Le premier ministre Ford à l'occasion de la rencontre estivale des premiers ministres des provinces et territoires en juillet 2025 à Huntsville, Ontario. Photo : Conseil de la Fédération
Politique

Victoire du PQ au Québec : Doug Ford prône l’unité canadienne

Le premier ministre Ford à l'occasion de la rencontre estivale des premiers ministres des provinces et territoires en juillet 2025 à Huntsville, Ontario. Photo : Conseil de la Fédération

TORONTO – Après l’annonce de la victoire du Parti Québécois (PQ), le premier ministre ontarien Doug Ford, qui avait déclaré en janvier dernier que « ce serait un désastre pour le pays » si les séparatistes étaient élus au Québec, a réaffirmé l’importance de l’engagement envers l’unité canadienne.

Après une course électorale serrée au Québec, c’est le parti péquiste de Paul St-Pierre Plamondon, en tête des intentions de vote, qui a finalement remporté la course, en formant un gouvernement minoritaire de 59 sièges.

Le Parti libéral du Québec a pour sa part raflé 40 sièges, suivi du Parti conservateur du Québec avec 19, et de Québec solidaire qui en comptabilise neuf. Le parti Coalition avenir Québec (CAQ) du précédent gouvernement n’a obtenu aucun siège.

« Les électeurs du Québec ont choisi Paul St-Pierre Plamondon comme prochain premier ministre. Félicitations pour votre victoire. Siéger à la table des premiers ministres est un immense honneur et une grande responsabilité, tout particulièrement au moment où nous faisons face aux attaques du président Trump contre l’économie canadienne », a réagi Doug Ford sur son compte X au lendemain du scrutin.

Après avoir salué le travail de la première ministre sortante Christine Fréchette, celui-ci a insisté sur l’importance de l’unité interprovinciale pour défendre les travailleurs et les entreprises, ajoutant que la collaboration entre Queen’s Park et le Québec reste essentielle pour la prospérité commune.

En janvier dernier, à l’occasion de la rencontre hivernale des premiers ministres provinciaux à Ottawa, le premier ministre ontarien s’était vivement opposé à l’idée d’un référendum séparatiste au Québec.

M. Ford avait également affirmé que « ce serait un désastre pour le pays » si le Parti québécois était élu au Québec.

« Si, et Dieu nous en garde, il (le chef du PQ) est élu, retenez mes paroles, d’ici un an ou un an et demi, il déclenchera un référendum pour se séparer du Canada. C’est inacceptable », avait-il tempêté en mêlée de presse.

Le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a en effet promis un référendum sur l’indépendance du Québec dans un premier mandat, mais pas avant la fin du mandat de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2028.

Une nouvelle ère d’incertitude dans les relations Québec-Ontario

En entrevue avec ONFR, la politologue Geneviève Tellier rappelle que la relation entre Doug Ford et le précédent ministre québécois, François Legault, et avec son parti en général, la CAQ, était très bonne. « Il y avait une bonne entente sur le plan individuel (…) on les présentait souvent comme deux hommes d’affaires qui parlent le même langage. »

Les premiers ministres François Legault et Doug Ford qui s’adressaient aux médias lors de la rencontre estivale 2025 des premiers ministres des provinces et territoires. Photo : Conseil de la Fédération

La politologue ajoute que la CAQ a beaucoup fait pour la francophonie hors Québec, tissant des ententes pour pousser la francophonie ontarienne, y voyant une stratégie intéressante : un certain nationalisme à l’intérieur de la fédération, « ce qui cadrait vraiment avec ce que voulait faire la CAQ ».

Mais un gouvernement péquiste avec une divergence idéologique majeure sur la question nationale, selon elle, pose un point d’interrogation quant aux relations et à la position avec l’Ontario.

« Sont-ils prêts à collaborer ? », questionne-t-elle. « Monsieur Ford n’est pas prêt à tout : ce qui est bon pour l’Ontario, c’est ça qui est important. Ça va être la même chose pour le Québec : ce qui est bon pour le Québec sera la priorité d’un premier ministre péquiste », souligne celle-ci.

Selon Mme Tellier, il est toutefois dans l’intérêt de Doug Ford de garder une position diplomatique : « Un pays divisé, ce n’est pas bon pour l’Ontario. L’Ontario a plus à gagner d’une entente et d’une unité canadienne. Je ne pense pas qu’il cherche à ce que la relation soit tendue », anticipe celle-ci.

De l’espoir pour la francophonie canadienne ?

En ce qui concerne la francophonie hors Québec, la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA) maintient son optimisme et sa volonté d’un rapprochement durable.

La présidente de la FCFA, Liane Roy, explique que dans son programme national, le PQ dit aspirer à soutenir les organisations francophones hors Québec, à titre d’allié.

« On va tendre la main au prochain gouvernement pour faire cause commune pour renforcer notre langue en terre d’Amérique dans tous les dossiers sur lesquels on peut travailler ensemble. Avec la géopolitique actuelle, c’est le moment de le faire », ajoute-t-elle.

Durant la campagne électorale, Mme Roy a identifié plusieurs défis communs, dont le renforcement de la légitimité du français partout au pays, qui passerait aussi par la pérennisation des communautés francophones au Canada.

« Par le passé, les gouvernements péquistes, dont celui de Jacques Parizeau, ont eu un impact positif sur l’ensemble du pays. De plus, les gouvernements minoritaires ont aussi tendance à gouverner de façon collaborative pour se pérenniser. Il y a matière à collaboration pour être plus fort. On veut la même chose : le rayonnement du français. »

La politologue Geneviève Tellier, qui considère elle aussi que le Parti Québécois est très sensible aux préoccupations des francophones hors Québec, conclut toutefois qu’un référendum créerait inévitablement une rupture entre la cause indépendantiste et le soutien aux minorités linguistiques canadiennes.