Ornella Bankolé : patience, travail et positivité comme porte d’entrée en WNBA
TORONTO – Longtemps cantonnée à un rôle dans l’ombre depuis son arrivée au Tempo de Toronto, Ornella Bankolé savait que son contrat de développement lui demanderait patience et travail. Cette semaine, la Française a enfin vu les occasions se multiplier : 14 minutes face à Indiana, puis un nouveau record de 15 minutes et 5 points mercredi contre Washington. Une récompense pour une joueuse qui assure vivre pleinement cette première expérience en WNBA.
« C’était le deal. » Ornella Bankolé ne cherche pas à embellir sa situation. Lorsqu’elle a rejoint le Tempo de Toronto, elle savait parfaitement ce que signifiait son contrat de développement : une place au sein du groupe, des entraînements quotidiens avec l’équipe, mais aucune garantie de jouer régulièrement.
Jusqu’à cette semaine, les occasions avaient été extrêmement rares. Mardi, face au Fever d’Indiana, Sandy Brondello lui a confié 14 minutes, avec 3 points, 3 rebonds et une interception à la clé. Surtout, Bankolé a été envoyée au front défensivement face à Caitlin Clark et Kelsey Mitchell.
Et l’occasion n’est cette fois pas restée sans lendemain. Dès mercredi à Washington, la Française a battu son record de temps de jeu avec 15 minutes et établi un nouveau sommet personnel avec 5 points, à 2/2 au tir, auxquels elle a ajouté deux rebonds.

« Ce qu’on aime chez Ornella, c’est sa défense. On a besoin de défense et elle sait défendre, soulignait Sandy Brondello après le match contre Indiana. Elle s’est retrouvée face à Caitlin Clark et Kelsey Mitchell. Elle a vécu quelques moments de ‘bienvenue en WNBA’ contre ces joueuses, mais la seule façon d’apprendre, c’est en jouant. »
L’entraîneuse du Tempo a surtout apprécié la manière dont Bankolé a rempli la mission qui lui avait été confiée. « Elle a vraiment bien joué son rôle et elle a été une vraie peste en défense. C’est ce qu’on veut continuer à développer. Elle apprend encore à jouer avec ses coéquipières, mais c’est bien qu’elle puisse avoir ces occasions et en tirer le maximum. »
Un contrat pour apprendre et patienter
Cette opportunité est justement ce que Bankolé attend depuis son arrivée. Son contrat de développement lui permet de s’entraîner quotidiennement avec le Tempo et de découvrir de l’intérieur les exigences de la WNBA, sans lui garantir une place régulière dans la rotation.
Une situation potentiellement frustrante pour une compétitrice. Bankolé, elle, préfère y voir une période d’apprentissage. « Je savais pourquoi je venais. C’est aussi ma première expérience en WNBA, donc ce n’est pas facile tout de suite, il faut un temps d’adaptation. Ce contrat de développement me permet aussi de m’adapter, de voir comment ça se passe ici et de prendre mes repères petit à petit. »
Et quand les matchs passent sans qu’elle soit en tenue, ou sans qu’elle entre en jeu, le travail continue. « Je m’entraîne beaucoup avec les filles, je m’entraîne aussi individuellement, je fais des extras. Ça me permet de me maintenir prête lorsque l’équipe a besoin de moi et d’essayer d’apporter quelque chose au groupe. »

Cette attitude n’est pas seulement mise en avant par Bankolé. Laura Juskaite connaît la Française depuis bien avant leur aventure commune à Toronto. Les deux joueuses s’étaient même échangé leurs maillots lors d’un Championnat d’Europe U16.
« C’est une bonne coéquipière. Elle travaille, elle attend ses opportunités et elle est toujours positive. C’est ce dont nous avons besoin », raconte la Lituanienne.
Une description qui résume finalement assez bien les premières semaines de Bankolé à Toronto : travailler sans savoir quand viendra la prochaine occasion.
Toujours prête
Sa première opportunité était arrivée presque sans prévenir, peu après sa signature. « Je ne m’y attendais pas du tout. Je venais juste d’arriver et j’ai été surprise. On m’a prévenue un peu à la dernière minute. Mais c’était bien parce que je n’ai pas eu le temps de stresser. J’étais tout de suite dans le bain. »
Après ses huit minutes pour ses débuts contre Dallas le 5 juillet, les occasions se sont faites rarissimes : deux minutes contre New York une semaine plus tard, puis plus aucune apparition pendant un mois.

