Annie Boucher, la directrice régionale du Centre de planification des services de santé en français de la région de Niagara, en consultation avec des fournisseurs de soins de Hamilton. Photo : gracieuseté
Société

Centre de planification des services de santé en français : des avancées encore difficiles à mesurer 

Annie Boucher, la directrice régionale du Centre de planification des services de santé en français de la région de Niagara, en consultation avec des fournisseurs de soins de Hamilton. Photo : gracieuseté

OTTAWA – Un an après le début de ses activités, le Centre de planification des services de santé en français de l’Ontario amorce l’élaboration de son premier plan stratégique provincial 2028-2031, qui sera lancé à l’automne 2027. À cet effet, un comité consultatif de 34 membres tiendra sa première rencontre le 9 septembre. Cette nouvelle étape survient alors que deux organismes ont obtenu une désignation en vertu de la Loi sur les services en français.

« Notre premier plan stratégique sera lancé à l’automne 2027 et s’étalera sur quatre ans. Nous avons choisi cette durée en raison de la nouveauté du Centre, de l’évolution rapide du système de santé et des améliorations nécessaires pour les services en français », explique Natalie Aubin, directrice générale du Centre.

Un comité de 34 membres

Le comité, dont le mandat s’étendra de septembre 2026 à septembre 2027, réunira des représentants des communautés francophones, du secteur de la santé, du milieu universitaire et de la recherche ainsi que des patients-partenaires provenant des six régions de planification.

« Nous avons mené un processus de recrutement transparent au cours des derniers mois. Les membres retenus proviennent de différents secteurs de la santé et représentent les six régions de planification de la province », indique Natalie Aubin.

Bien que les grandes orientations du plan restent à définir, certaines priorités se dessinent déjà, selon Mme Aubin, notamment les soins primaires, la santé mentale et les soins de longue durée.

« J’ai surtout hâte d’entendre la voix des francophones de partout dans la province. Nous devons nous assurer que le plan est ancré dans leurs besoins et leur réalité. Le Centre possède une expertise, mais il faut aussi donner aux communautés et aux fournisseurs de soins l’espace nécessaire pour participer au développement du plan et de nos priorités », souligne Natalie Aubin.

Elle résume la première année du Centre comme une période consacrée au développement et à la stabilisation de la nouvelle structure provinciale.

« Cette année sera celle de la mobilisation et d’une action plus soutenue axée sur les résultats. Le Centre est encore très jeune, mais j’ai confiance que des bases solides sont maintenant en place. »

Le Centre compte une trentaine d’employés répartis dans les six régions de planification de l’Ontario.

Natalie Aubin, directrice générale du Centre de planification des services de santé en français de l’Ontario. Photo : gracieuseté

« Le budget annuel du Centre est de 3,85 millions de dollars et demeure stable pour le moment. J’espère qu’il pourra croître un jour », fait remarquer Mme Aubin. 

Deux nouvelles désignations

L’appui offert par le centre aux fournisseurs dans les démarches de désignation a contribué à l’approbation de deux nouvelles désignations de service en Français.

Le Centre d’accueil Champlain, à Ottawa, a reçu une désignation complète pour les programmes relevant du ministère des Soins de longue durée. L’Hôpital régional de Pembroke a, pour sa part, obtenu une désignation partielle visant son service de radiologie au sein du département d’imagerie diagnostique.

Aussi depuis sa création, le Centre a pris part à plus d’une centaine de rencontres stratégiques, notamment avec le ministère de la Santé, le ministère des Affaires francophones, le ministère des Soins de longue durée et d’autres partenaires.

« Nous avons établi des relations de confiance solides qui serviront de base pour faire avancer la mission du Centre », affirme Mme Aubin.

Dans le cadre de ces échanges, le Centre dit avoir transmis, formellement ou informellement, des recommandations et des observations dans 11 dossiers jugés prioritaires au cours des 12 derniers mois.

La directrice générale donne comme exemple le développement d’un système centralisé d’accès aux soins. Selon elle, la variable linguistique permettant d’identifier les patients francophones n’avait pas été prévue au départ.

« Nous avons travaillé avec Santé Ontario pour nous assurer que la variable linguistique soit inscrite », affirme-t-elle.

Des résultats encore difficiles à mesurer

La directrice générale reconnaît néanmoins que les données permettant d’évaluer l’accès réel aux services de santé en français demeurent insuffisantes.

« La mesure, les données et leur disponibilité pour évaluer l’impact des services de santé en français demeurent une véritable problématique. Nous avons encore énormément de travail à faire », concède-t-elle.

Selon Natalie Aubin, les indicateurs de rendement linguistiques ne sont pas encore systématiquement intégrés aux différents secteurs du système de santé. Le Centre travaille avec Santé Ontario afin de rendre les résultats plus visibles et d’accroître la transparence, mais sa directrice générale qualifie ces pratiques d’encore « très embryonnaires ».

Une transition « trop rapide »

La création du Centre a entraîné la dissolution des six entités régionales de planification. Leur financement provincial, leur mandat et une grande partie de leurs effectifs ont été transférés à la nouvelle structure.

Jonathan Bussières, directeur général par intérim du Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario. Photo :

Jonathan Bussières, directeur général par intérim du Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario, estime que cette transition s’est déroulée dans un délai particulièrement serré.

« Les entités n’ont pas participé aux discussions et l’échéancier a été très court. L’annonce a été faite en juin et la transition devait être réalisée entre juin et septembre. Dans ces conditions, ça ne pouvait pas être facile », témoigne-t-il.

Le Réseau du mieux-être, qui assumait auparavant un double mandat provincial et fédéral, comptait jusqu’à 12 employés. Il fonctionne maintenant avec l’équivalent de trois employés et demi après le transfert de la majorité de son personnel au Centre.

« Cela a un impact important sur notre organisme », reconnaît Jonathan Bussières.

« Après un an de travail avec nos collègues du Centre, je suis optimiste. Mais ce n’est pas un organisme seul qui changera les choses. Il faut la collaboration de plusieurs acteurs », souligne Jonathan Bussières.

« Trop tôt » pour juger

Normand Glaude, directeur général du Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario, juge lui aussi prématuré d’évaluer le Centre uniquement à partir des résultats déjà visibles.

Glaude Normand, président-directeur général du Réseau des services de santé en français de l’est de l’Ontario (RSSFE).

« Je pense que c’est trop tôt pour le dire, mais les signaux sont positifs. Il semble y avoir une meilleure conversation entre le Centre et le ministère dans plusieurs domaines, ce qui me laisse croire que cette nouvelle formule pourrait porter de bons fruits », soutient-il.

Et de conclure : « Il y a un espoir renouvelé d’avoir un dialogue constructif avec la province. Les résultats ne sont peut-être pas encore visibles, mais l’énergie est revenue. »