Le nouveau livre de Vincent Francoeur, Tu n’as pas envie de vivre, un peu ? publié aux éditions David
Chroniques

Livre du mois : La trentaine sans mode d’emploi

Le nouveau livre de Vincent Francoeur, Tu n’as pas envie de vivre, un peu ? publié aux éditions David

Justin, jeune psy et vieux mononcle avant l’heure, passe à côté de sa jeunesse. On a parfois envie de le secouer un peu, mais il faut bien l’avouer… on ressent aussi de la compassion pour ce personnage touchant qui manque de confiance en lui. Dans cette suite du roman Tu y connais quoi, toi, à l’amour ?, le nouveau livre de Vincent Francoeur,  Tu n’as pas envie de vivre, un peu? (éditions David), nous fait entrer dans la vie d’un jeune homosexuel apathique qui semble se chercher sans se trouver…

Le titre de ce roman, formulé sous forme de question, donne le ton de ce second roman tout en faisant un clin d’œil au premier. Il n’est pas essentiel d’avoir lu ce premier opus pour apprécier la lecture de cette fiction. Alors que, dans le premier livre, Justin court les jobines tout en étudiant, il a maintenant évolué professionnellement : jeune travailleur, il exerce le métier de psychothérapeute au sein de Balustrade, un organisme qui vient en aide à la communauté gay du Village à Montréal. Un choix qui n’a sûrement rien du hasard! L’auteur, Vincent Francoeur, est lui-même psychothérapeute. Mon petit doigt me dit qu’il s’est inspiré de sa vie pour construire sa trame narrative, mais chut… c’est peut-être un secret!

Notre protagoniste se remet d’une rupture amoureuse qui lui a laissé sur les bras Kefka et Sephiroth, les deux chats de son ex qui est parti s’installer au Royaume-Uni. Le jeune professionnel frôlant la trentaine glisse sur la vie sans attente particulière, s’abreuvant de ses relations amicales et de son travail. Et c’est justement ce qui embête son entourage… et a sûrement inspiré le titre de l’ouvrage! Justin est jeune, mais il ne profite pas de la vie. Bref, il est devenu un mononcle avant l’heure! Quand un nouveau collègue débarque et l’entraîne dans ses aventures, Justin secoue ses habitudes et sort de sa routine ankylosée.

Même si la narration est ponctuée de quelques maladresses stylistiques, notamment une forte présence de la locution conjonctive « malgré que » et de formulations syntaxiques avec la conjonction de subordination « que », celles-ci sont vite pardonnées. En effet, ce livre a quelque chose d’attachant et se lit très facilement. Il n’est pas nécessaire de faire partie de la communauté queer pour apprécier pleinement ce texte, et c’est précisément ce qui en fait sa force : sa portée universelle. On se retrouve forcément dans les questions existentielles de Justin et son groupe d’amis mélangeant hétérosexuels et homosexuels : on a tous vécu une rupture amoureuse, on a tous eu un premier vrai boulot, on a tous eu un crush sur quelqu’un au travail, et on s’est tous demandé si on devait dire « je t’aime » en premier.

Vincent Francoeur- Photo : Martin Bryan

L’auteur ne tombe jamais dans le trash, même lorsqu’il aborde certains sujets souvent considérés comme clichés de la communauté gay, comme leur liberté sexuelle. Le ton est respectueux, jamais vulgaire. Les livres Harlequin de ma grand-mère me semblaient bien plus indécents (si tu connais, tu sais!).

Tu n’as pas envie de vivre, un peu? se lit comme une douce brise d’été qui caresse le visage : il rafraîchit sans chambouler la vie. Il n’a pas pour vocation d’être le prochain Prix littéraire Trillium, son objectif est tout autre. L’ouvrage veut donner une voix à ces groupes qui ont parfois de la difficulté à se reconnaître dans les histoires hétérosexuelles, comme l’explique l’auteur dans l’entrevue faite avec lui sur son premier livre et qui sera bientôt disponible dans mon Balado Cœur d’encre sur TFO.org. Et c’est réussi!

En dépit de son ton léger, le récit aborde aussi des sujets plus profonds. Un ancien collègue de Justin prend ainsi une retraite anticipée pour prendre soin de son conjoint malade. Une amie enceinte, quant à elle, s’interroge sur la manière d’enseigner le japonais à son enfant à naître afin de le reconnecter à ses racines ancestrales, alors qu’elle-même n’a jamais appris la langue, sa mère immigrante ayant choisi de la franciser dès sa naissance au Canada.

Justin navigue entre ses différentes amitiés comme un métronome. Certaines se nouent, d’autres se dénouent au fil du temps, à l’image de ce qui se passe dans la vraie vie. Bref, le roman sait à la fois faire réfléchir et divertir. Une lecture légère et agréable, parfaite à déposer sur sa table de chevet!

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.