Dans la tête d'Adrien Cavey, des échéances capitales : le centenaire des relations diplomatiques entre la France et le Canada en 2027, le Sommet de la Francophonie à Ottawa en 2028 et le renforcement du partenariat entre l’UE et le Canada. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Rencontres

Adrien Cavey, consul à Toronto dans un moment charnière

Dans la tête d'Adrien Cavey, des échéances capitales : le centenaire des relations diplomatiques entre la France et le Canada en 2027, le Sommet de la Francophonie à Ottawa en 2028 et le renforcement du partenariat entre l’UE et le Canada. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

TORONTO – En poste depuis trois mois, le consul général de France à Toronto, Adrien Cavey, prend ses marques dans un vaste territoire qui couvre l’Ontario et le Manitoba. Il évoque les États généraux de l’Ontario français, les suites de l’accord France-Ontario en francophonie et le Cambodge, sa précédente expérience consulaire.

«  Quelles sont vos premières impressions de Toronto?

Je découvre une ville exceptionnelle, qui n’existe nulle part ailleurs. Le côté multiculturel et cosmopolite est hors norme, de même que je mesure combien ce moteur économique, culturel et gastronomique est surpuissant. C’est tout cela à la fois qui m’a frappé en premier. Pour un diplomate, être en poste à Toronto, c’est une grande chance, un honneur aussi pour la France d’être présente ici au Canada.

Vous prenez vos fonctions dans une période de fort rapprochement entre la France et le Canada, devenu membre associé de l’Union européenne…

Oui, j’arrive dans une période charnière, avec trois grandes échéances qui structurent notre action : le centenaire des relations diplomatiques entre la France et le Canada en 2027, le Sommet de la Francophonie à Ottawa en 2028 et le renforcement du partenariat entre l’UE et le Canada. Nos deux pays partagent une histoire et des valeurs communes. Nous sommes deux pays amis alliés, très proches, dans un moment où tout s’accélère.

La France est aussi une nation des Amériques avec nos territoires d’outre-mer. Plusieurs vols quotidiens relient Toronto à Paris et un nouveau vol Toronto-Nice va ouvrir bientôt grâce à nos amis d’Air Canada, sans compter tous ces vols saisonniers réguliers vers la Martinique, la Guadeloupe et bientôt Saint-Martin. On a cette grande proximité que je souhaite transformer en projets concrets ici à Toronto.

En quoi consiste le rôle d’un consul général?

Ma responsabilité première et absolue est d’être au service des Français de l’Ontario et du Manitoba, puisque ma circonscription consulaire couvre ces deux provinces. Ça veut dire faire en sorte qu’ils puissent avoir ici un service public consulaire efficace, simple, proche et moderne. Ça peut vouloir dire renouveler rapidement un passeport ou garantir que chacun des 15 000 Français inscrits sur la liste électorale puisse voter, comme ce sera le cas lors de la présidentielle, l’année prochaine.

Adrien Cavey a quitté l’Asie pour l’Amérique du Nord. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Au-delà de tels services, la représentation est-elle le pré carré de l’ambassadeur, ou le consul est-il aussi amené à s’impliquer?

L’autre rôle d’un consul général comme ici à Toronto, c’est en effet d’être le relais de l’ambassade de France – qui est à Ottawa  – en développant notre diplomatie économique, culturelle et de coopération avec l’ensemble des acteurs français de l’écosystème. Il y a tout un écosystème à fédérer : Business France, la chambre de commerce, la French Tech, nos établissements scolaires comme les lycées français…

Toronto et Paris ont pour point commun d’être des pôles d’intelligence artificielle (IA). N’y a-t-il pas des forces à mettre à joindre sur cette question?

Oui, absolument, Toronto et la France sont deux puissances de l’IA très alignées sur l’idée d’une technologie au bénéfice du bien commun. Ici à Toronto, l’écosystème universitaire et entrepreneurial est exceptionnel pour l’IA. Et nous, en France, on est bon en recherche et en ingénierie. Mistral (l’intelligence artificielle française) par exemple vient de s’installer à Toronto.

Il y a donc d’immenses synergies à développer et j’en ai parlé récemment avec le ministre féréral Evan Solomon (Intelligence artificielle et Innovation numérique) pour voir comment travailler ensemble et converger vers une IA responsable. La French Tech à Toronto est d’ailleurs mobilisée sur cette thématique.

Comment s’articule la présence culturelle de la France en Ontario?

On a une programmation très riche mise en place par l’Institut français du Canada. On réalise plein de choses : la Nuit des idées, la Nuit blanche, la Biennale d’art de Toronto et d’autres actions autour desquelles on cherche à rapprocher nos deux pays, nos deux jeunesses. La France et le Canada sont des nations de la production culturelle, comme j’ai pu le constater au Festival international du film de Toronto (TIFF).

En 2026, la France a soutenu la présence de deux compagnies françaises de danse contemporaine au festival Fall for Dance North. En juin, dans le cadre de Luminato, le projet Words to be Scene a permis de faire découvrir Canoës, de Maylis de Kerangal, à travers des performances théâtrales dans l’espace public torontois, portées par six actrices françaises et canadiennes.

Les échanges passent aussi par le livre et l’audiovisuel. Notre partenariat avec le Salon du livre de Toronto contribue à faire connaître les auteurs français au Canada.

Participation au Jour des Franco-Ontariens avec des lycéens français, à l’Assemblée législative de l’Ontario. Photo : Consulat général de France à Toronto

Qu’avez-vous appris de la francophonie ontarienne qui vous a interpellé?

