamment ses réformes qui ont abouti à un resserrement budgétaire et à un recentrage des missions coopération de l’OIF, réduites à une vingtaine depuis sa prise de fonction en 2019.
« C’était pour plus d’impact et de concret », a argumenté celle qui, si elle était reconduite pour un troisième mandat de quatre ans, voudrait « aller encore plus loin, faire de la francophonie un espace plus influent, plus solidaire, mieux gouverné et aligné sur les défis de son époque ».
Sous sa gouvernance, l’OIF s’est enrichie de trois nouvelles représentations décentralisées (Beyrouth, Tunis et Québec) et sept nouveaux membres (dont la Nouvelle-Écosse) en même temps que trois pays du Sahel quittaient le navire (Burkina Faso, Mali et Niger). « La porte leur reste grande ouverte », a-t-elle insisté, pointant de multiples perturbations succeptibles de fragiliser à tout moment la confiance envers l’institution : crises climatiques, sanitaires, érosion de la démocratie, désinformation, droits humains…
La route vers un troisième mandat est cependant plus complexe pour la sortante qu’il y a quatre ans quand elle était seule à convoiter le siège de secrétaire général. Si elle y parvenait, elle égaliserait le nombre de mandats du tout premier patron de l’organisation, le Sénégalais Abdou Diouf.

Face à l’ancienne ministre rwandaise de la Défense, se présente Juliana Amato Lumumba (RDC), fille du premier premier ministre de la République démocratique du Congo (RDC), le tout dans un contexte de tensions géopolitiques et militaires entre leurs deux pays dans la région africaine des Grands Lacs.
Devant les ministres des Affaires étrangères des États et gouvernements membres de plein droit, Mme Lumumba a plaidé mardi pour « une francophonie tournée vers les peuples, qui a un impact sur la vie quotidienne à l’école, dans l’emploi, dans la mobilité, l’accès au numérique, la culture, la paix et la participation citoyenne », exigeant opportunités et résultats.
« La Francophonie doit renforcer son influence internationale et assumer pleinement son rôle politique », a-t-elle par ailleurs martelé, là où les secrétaires généraux successifs ont souvent opté pour la prudence en la matière. L’ex-ministre congolaise de la Culture et des Arts a eu toutefois, au moment de la période des questions, des difficultés à répondre aux ministres et ambassadeurs de la CMF, indiquant ne pas comprendre et les faisant répéter à plusieurs reprises.
Trois Africaines et un Européen sur les rangs
Alors qu’on se dirigeait tout droit vers un duel Mushikiwabo-Lumumba il y a encore quelques mois, deux autres candidats déclarés plus récemment étaient également audiotonnés : la Mauritanienne Coumba Bâ et le Roumain Dacian Ciolos.
La première milite pour une francophonie plus active dans la prévention des conflits, la défense des valeurs de l’OIF et la lutte contre la désinformation. Le second souhaite élever la francophonie économique au rang de priorité numéro un.
« Si les jeunes n’apprennent à coder qu’en anglais, si les contenus qu’ils consultent sont dans d’autres langues, si les modèles d’intelligence artificielle qui façonnent l’accès aux savoirs sont alimentés sans données francophones suffisantes, alors la francophonie dans le monde sera sérieusement compromise », a en outre illustré Mme Bâ, inscrivant la jeunesse, l’employabilité, le numérique et la découvrabilité au coeur de sa candidature.
De son côté, M. Ciolos, seul à intervenir sans lire ses notes, était certainement celui qui dégageait le plus d’assurance dans ce grand oral, mais aussi celui qui craignait le plus pour sa légitimité alors que la Francophonie repose largement sur la démographie de l’Afrique.
L’ancien premier ministre de Roumanie a d’ailleurs abordé la question sans qu’on la lui pose, affirmant que, s’il était nommé, son futur administrateur serait de facto issu d’un pays africain et qu’il consacrerait sa première année à une tournée sur le continent. Le poste le plus important après celui de secrétaire général, soit l’administrateur, a souvent par le passé été accordé à un candidat canadien.
Cet économiste de formation revendique un « multilatéralisme éclairé », conscient de ses périls et de ses forces. Il a affirmé vouloir faire de la coopération économique et des jeunes une priorité. « L’avenir dépend du choix des jeunes de choisir le français. Ils le choisissent si cela leur apporte quelque chose de positif. Ce doit être une langue d’opportunités. »
Et d’appeler de ses voeux une OIF plus présente au niveau régional, « plus proche des projets là où ils sont financés. »
Départager les programmes de ses quatre prétendants reste néanmoins ardu. Tous ont évoqué la place de la jeunesse, le potentiel des petites et moyennes entreprises, la stabilité, la sécurité, le soutien aux pays les plus vulnérables ou encore les enjeux liés à l’intelligence artificielle. Tous ont également évoqué l’impératif d’accroître et de diversifier les sources de financement de l’OIF pour lui donner la pleine capacité d’agir.
Le choix final reviendra aux chefs d’État et de gouvernement de l’OIF lors du 20e Sommet de la Francophonie en novembre prochain, au Cambodge.