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À St-Isidore, la renaissance du cœur de la communauté

Temps de lecture : 6 minutes

ST-ISIDORE – 23 juillet 2016, un orage violent s’abat sur l’Est ontarien. En quelques heures, l’église de St-Isidore en proie aux flammes s’effondre. Pour les 800 résidents de cette communauté francophone, la destruction de l’édifice vieux de 137 ans fait figure de coup de poignard. Le cœur du village n’existe plus.

« J’habite la rue, juste à côté de l’église. De voir ces flammes, mes enfants avaient peur », se souvient Amy Willis, une mère de famille. « Nous avons été évacués. Nous nous sommes retrouvés dans l’arrière-cour de l’un de nos voisins. »

« J’avais été baptisé, marié dans cette église (…) Ça a été vraiment une épreuve. Tout le monde se posait la question si on allait reconstruire », résume de son côté Roger Bourgon, président du conseil d’administration temporel de la paroisse de St-Isidore. « On avait des bonnes assurances, mais de là à tout remettre en marche… »

L’incendie de l’église de St-Isidore, le 23 juillet 2016. Gracieuseté : JF Drone Master 

Cette paisible communauté de l’Est ontarien, à quelques kilomètres de la 417, se serait bien passée de faire les manchettes locales en raison de l’incertitude autour de la reconstruction du lieu de culte. D’habitude, ce sont plus le Festival du canard et de la plume, un hommage annuel à l’agriculture si chère au village, ou les performances des Aigles, l’équipe locale de hockey junior, qui attirent l’attention.

Il est un peu plus de 10h ce jeudi matin lorsque Roger Bourgon, casquette vissée sur la tête et tout sourire, nous accueille au milieu de la future église en chantier. Sur place, une dizaine d’ouvriers s’activent. Les marteaux et perceuses bourdonnent.

Car si de l’extérieur, tout est là, avec un clocher déjà visible à plusieurs hectomètres, à l’intérieur, il manque encore l’essentiel : les bancs, la décoration, l’autel…

Roger Bourgon répond aux questions du journaliste Sébastien Pierroz. Crédit image : Stéphane Bédard

« L’église sera un peu plus petite. On pourra accueillir 140 personnes contre presque 500 auparavant, mais elle sera plus fonctionnelle. Tout sera centralisé ici, c’est-à-dire l’administration, la salle aussi pour les réceptions… C’est plus moderne et plus pratique. Nous aurons un système de chauffage moderne, avec un plancher chauffé. »

Quelques objets sauvés des décombres feront aussi partie de ce nouveau décor : un calice, un ciboire et le tabernacle. Deux cloches avaient aussi été retrouvées.

« L’une est en bonne condition et l’autre brisée en deux. »

La statue présente devant l’église avait quant à elle échappé aux flammes.

L’intérieur de l’église en travaux. Crédit image : Stéphane Bédard

Coût estimé des travaux pris en charge par les assurances : 3,8 millions de dollars. Mais l’essentiel n’est pas là.

« On pense qu’il n’y aura pas beaucoup d’entretien et de réparations pour les 25 prochaines années. Avant, on réussissait bien à entretenir l’église, mais il fallait faire des levées de fonds, comme de gros tirages, ou des tournois de golf. »

Une nouvelle rassurante dans un contexte périlleux pour les lieux de culte. La baisse des paroissiens conjuguée à des budgets serrés permettent de moins en moins de financer l’entretien des églises… au risque de faire peser une menace sur leur survie.

Ouverture dans quelques semaines… ou quelques mois

Tout indique que les paroissiens pourront de nouveau prendre place à l’église de St-Isidore, cette année. Le nom du bâtiment restera donc inchangé, c’est une certitude. En revanche, pour la date, rien n’est sûr.

L’archidiocèse d’Ottawa aimerait une ouverture du bâtiment fin février, mais l’autorité religieuse affirme à ONFR+ que cette décision sera prise de concert avec le conseil d’administration temporel de M. Bourgon.

« Fin février, c’est impossible », confirme le responsable, un œil sur les travaux.

L’église de St-Isidore vue de l’extérieur. Crédit image : Stéphane Bédard

Le temps presse à St-Isidore, d’autant que les paroissiens doivent depuis trois ans et demi se contenter d’une messe au Centre paroissial Joseph-Roy. Pour les mariages et les sépultures, c’est à l’église de Fournier, située à plus de huit kilomètres, qu’il faut se rendre.