Pour être franc, beaucoup en France pensent que le français n’est parlé qu’au Québec. Une de mes ambitions sera de travailler à faire vivre les francophonies au Canada. La francophonie est une force moderne qu’on partage avec le Canada. J’ai été frappé d’apprendre qu’il y avait entre 600 000 et 700 000 personnes qui parlaient français en Ontario et de découvrir qu’on avait une coopération très dense avec le ministère des Affaires francophones de l’Ontario.

La France et l’Ontario ont à ce propos signé une déclaration d’intention de coopération en 2024. Quels résultats attendre de ce qui est devenu un protocole d’entente entre les deux gouvernements?

Des groupes de travail sur la culture ou encore l’éducation ont été mis en place à l’ambassade de France, au consulat et au ministère des Affaires francophones et planchent pour déterminer quels projets communs pourraient être lancés. C’est la suite très concrète de cette entente, mais ça reste du long terme. Des discussions sont, par exemple, en cours en vue de développer des projets culturels et littéraires ainsi que des coopérations entre musées qui pourraient être mis en place dès 2027.

Les Franco-Ontariens ont réfléchi à leur propre destin à travers des états généraux à l’origine d’un livre blanc. Quel regard portez-vous sur cette démarche?

On observe ça avec beaucoup d’intérêt, non pas parce que c’est notre langue, mais parce que c’est celle du Canada. C’est une langue d’avenir qu’on soutient, une langue aux multiples opportunités, entre autres économiques. On est donc pleinement disponible et à l’écoute pour accompagner ces États généraux.

Tournée consulaire au Cambodge. Photo : Consulat général de France à Toronto

La majeure partie de votre expérience diplomatique s’est bâtie en Asie : y décelez-vous des points communs avec l’Ontario?

Je vois beaucoup de similarités entre l’Asie et l’Amérique du Nord. Ce sont deux poids lourds de l’économie mondiale. Ce sont les deux grands moteurs de l’innovation avec l’Europe et ce sont deux endroits qui tractent l’économie mondiale. J’ai vu en Asie les écosystèmes d’innovation se développer à une vitesse fulgurante et je le retrouve ici à Toronto cette même énergie.

Avant votre entrée en fonction à Toronto, vous étiez consul au Cambodge, qui accueille dans quelques jours le Sommet de la Francophonie. N’est-ce pas une francophonie bien différente?

Le français n’est plus autant parlé qu’avant au Cambodge. Il est parlé dans les élites, notamment chez de nombreux membres du gouvernement. Il est en concurrence avec d’autres langues comme le chinois et l’anglais. C’est une francophonie ancienne, mais vivante qu’on renforce auprès des jeunes avec le soutien de l’Institut français du Cambodge ou encore le Lycée français René -Descartes.

Quel moment le plus délicat avez-vous eu à gérer ou est-ce que vous avez été des fois dans des situations compliquées à gérer que ce soit en Chine ou ailleurs là?

Les situations les plus délicates à gérer, ce sont les situations d’urgence, où les Français sont en grande difficulté, voire en danger. J’ai eu à gérer des cas comme ça en Asie. Durant la période de la COVID-19, quand j’étais en poste au Cambodge, des milliers de Français étaient en attente de rapatriement à la fermeture des frontières, avec toutes les contraintes que vous pouvez imaginer dans les pays touristiques. On est là pour les Français quand tout va bien, mais on peut devenir très importants du jour au lendemain pour nos compatriotes, y compris ici au Canada.

En déplacement à Winnipeg, aux côtés de Glenn Simard, ministre des Relations avec les municipalités et le Nord du Manitoba, responsable des Affaires francophones (au centre). Photo : Consulat général de France à Toronto

Votre action s’étend au Manitoba, une province que vous avez récemment visitée et qui pourrait rejoindre l’Ontario dans l’Organisation internationale de la Francophonie. Que cela vous inspire-t-il?

On y est pleinement favorables et on va voir aussi avec les autorités du Manitoba comment accompagner la francophonie et les Franco-Manitobains. Environ 500 Français du Manitoba sont inscrits au consulat de Toronto. Il y en a sans doute beaucoup plus. Et je voudrais leur dire qu’on ne les oublie pas. La France a de grandes ambitions avec le Canada en général, et le Manitoba en particulier.

Que retenez-vous de votre premier déplacement au Manitoba?

J’ai eu un entretien de qualité avec le ministre des Affaires francophones (Glen Simard) et le député de Saint-Boniface (Robert Loiselle), tous deux parfaitement francophones. Nous sommes convenus d’approfondir notre coopération avec la province dans un contexte favorable à la francophonie. Nous avons parlé des opportunités de développement du port de Churchill, qui pourraient renforcer les échanges entre la France et la province, notamment par l’exportation de minéraux et de produits agricoles. 

Sur la Nuit des idées, j’ai pu ouvrir les échanges aux côtés de l’astrophysicienne française Fatoumata Kebe, à l’Université du Manitoba.

Vous avez lancé à Winnipeg quelque chose que vous allez reproduire en Ontario. De quoi s’agit-il?

Ce sont des cafés-rencontres qui me permettent de recueillir les besoins et les attentes des Français. Dans ce cadre, j’ai annoncé la venue prochaine à Winnipeg d’une tournée consulaire composée de deux agents du consulat général à Toronto, qui iront à Winnipeg munis de dispositifs de recueil mobiles, pour recueillir les demandes de passeport et de carte d’identité, et les inscriptions sur les listes électorales. J’ai également évoqué notre souhait de pouvoir ouvrir un bureau de vote à Winnipeg pour les élections présidentielles l’année prochaine, bureau qui se tiendrait à l’Alliance française du Manitoba. »


1983 : Naissance à La Ferté-Macé (France)

2008 : Rejoint le ministère des Affaires étrangères

2014 : Consul général adjoint à Chengdu (Chine)

2018 : Consul à Phnom Penh (Cambodge)

2026 : Devient consul général de France à Toronto 

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.