Parfois sur le banc, parfois même inactive, Bankolé n’a retrouvé le parquet que le 12 août à Dallas, pour cinq minutes. Six jours plus tard face à Indiana, ses 14 minutes ont donc représenté une véritable rupture : son plus gros temps de jeu depuis son arrivée à Toronto avant le match à Washington ce mercredi.
Bankolé assure pourtant ne pas avoir eu de difficulté à se replonger dans un match mardi, malgré le manque de rythme. « Je me tiens prête mentalement. La coach m’implique beaucoup. Elle a des mots encourageants envers moi tous les jours, même quand je ne joue pas. Les filles aussi. Je suis prête mentalement à n’importe quel moment pour rentrer sur le terrain et faire ce que j’ai à faire. »
Face à Indiana, ces mots ont trouvé une traduction concrète.
De l’énergie, même depuis le banc
Bankolé estime d’ailleurs que son rôle ne commence pas lorsqu’elle entre sur le parquet. Avec une touche d’humour, elle assure d’abord qu’elle apprend le français à ses coéquipières. Plus sérieusement, elle insiste surtout sur l’énergie qu’elle tente d’insuffler à un groupe qui a dû composer avec les blessures et les défaites (série de 12 de suite en cours).
« J’essaie d’apporter beaucoup d’énergie, beaucoup de positivité. Ce n’est pas forcément facile parce qu’on a des blessures et des défaites. J’essaie d’apporter un peu de fraîcheur et de bonne énergie. »

Sur le terrain, cette énergie devient notamment défensive. « Quand je rentre sur le terrain, je veux apporter beaucoup d’intensité et permettre aux filles de souffler. »
Une définition de son rôle qui correspond presque mot pour mot à celle donnée par Brondello après sa prestation contre Indiana.
Le départ de Tima Pouye, son premier repère
L’adaptation de Bankolé avait aussi été facilitée par la présence d’une autre Française. À son arrivée, Tima Pouye constituait un visage familier dans un univers entièrement nouveau. « J’étais un peu triste parce que Tima, quand je suis arrivée, c’était un peu mon repère. Je la connais depuis très longtemps. »
Son départ a rappelé à Bankolé une autre réalité du sport professionnel en Amérique du Nord : les situations peuvent évoluer très rapidement. Elle a néanmoins continué à prendre ses marques, dans l’équipe comme dans sa nouvelle ville.
« Je ne connaissais pas du tout Toronto. J’ai pas mal visité. J’aime bien la ville et les gens sont gentils aussi. »

Et son expérience canadienne ne s’arrête pas à Toronto. Après avoir découvert Montréal avec le Tempo, Bankolé s’apprête également à se rendre à Vancouver.
« Je ne m’attends à rien. J’espère être surprise. J’ai hâte de découvrir comment c’est, comment sont les gens et comment est la ville. »
« Montrer de quoi je suis capable »
À l’approche de la fin de saison, Bankolé sait que chaque occasion peut compter. Les séries éliminatoires ne sont plus un objectif pour Toronto, éliminé officiellement après la défaite à Washington.
Pour la Française, ces dernières rencontres représentent donc autant de possibilités de poursuivre son apprentissage et de montrer qu’elle peut apporter quelque chose.
« J’aimerais aider le groupe, apporter ma personnalité dans le jeu et montrer de quoi je suis capable. On voudrait aussi essayer d’accrocher des victoires. »
Deux jours et deux records de temps de jeu plus tard, Bankolé semble justement commencer à se faire une place.