« Ce n’est évidemment pas pareil », confirme Robert Paquette, un septuagénaire rencontré à la sortie du Valu-Mart, le supermarché du village.

Depuis 1956, date de son arrivée à St-Isidore, il n’a d’ailleurs pas manqué beaucoup de messes.

« La petite chapelle, c’est un local, il n’y a pas de décorations ! »

Tout n’est donc plus pareil depuis le sombre 23 juillet 2016, et même la résidente Amy Willis, qui elle n’a jamais fréquenté l’église de St-Isidore, nous le confirme.

« Je suis protestante, et je vis ma foi à l’église protestante de Russell, mais cette église représentait un point de référence. Les gens la percevaient comme le centre-ville. »

En attendant pour les paroissiens de franchir les portes, le conseiller municipal de St-Isidore, Alain Mainville, veille aussi à la manœuvre sur le chantier.

« Perdre une église, ce fut comme perdre un membre de notre famille. Présentement, on a travaillé avec les architectes. Au printemps, il va y avoir un embellissement du devant de l’église. »

Donner une impulsion à la vie communautaire

Reste que certains ne veulent pas s’arrêter à la simple reconstruction de l’édifice. À commencer par le père Pascal Nizigiyimana.

« C’est une renaissance d’une communauté, parce que la communauté doit ressentir qu’il y a une vie qui renaît des cendres. »

En d’autres mots, le prêtre aimerait profiter de la nouvelle église pour donner une nouvelle impulsion à la vie communautaire dans St-Isidore. 25 ? 50 ? 100 ? Le nombre de résidents présents sur les bancs varierait selon les dimanches.

« Il y a des paroissiens qui pourraient s’ajouter. Il faut trouver des façons de rejoindre les gens, en particulier ceux qui ne venaient pas avant. On pourrait en profiter pour le faire maintenant à partir d’activités. »

Le père Pascal Nizigiyimana, le prêtre de l’église de St-Isidore. Crédit image : Stéphane Bédard

« Le 26 janvier, nous allons, par exemple, organiser un brunch ouvert à tout le monde. Peut-être que des gens se familiariseront ainsi avec le lieu et viendront ensuite à l’église. »

Un comité Renaissons ensemble, récemment mis sur pied, participe aussi au défi d’allier l’enjeu religieux à la vie communautaire.

Du côté des résidents, les avis sur un renouveau de l’intérêt religieux sont assez variés.

« C’est plus la vieille génération qui va à l’église, les jeunes sont beaucoup moins intéressés », soutient Amy Willis qui, au passage, fait partie des quelque 20 % de résidents anglophones à St-Isidore.

« J’adore cette communauté, c’est une partie de ma vie, mais parfois s’est dur de s’y intégrer, et cela n’a rien à voir avec la barrière de la langue. Il faudrait beaucoup plus d’activités. C’est pourquoi j’essaye, par exemple, d’en organiser pour les enfants. »

Roger Paquette fait partie justement de cette génération plus ancienne. Lui regrette le manque de représentation des jeunes à l’église… mais aussi dans les différentes activités.

« Oui, ça m’inquiète, car quand on sera partie nous autres, ça sera encore pire ! »

La future église de St-Isidore. Crédit image : Stéphane Bédard

Kevin Laviolette, la vingtaine, fait partie de ces jeunes qui ont choisi de rester à St-Isidore. Il travaille sur la Ferme Avicole Laviolette Ltée, l’entreprise familiale depuis plusieurs décennies.

« Oui, l’église du village est symbolique, on en a besoin, mais personnellement, je peux vivre sans ! »

Apprécier St-Isidore passe, selon lui, par d’autres aspects que la vie communautaire.

« Nous avons un supermarché, une caisse populaire, des restaurants, le coût de la vie est moins cher. Je ne suis qu’à 45 minutes d’Ottawa si je veux aller au Costco ou au Walmart. J’ai toujours été élevé ici et je ne compte pas déménager. »

Église ou pas, c’est sans doute le conseiller municipal, Alain Mainville, qui résume le mieux la situation.

« On a plusieurs bons commerces qui soutiennent le village. Tout cela mis ensemble, ça aide. On essaye aussi de faire travailler les gens tous ensemble et les faire participer, mais des fois, c’est difficile. On continue de faire des efforts. »

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