Société

Directeur général anglophone à l’hôpital Notre-Dame : le conseil d’administration interpellé

HEARST – La nomination d’un nouveau directeur général anglophone à l’Hôpital Notre-Dame de Hearst engendre de vives réactions au sein de la communauté francophone du Nord. Inquiets pour l’avenir des services en français dans cette institution phare de la région, des résidents et porte-parole dénoncent une décision et un processus d’embauche en contradiction avec l’identité de l’hôpital.

Dans une publication récente sur son compte Facebook personnel, Fabien Hébert, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), déplore l’embauche récente d’un professionnel de la santé anglophone en tant que directeur général de l’Hôpital Notre-Dame de Hearst. C’est après avoir reçu une confirmation du conseil d’administration que le nouveau directeur était effectivement non francophone qu’il a décidé de s’exprimer sur le réseau.

« C’est une véritable gifle pour notre communauté », écrit-il. En quelques heures, la publication amasse une centaine de mentions J’aime et une trentaine de commentaires des membres de la communauté soutenant ses propos. Dans une deuxième publication, il demande des explications claires du conseil d’administration de l’hôpital, qui, pour l’instant, ne s’est pas exprimé publiquement sur la situation.

« C’est venu résonner dans ma fibre francophone de savoir qu’une institution comme Notre-Dame, qui est vraiment une institution phare au niveau du Nord de l’Ontario, au niveau de la francophonie, se retrouve maintenant avec une direction générale anglophone ».

Bien qu’il précise ne pas remettre en cause les capacités professionnelles de ce directeur général, il s’inquiète quant à l’aptitude de l’hôpital à maintenir son offre de services en français au niveau de la direction. Surtout, il voit cette décision comme le début d’une transition majeure.

Lui qui a travaillé dans cet hôpital dans les vingt premières années de sa carrière, assure que l’institution est, dans son essence, francophone, et que toutes les directions générales ont été pilotées par des personnes francophones ou bilingues.

« Tous les procès-verbaux des conseils d’administration ont été rédigés en français, note-t-il. Est-ce que ça veut dire que toutes les réunions des équipes de gestion vont se produire en anglais maintenant parce qu’un dirigeant est anglophone? », s’interroge-t-il, en précisant que cette situation est le geste qui va faire basculer cet hôpital dans un avenir de plus en plus anglophone.

Un processus d’embauche questionné

Pour André Rhéaume, ancien agent de développement communautaire de l’ACFO du Grand Nord, c’est le processus d’embauche qui ne passe pas. « Je questionne un petit peu les efforts de recrutement qui ont été faits ». Il considère surtout que le processus de sélection ne s’est pas assez penché sur le réseau francophone de la région. Il affirme avoir vérifié auprès de la rectrice de l’Université de Hearst si l’hôpital avait sollicité l’établissement postsecondaire dans son processus de recrutement. Ce n’était pas le cas.

En apprenant l’embauche d’un directeur non francophone, il a sollicité le conseil d’administration de l’hôpital le 15 juillet dernier. Dans un échange de lettres obtenu par ONFR, M. Rhéaume a exprimé sa déception face à cette décision envers Mélanie Paul, la présidente du conseil, demandant à ce que l’institution désigne le poste comme bilingue.

Quelques semaines plus tard, la présidente lui a répondu, soulignant l’engagement « indéfectible » de l’hôpital envers la francophonie. Elle a défendu un processus de recrutement basé sur l’ensemble des compétences en gestion, en expérience clinique, et en leadership du candidat.

Dans la lettre, elle note toutefois que « la maîtrise de la langue française fait partie intégrante du plan de développement du nouveau directeur général, qui s’est formellement engagé à l’apprendre ».

Sollicités par ONFR, ni l’hôpital ni son conseil d’administration n’ont souhaité s’exprimer.