Le Festival du miel et des pollinisateurs de Glengarry a réuni plus d’une cinquantaine d’exposants, samedi, à Island Park, à Alexandria. Photo : Amine Harmach/ONFR
Société

Tarifs américains : miel, pollinisateurs et achat local à l’honneur à Alexandria

Le Festival du miel et des pollinisateurs de Glengarry a réuni plus d’une cinquantaine d’exposants, samedi, à Island Park, à Alexandria. Photo : Amine Harmach/ONFR

ALEXANDRIA – Plus d’une cinquantaine d’exposants ont pris part, ce samedi, au Festival du miel et des pollinisateurs de Glengarry, organisé à Island Park, à Alexandria, une localité majoritairement francophone. L’événement vise à sensibiliser le public à l’achat local, à la biodiversité et à la protection de l’environnement.

« L’éducation à plusieurs niveaux », tel est le mot d’ordre du festival, résume Brigitte Bérubé, qui participe à son organisation depuis quatre ans.

« Éduquer la population, les consommateurs à acheter local, à regarder chez des producteurs artisanaux, agricoles, des apiculteurs de notre région, pour que justement l’argent reste dans la communauté. »

Producteurs agricoles, apiculteurs, artisans, organismes communautaires, associations environnementales et citoyennes ainsi que des élus étaient réunis. Objectif : souligner que la protection des pollinisateurs est liée aux pratiques agricoles, aux habitudes de consommation et aux décisions publiques.

Brigitte Bérubé participe depuis quatre ans à l’organisation du Festival du miel et des pollinisateurs de Glengarry. Photo : Amine Harmach/ONFR

La question des pesticides faisait également partie de cette réflexion. « On croit qu’ils n’ont pas leur place. Il y a d’autres solutions maintenant. On est plus avancés », affirme Brigitte Bérubé.

Dans un contexte marqué par les tarifs américains imposés au Canada et les appels à privilégier les produits d’ici, l’achat local occupait ainsi une place centrale dans le message transmis aux visiteurs.

L’incertitude liée aux tarifs américains

Parmi les producteurs présents figuraient Yves Lalande et son épouse, Margaret Stewart, propriétaires de Stewart’s Honey, une entreprise située à Green Valley, près de Cornwall et de la frontière américaine.

L’entreprise exploite environ 500 ruches et distribue son miel dans plusieurs commerces de la région. La proximité de la frontière lui permet aussi d’attirer des clients américains, notamment en provenance de Malone et de Masséna, dans l’État de New York.

« Il y a beaucoup d’Américains qui viennent chez nous acheter de notre produit. (…) Là, je ne sais pas s’ils vont le faire ou non. On va voir », rapporte M. Lalande.

Les tensions commerciales incitent le producteur à mettre en suspens un éventuel développement aux États-Unis. Selon lui, l’entreprise pourrait augmenter sa production, notamment en ajoutant 200 ruches, si le contexte devenait plus favorable.

Il estime toutefois que les deux pays ont intérêt à trouver une issue à leur différend commercial. « Dans cette dispute qui se pogne entre les deux pays, personne ne va gagner. C’est comme un divorce. Il faut régler la tension qui se passe entre les États-Unis et le Canada. »

Les petits apiculteurs face au miel importé

Outre Stewart’s Honey, le festival accueillait sept autres entreprises apicoles, pour la plupart de taille plus modeste.

Parmi elles, figurait Capital Bees, installée à Just Food Farm, dans le secteur de Blackburn Hamlet, à Ottawa. Ron St. Louis y gère près de 50 ruches, vend des abeilles à d’autres apiculteurs et propose des formations.

Ron St. Louis, responsable de Capital Bees, gère près de 50 ruches à Just Food Farm, à Ottawa. Photo : Amine Harmach/ONFR

Bien que la taille de son entreprise limite les répercussions directes des tarifs, l’apiculteur se dit préoccupé par la place occupée au Canada par les miels étrangers. « Les importations nous concurrencent de manière déloyale, notamment celles qui proviennent de Chine ou d’Argentine. Elles sont souvent moins chères et de moindre qualité. Le fait qu’elles soient accessibles dans toutes les épiceries accentue cette concurrence. »

Ron St. Louis invite donc les consommateurs à se tourner davantage vers les entreprises de leur région. « Il faut acheter local, chez les petits producteurs. Cela crée une diversité, en plus d’être meilleur pour l’environnement et l’économie. »

Tarifs et barrières interprovinciales

Les répercussions des tarifs américains se font également sentir chez Brauwerk Hoffman. Cette brasserie de Rockland possède une compagnie sœur à Campbell’s Bay, au Québec.

Selon son copropriétaire, Éric Mainville, les tarifs ont notamment fait augmenter le prix des canettes en aluminium utilisées par l’entreprise. « La matière première provenant du Québec est exportée aux États-Unis avant de revenir au Canada sous forme de canettes, désormais plus coûteuses », constate-t-il.

Aux tarifs s’ajoutent les barrières commerciales entre les provinces, particulièrement contraignantes dans le secteur des boissons alcoolisées. La proximité de Rockland avec le Québec rend ces obstacles particulièrement perceptibles pour la brasserie.

« C’est sûr qu’on aimerait faire plus d’échanges avec eux ou du libre-échange avec nos partenaires. C’est peut-être la barrière qui nous touche le plus, nous-mêmes », souligne M. Mainville.

Éric Mainville, copropriétaire de la brasserie Brauwerk Hoffman, affirme que les tarifs américains ont fait augmenter le coût des canettes en aluminium. Photo : Amine Harmach/ONFR

En milieu d’après-midi, Brigitte Bérubé estimait que le festival avait déjà attiré environ 2000 personnes. « Si on regarde le stationnement, même à la fête du Canada, on n’a pas du monde comme ça. On est rendus à probablement 2000, facilement. »

Cette deuxième édition organisée à Island Park proposait également des conférences, de la musique, des activités gratuites pour les enfants et une chasse au trésor.