Casselman : Un nouveau festival met en lumière l’immigration rurale
CASSELMAN – Ce samedi, les terrains de baseball et de soccer de Casselman accueillent la toute première édition du Festival multiculturel Mosaïque. Derrière ce rassemblement festif axé sur la célébration de la diversité, l’organisme Promotion du leadership pour le développement communautaire (PLDC) souhaite mettre en lumière et traiter la question fondamentale de l’intégration des nouveaux arrivants francophones dans les zones rurales de l’Est ontarien.
Mis sur pied par des membres issus de l’immigration francophone locale, l’événement propose une programmation conçue pour favoriser le rapprochement interculturel.
La journée comprend des présentations de danses traditionnelles, des offres gastronomiques internationales, une animation environnementale intitulée « Foreli » ainsi qu’un tournoi de soccer amical mettant aux prises des équipes représentant plusieurs communautés de la région, notamment celles du Congo, du Brésil, du Mexique et de la Somalie.
Pour la directrice générale et fondatrice de l’organisme existant depuis 2020, Adèle Marie Kabuo Karota, le choix de combiner le sport, la culture et l’animation communautaire répond à une stratégie précise.
« On a trouvé que les activités, les événements rassembleurs, ça porte plus le message que les courriels officiels », explique celle qui espère que l’événement attirera plusieurs centaines de visiteurs.
L’organisme accompagne aujourd’hui un nombre croissant de résidents et regroupe déjà une grande variété de profils. « À date, le PLDC regroupe 11 nationalités. Nous avons les Malgaches, les Chiliens, les Mexicains, les Sénégalais, le Burundais, les Rwandais, les Camerounais, les Argentins… C’est vraiment une mosaïque comme le dit le nom du festival », souligne Mme Karota.
Elle précise l’orientation fondamentale de cette démarche : « Nous sommes là pour informer la communauté, briser les barrières systémiques et tous les préjugés ».
Dans cette optique, l’organisation d’un tournoi de soccer ne relève pas du hasard : « Ça brise d’abord l’isolement, ça nous aide à quitter de nos maisons et aller rencontrer les autres. Soccer nous aide aussi à la santé et le bien-être. »
« Les angles morts » de l’intégration
Au-delà de la tenue des activités festives, l’événement permet d’aborder les défis de l’établissement en milieu rural qui comporte des spécificités structurelles exigeantes.
Mme Karota rappelle que le manque d’orientation adéquate constitue le premier obstacle lors de l’installation en région. « Si tu n’as pas l’information, même si tu as les atouts, tu as les talents, tu ne peux pas les exploiter au maximum parce que tu n’es pas informé ».
Joviane Sileu, modiste originaire du Cameroun établie à Rockland et membre du comité organisateur du festival, évoque « beaucoup d’angles morts », relevant notamment deux enjeux logistiques majeurs : les transports et l’accès à l’emploi qualifié.
Selon Mme Sileu, l’absence d’un réseau public de transport force les résidents à s’organiser rapidement : « Si tu t’installes à Rockland, il faut absolument avoir un moyen de transport […] ça veut dire qu’il faut s’acheter une voiture, au moins une pour la famille ».
« C’est la raison pour laquelle beaucoup de gens préfèrent rester à Ottawa, parce qu’il y a le transport [en commun]. Pourtant, c’est un bon coin, il y a de belles maisons, ça serait vraiment bien que les gens s’installent plus ici », explique Mme Sileu.
Sur le plan professionnel, la confrontation avec le marché du travail local suscite souvent un désenchantement.
Elle souligne l’impact de cet obstacle : « Il y a plein de personnes qui, après être arrivées, font face à cette réalité-là et sont vraiment déçues ».
Le rôle des réseaux et de l’accompagnement
Pour Peter Soja, arrivé de Madagascar il y a quelques mois et également bénévole pour le festival, le processus d’installation dépend presque entièrement de la présence de réseaux de soutien formels ou informels.
S’étant établi à proximité de Casselman grâce à l’aide d’un compatriote déjà présent dans la région, il observe que l’absence de repères rend les démarches initiales complexes pour une personne isolée.
« C’est vraiment difficile si tu n’as personne à qui demander de l’aide ou des conseils. C’est presque impossible si tu te retrouves ici sans personne pour te guider », affirme-t-il.

Les étapes liées au logement sont difficiles comme l’explique M. Soja : « Ce n’est pas facile de trouver un loyer pour la première fois. C’est la maison qui vous choisit, ce n’est pas vous qui choisissez la maison ».
Face à ces constats, il suggère la mise en place d’une structure dédiée : « Ce serait une très bonne idée de créer un centre d’accueil ou quelque chose comme ça pour aider les autres, un centre d’accueil pour les nouveaux arrivants, spécialement pour ceux qui parlent en français ».
De son côté, Mme Sileu préconise des actions dès l’arrivée au pays : « Si au niveau des aéroports, on indiquait aux familles les différentes communautés [locales] vers lesquelles se référer pour obtenir de l’information sur l’intégration, le transport et les opportunités, ce serait une très bonne piste ».