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Bilan 2019 : Queen’s Park au rythme de la Ford Nation

Temps de lecture : 5 minutes

TORONTO – En l’espace de cinq mois, le gouvernement a fait adopter un nombre pléthorique de lois, justifiant en juin une parenthèse de plus de quatre mois sans activité parlementaire. Le premier ministre disparaît alors de la scène publique durant les élections fédérales avant de réapparaître comme un allié de Justin Trudeau. Les derniers mois seront plutôt difficiles, entre marches arrières et poursuite d’une chasse au déficit dont le chiffre réel demeurera longtemps insaisissable.

UNE PERSONNALITÉ

Amanda Simard

Les positions de la députée indépendante de Glengarry-Prescott-Russell auront été très scrutées, en 2019, sur différents dossiers. Comment vote et quels combats choisit celle qui a quitté sa famille progressiste-conservatrice, dans le feu de la crise linguistique ? Cette question, beaucoup de Franco-Ontariens se la sont posée.

Portée par l’élan de sa démission et de son engagement dans la résistance contre les compressions du gouvernement Ford, l’année a commencé sur les chapeaux de roue pour elle. Mais le souffle est retombé lorsqu’elle a été montrée du doigt pour ses absences répétées en chambre à Queen’s Park et lors des inondations dans sa circonscription.

La députée indépendante Amanda Simard. Archives ONFR+

Des critiques que Mme Simard (désormais présidente du Réseau des jeunes parlementaires de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie) a balayé du revers de la main, réservant ses coups en chambre contre plusieurs réformes, mais aussi en faveur d’une modernisation de la Loi sur les services en français.

L’une de ses questions au gouvernement les plus marquantes, sur le coût de la suppression du Commissariat aux services en français indépendant, n’a jusqu’ici encore jamais trouvé de réponse.

UNE DATE

Vendredi 15 mars

L’annonce de la ministre de l’Éducation, Lisa Thompson, était capitale. Elle aura été à l’origine d’un effet domino tout au long de l’année, jusqu’au premières grèves de l’automne, sous l’ère Lecce.

Le gouvernement annonce le 15 mars les grands axes de sa réforme en éducation : augmentation du nombre d’élèves par classe, cours en ligne obligatoires, nouveau curriculum d’éducation sexuelle, interdiction des cellulaires en classe, nouvelle stratégie en mathématiques…

Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce. Crédit image : Rudy Chabannes

L’opposition à Queen’s Park pilonne le gouvernement. Des milliers d’élèves descendent dans la rue en avril. Alors que se profilent les négociations des conventions collectives avec les enseignants, le gouvernement dépose en juin un projet de loi qui, entre autres, limite l’augmentation des salaires des fonctionnaires provinciaux à 1 %.

Adoptée en septembre, la Loi scandalise les syndicats qui débrayent à trois reprises pour tenter d’infléchir la position du ministre le plus exposé en 2019 : Stephen Lecce. Son recul partiel sur la taille des classes et le nombre de cours en ligne n’apaise pas les quatre fédérations qui, en fin d’année, entament une contestation judiciaire.

UN CHIFFRE

7,4 milliards

Le chiffre du déficit provincial aura fait un yo-yo exceptionnel pour l’exercice 2018-2019. Évalué à près de 15 milliards de dollars à l’arrivée au pouvoir des progressistes-conservateurs, il a servi de chèque en blanc au gouvernement Ford pour réaliser une série de compressions budgétaires, incluant le transfert du Commissariat aux services en français au sein du bureau de l’ombudsman et l’abandon du projet d’université de l’Ontario français, finalement relancé et conclu.

Cette estimation était-elle rigoureuse ? Une première réévaluation tombe en février : le déficit serait plutôt de 13,5 milliards de dollars, selon le ministère des Finances. Le montant chute même à 7,4 milliards en septembre, si l’on en croit le Bureau de la responsabilité financière.

Le premier ministre Doug Ford. Archives ONFR+

En toile de fonds : une guerre des chiffres entre libéraux et progressistes conservateurs, les premiers accusant les seconds d’avoir gonflé l’ampleur du déficit, les seconds vantant des rentrées fiscales liées au redémarrage économique, après des années d’endettement irresponsable.

Pour l’exercice 2019-2020, le gouvernement table sur un déficit de 9 milliards de dollars, promettant un retour à l’équilibre en 2023-2024.

UN LIEU

Welland

La réforme de la santé est un chantier colossal engagé par le gouvernement dont le double objectif est de faire des économies tout en replaçant les besoins du patient au cœur du système. Le schéma retenu par la ministre de la Santé, Christine Elliott, repose sur la constitution d’équipes Santé Ontario coordonnées par une agence centrale : Santé Ontario.

Dans les faits, et en dépit des déclarations de principe de la ministre, toutes les équipes Santé Ontario n’ont pas pris les mêmes dispositions à l’égard des francophones, comme le révèle en août ONFR+, prenant l’exemple de Welland.

Dans cette ville du Niagara, les acteurs francophones en santé ont été, dans un premier temps, écartés de la consultation avant d’être finalement pris en compte, juste avant la remise du dossier final.

La ministre de la Santé et des Soins de longue durée, Christine Elliott. Gracieuseté

Cet épisode montre combien l’édification de chaque équipe Santé Ontario varie d’une région à l’autre, faisant craindre des soins de santé à géométrie variable, déviant des objectifs initiaux.

24 équipes Santé Ontario ont été validées par le gouvernement pour éliminer les soins de santé de couloir et offrir aux patients des services interconnectés. Les entités de planification des services en français sont maintenues, tandis que les 14 réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS) ont été restructurés en cinq régions.

UNE CITATION

« On est toujours au point zéro… On veut nous faire disparaître ? »

La question est de France Gélinas. Nous sommes le 20 novembre, jour réservé à l’opposition. La députée de Nickel Belt intervient en chambre pour appuyer la motion de modernisation de la Loi sur les services en français, déposée par Andrea Horwath.

La chef de l’opposition officielle et une dizaine de députés vont, tour à tour, prendre la parole, en français, à l’Assemblée législative de l’Ontario, pour défendre le texte.

La députée de Nickel Belt, France Gélinas. Archives ONFR+

La ministre Caroline Mulroney, son adjointe parlementaire Gila Martow et la députée de Mississauga-Centre, Nathalia Kusendova, répliqueront aux députés néo-démocrates qui réclament une réforme comprenant le retour du Commissariat aux services en français, la définition inclusive de francophone, la généralisation de l’offre active et l’usage du français dans les tribunaux judiciaires et administratifs.

Si la motion a été rejetée, elle aura remis sur le devant de la scène l’importance de moderniser une loi plus que trentenaire, faisant l’objet de trois propositions de modernisation : celle du député néo-démocrate Guy Bourgouin, celle des libéraux et celle rédigée par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) qui sera présentée à la ministre dans les semaines à venir. La réforme est une promesse ministérielle réaffirmée à moult reprises, avant la fin de ce mandat, a répété Mme Mulroney.

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