Mairie d’Ottawa : le français fait consensus, les pouvoirs du maire et le retour au bureau divisent
OTTAWA – La place du français, les pouvoirs de « maire fort », le retour au bureau des fonctionnaires et la crise du logement ont alimenté les échanges entre les quatre candidats à la mairie d’Ottawa, jeudi soir. À quelques jours du scrutin municipal, le maire sortant Mark Sutcliffe et ses trois principaux adversaires ont exposé leurs visions de la capitale lors d’un débat à l’église presbytérienne Knox, au centre-ville d’Ottawa. Un débat marqué par des divergences et quelques échanges musclés.
Sur une dizaine de questions posées par la modératrice du débat, Hallie Cotnam, de CBC, deux étaient en français, dont une sur la nécessité pour le prochain maire de maîtriser cette langue.
« J’ai le même niveau de français que notre premier ministre, Mark Carney », a lancé Neil Saravanamuttoo devant le public réuni pour ce débat organisé par l’Association communautaire de Centretown et d’autres associations communautaires du centre d’Ottawa.
« Je n’ai pas besoin de cours », a-t-il ajouté, estimant qu’il est « absolument important » que le maire puisse parler français.
Le candidat, qui s’est exprimé en français, a insisté sur la nécessité de multiplier les rencontres avec les communautés francophones à travers Ottawa et de tenir davantage de réunions publiques dans leur langue.

De son côté, Alex Lawson a commencé sa réponse en français, avec un « Je comprends un peu le français », avant de poursuivre en anglais.
Le candidat, entrepreneur dans le secteur de la construction, a confié que l’apprentissage du français n’avait pas été une priorité durant sa jeunesse passée à travailler sur les chantiers. Une situation qu’il dit avoir voulu éviter à ses enfants.
« Ni ma femme ni moi ne sommes bilingues, mais nous nous sommes assurés que nos filles suivent un programme d’immersion française tout au long de leur scolarité », a-t-il expliqué, se réjouissant que son aînée ait réussi un test d’admission à l’Université de Montréal.
Alex Lawson a également soulevé les difficultés d’accès aux services en français dans certains secteurs d’Ottawa, particulièrement dans l’ouest de la ville.
« À Ottawa, on ne devrait pas avoir des services en anglais d’abord, puis en français. On devrait avoir des services en français et en anglais », a-t-il soutenu.

Le maire sortant Mark Sutcliffe a, pour sa part, affirmé que dans une « ville bilingue comme Ottawa, le maire se doit d’être bilingue ».
Défendant son bilan auprès de la communauté francophone, M. Sutcliffe a évoqué une amélioration « d’environ 15 % des services en français pendant mon mandat ».
Cet ancien journaliste a également mis de avant les démarches entreprises pour accueillir le Sommet de la Francophonie en 2028 dans la capitale nationale, ainsi que la proclamation de cette année comme Année de la Francophonie à Ottawa.
Le conseiller municipal et candidat Jeff Leiper a lui aussi insisté sur l’importance de la maîtrise du français par le maire.
« Lorsque le maire parle français, c’est une reconnaissance d’une partie de notre histoire », a-t-il déclaré, évoquant la coopération historique entre les communautés anglophone et francophone et le caractère inclusif de la ville.
Échanges tendus sur les pouvoirs de « maire fort »
La question des pouvoirs de « maire fort », accordés aux municipalités ontariennes, a fait apparaître des divergences plus marquées.

Neil Saravanamuttoo, économiste de métier, a estimé que plusieurs de ces pouvoirs étaient « franchement antidémocratiques », tout en affirmant vouloir utiliser ceux qui concernent la gestion et la nomination des hauts responsables administratifs.
« Certaines personnes qui ont joué un rôle central dans les décisions concernant le train léger sont toujours là. Et qu’avons-nous fait? Nous leur avons accordé des promotions », a-t-il critiqué.
Il utiliserait donc les pouvoirs de « maire fort » pour remplacer certains dirigeants et « faire avancer Ottawa, plutôt que de la faire reculer ».
Alex Lawson a abondé dans le même sens : « Lorsqu’il s’agit d’examiner la gestion du personnel, de déterminer qui obtient des promotions, qui dépense l’argent des contribuables et comment cet argent est utilisé, je pense que le maire a un rôle important à jouer ».
« Je n’exclus donc pas le recours aux pouvoirs de « maire fort » », a-t-il ajouté, précisant toutefois qu’il n’y aurait « certainement pas recours à la légère ».
Mark Sutcliffe a, pour sa part, défendu une approche fondée sur la collaboration.
Rappelant l’atmosphère qu’il a qualifiée de « toxique » à son arrivée à l’hôtel de ville, il a assuré avoir réussi à rétablir le dialogue entre les conseillers municipaux et à faire adopter les principales décisions avec de larges majorités.
« Je n’ai pas besoin des pouvoirs spéciaux du maire pour obtenir ces résultats », a-t-il plaidé.

Jeff Leiper a également rejeté leur utilisation, les qualifiant d’antidémocratiques.
Mais le conseiller de Kitchissippi en a profité pour attaquer le bilan du maire sortant, dénonçant un « manque total d’ambition » au cours des quatre dernières années.
Une critique à laquelle Mark Sutcliffe a rétorqué en accusant Jeff Leiper : « Je lui ai offert la possibilité de travailler ensemble, mais il n’a jamais présenté une seule idée. »
Retour au bureau
Le retour obligatoire au bureau des fonctionnaires a donné lieu à un autre désaccord sur le rôle que devrait jouer le maire face aux décisions du gouvernement fédéral.
Neil Saravanamuttoo s’est montré fermement opposé à cette mesure, estimant qu’Ottawa ne dispose pas actuellement des infrastructures nécessaires pour absorber ces déplacements.
« Les gens peuvent être productifs, quel que soit l’endroit où ils travaillent », a-t-il soutenu.
S’il était élu, il demanderait au gouvernement fédéral de reporter le retour au bureau jusqu’à ce que la ville soit prête.
Alex Lawson estime, lui, que la Ville ne pourra probablement pas changer la décision fédérale et doit plutôt améliorer son réseau de transport en commun.
« Nous devons examiner la gestion d’OC Transpo. Nous devons aussi rétablir les lignes express, afin que les usagers puissent traverser la ville sans devoir faire de nombreux détours dans différents quartiers », a-t-il plaidé.
Pour Mark Sutcliffe, le rôle du maire n’est pas de se comporter comme un « militant » contestant les décisions du gouvernement fédéral, mais de s’assurer que la Ville dispose des moyens nécessaires pour y répondre.
Cette position a suscité une réplique de Jeff Leiper : « C’est absolument le travail du maire d’Ottawa de défendre les résidents de la ville », a-t-il lancé.

Le débat a également abordé le logement, le transport en commun, la ruralité et l’itinérance, entre autres enjeux municipaux. Autant de sujets sur lesquels les trois adversaires de Mark Sutcliffe ont tenté de se présenter comme des acteurs du changement, tandis que le maire sortant s’est attaché à défendre son bilan à l’approche du scrutin du 26 octobre.