La GRC reconnaît éprouver encore des difficultés à respecter la Loi sur les langues officielles
OTTAWA — Quelques années après avoir été pointée du doigt par le commissaire aux langues officielles, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) reconnaît qu’elle est parfois encore incapable de respecter ses obligations, notamment en matière de postes bilingues et de communications en situation d’urgence.
Questionné en comité parlementaire jeudi, le commissaire de la GRC Mike Duheme a rejeté l’idée qu’il y avait un problème de culture au sein de l’organisation concernant le bilinguisme et le français, mais a admis que des réalités opérationnelles rendaient difficile le respect des obligations linguistiques.
« Il se peut qu’à certains endroits au Canada, lorsqu’il y a une communication d’urgence, elle ne soit pas immédiatement émise dans les deux langues officielles. C’est alors une gestion du risque de la part du gestionnaire qui doit émettre le communiqué, s’il s’agit d’une communication opérationnelle urgente », a-t-il admis devant les députés du Comité permanent des comptes publics.
En 2023, le gouvernement avait modernisé la Loi sur les langues officielles et y avait ajouté une section qui édictait que les obligations linguistiques « s’appliquent en tout temps, notamment lors de situations d’urgence », après que le français a été mis à mal dans de telles circonstances, notamment durant la pandémie.
L’ex-commissaire aux langues officielles Raymond Théberge avait notamment déclaré devant un comité parlementaire en février 2024 que la GRC était une institution qui avait de la difficulté à respecter ses obligations en matière de langues officielles dans les domaines de la communication avec le public et de la formation offerte à ses employés, soulignant que la problématique était une « question de culture dans l’organisme ».
La GRC possède des postes bilingues obligatoires un peu partout au Canada, et notamment en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick. En 2023, la GRC avait indiqué que 12,5 % de ses postes désignés bilingues n’étaient pas pourvus par des gens pleinement bilingues, un nombre qui montait à 40 % chez les officiers. M. Duheme avait alors reconnu que le respect des postes ayant des exigences linguistiques est un défi qui remonte à plusieurs années. Près de trois ans plus tard, le problème semble persister.
« J’avoue qu’il y a parfois des défis en matière de dotation pour des postes nécessitant des qualifications particulières, où les candidats ne sont pas toujours bilingues », a-t-il commenté jeudi.
Le grand patron de la GRC estime aussi que les critères de maîtrise d’une seconde langue sont trop sévères, affirmant avoir connaissance « de beaucoup de gens qui sont parfaitement bilingues dans les faits, mais qui n’arrivent pas à réussir les tests ».
Questionné par le député bloquiste Maxime Blanchette-Joncas sur un problème de culture qu’avait relevé Raymond Théberge au sein de la GRC, Mike Duheme a rétorqué qu’il ne voyait pas les choses du même œil.
« Je ne suis pas d’accord pour dire qu’il y a une culture de négligence envers les francophones à la GRC », a-t-il commenté, soutenant qu’il était bilingue et que « le bilinguisme est présent dans l’organisation ».
Pas de problème de recrutement chez les francophones, selon le commissaire
Le chef du corps policier était de passage en comité pour commenter un rapport de mars 2026 de la vérificatrice générale du Canada (VG), qui faisait état d’un manque de 3400 employés au sein de la GRC. Outre ces lacunes, la VG avait constaté d’importantes lourdeurs administratives, soulignant qu’il faut compter près d’une année entière pour finaliser l’embauche d’un nouveau membre. Selon le dirigeant de la GRC, il est faux de prétendre que l’organisation a de la difficulté à recruter auprès des francophones, a-t-il répondu au député du Bloc, qui le relançait sur le sujet.
« Personne ne m’a rapporté de problèmes de recrutement concernant des personnes uniquement francophones », a-t-il affirmé.

« Nous avons des postes bilingues répartis un peu partout au Canada, poursuit le policier. J’encourage les gens à joindre les rangs de la GRC. Nous avons des troupes bilingues à la Division Dépôt, offrant un environnement d’apprentissage pour ceux qui veulent apprendre une langue seconde. »
Mais Mike Duheme a convenu que, même s’il existait des postes bilingues à l’extérieur du Québec dans certaines régions, la réalité était que très peu d’unilingues francophones peuvent travailler au sein de la police montée.
« La GRC n’a pratiquement aucun poste unilingue francophone, alors qu’il y a beaucoup de postes unilingues anglophones. Sur les 19 000 policiers et policières de l’organisation, il y a en effet beaucoup de postes unilingues anglais dans l’Ouest canadien et dans les Maritimes », indique-t-il.