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Bilinguisme des chefs à Queen’s Park : « un atout », mais pas une obligation

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – Depuis quelques jours, la controverse continue d’enfler quant au bilinguisme du chef du Parti conservateur du Canada. Une polémique née en partie en raison du français balbutiant du favori à la direction du parti, Peter MacKay.

Doug Ford et Andrea Horwath, respectivement premier ministre et chef de l’opposition à l’Assemblée législative de l’Ontario, ne parlent pas du tout français. Il y a aussi de fortes chances que le prochain chef du Parti libéral soit aussi unilingue. Pour le moment, seule Brenda Hollingsworth, l’une des six candidates à la succession de Kathleen Wynne, s’est montrée capable de converser dans la langue de Molière.

« Ça serait un atout que les chefs de partis soient bilingues », soutient le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin. « Mais il faut dire que des fois, bien que nous ayons une personne bilingue, ce n’est pas garanti que les dossiers vont de l’avant plus vite. »

De l’eau a coulé sous les ponts depuis deux ans. À cette époque, la première ministre libérale, Kathleen Wynne, et le chef du Parti progressiste-conservateur, Patrick Brown, pouvaient tenir une entrevue et répondre à des questions en français. Devant ces faits accomplis, l’AFO parlait alors de créer une culture de chefs bilingues.

« 13 à 16 francophone ou francophiles » au NPD, dit Bourgouin

Qu’en pensent vraiment les partis ? Interrogé par ONFR+, le porte-parole aux Affaires francophones du Nouveau Parti démocratique (NPD), Guy Bourgouin, défend sa chef unilingue.

« Elle parle français plus souvent qu’auparavant, même si ce n’est pas facile d’apprendre des langues. Le temps que l’on a, c’est lorsque la session ne siège pas. Durant la période à Queen’s Park, ça ne nous laisse pas le temps pour apprendre une autre langue. »

Patrick Brown, Kathleen Wynne et Andrea Horwath
Patrick Brown, Kathleen Wynne et Andrea Horwath, en 2017… au temps où deux des trois chefs pouvaient tenir une entrevue en français. Archives ONFR+

Et de poursuivre : « Mme Horwath a déposé deux motions, l’une sur l’Université de l’Ontario français, l’autre pour la modernisation de la Loi sur les services en français. »

M. Bourgouin qui officie comme député de de Mushkegowuk—Baie James – la seule circonscription majoritairement francophone avec Glengarry-Prescott-Russell – préfère voir le bilinguisme de ses collègues.

« Nous avons un total de 13 à 16 francophones et francophiles dans notre caucus. »

« Faire l’effort » de parler français, pour Fraser

John Fraser, le chef intérimaire du Parti libéral de l’Ontario, n’est pas bilingue. Mais le député d’Ottawa-Sud possède des notions suffisantes pour répondre en français.

« Oui, je ne parle pas totalement français, mais je comprends les francophones », insiste t-il. « C’est ce que l’on doit attendre d’un chef de parti. »

S’il y a peu de chances que le futur chef du parti désigné le 7 mars soit bilingue, M. Fraser voit trois aspects pour rapprocher son parti des francophones.

« D’une part, il faut être engagé pour des communications bilingues avec, par exemple, un site web totalement bilingue. Par ailleurs, il faut un engagement du parti sur les services en français, car l’Ontario, ce n’est pas seulement en anglais. Enfin, le chef doit faire des efforts, et toujours essayer de parler un peu en français… »

Décision « aux membres du parti » pour Ford

Interrogé par ONFR+ sur la nécessité du bilinguisme des chefs, le bureau du premier ministre conservateur Doug Ford renvoie la balle aux députés.

« Notre parti et notre gouvernement considèrent que le bilinguisme est un atout important pour notre province. (…) En ce qui concerne le bilinguisme des chefs de parti, cette décision revient aux membres de chaque parti qui choisissent leur chef en tenant compte de plusieurs critères. »

Même son de cloche du côté du Ministère des Affaires francophones. Dans une réponse écrite, la ministre Caroline Mulroney place la responsabilité sur « les membres des partis » capables de choisir leur chef selon « plusieurs critères ».

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin. Archives ONFR+

Pour Carol Jolin, les progrès en français sont une réalité, peu importe les caucus des trois principaux partis.

« On voit une plus grande ouverture qu’il y a une dizaine d’années. Beaucoup de députés prennent des cours. Si je regarde le Parti progressiste-conservateur, il n’y a jamais eu autant d’élus qui parlent français, bien que ce n’est pas connu sur toute la ligne. »

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