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Budget fédéral: l’Ontario n’y trouve pas son compte

Année électorale oblige, le gouvernement libéral de Justin Trudeau veut renouer avec sa base électorale. Le document de plus de 500 pages Investir dans la classe moyenne, dévoilé ce mardi, est pourtant relativement neutre… avec peu de mentions pour l’Ontario.

C’est avant tout dans le logement qu’il faut voir une éclaircie pour la province. Dans son budget, le gouvernement propose de fournir à l’Agence du revenu du Canada (ARC) 50 millions de dollars sur cinq ans, à compter de 2019-2020, pour la création de quatre nouvelles équipes consacrées à la vérification immobilière résidentielle et commerciale dans les régions à risque élevé, notamment en Colombie-Britannique et en Ontario.

À cela s’ajoute des mesures pour faciliter l’accession au logement, comme l’augmentation de la limite des retraits d’un REER dans le cadre du Régime d’accession à la propriété. Ce changement fera passer le plafond de 25 000 à 35 000 $.

«Ça peut aider, mais ça ne répond pas au problème plus grand qui est celui de l’accès au logement. On parle beaucoup de crédit, on ne dit rien de la question de l’infrastructure », analyse la directrice gouvernance et institutions à l’Institut des finances publiques et de la démocratie de l’Université d’Ottawa, Helaina Gaspard.

 

Le dossier de la taxe carbone rebondit 

Mais c’est sans doute sur le dossier brûlant de la taxe carbone que le gouvernement fédéral risque de faire hurler la province.

«La majorité des produits provenant des administrations ne souscrivant pas à la norme fédérale pancanadienne sur la réduction de la pollution par le carbone – soit l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, le Manitoba et la Saskatchewan –  sera remise aux particuliers et aux familles, et ce, par l’entremise de paiements de l’Incitatif à agir pour le climat. Dans les administrations ayant volontairement adopté le système fédéral – le Yukon et le Nunavut – la totalité des produits directs sera remise aux gouvernements de ces administrations», peut-on dire dans le document.

Concrètement, le gouvernement fédéral réservera à qui bon lui semble l’argent, sans passer par l’intermédiaire des provinces. «C’est ici très habile de la part du gouvernement Trudeau», estime Mme Gaspard.

Le gouvernement Trudeau rappelle que la redevance «s’appliquera à compter d’avril 2019 en Ontario», bien que la province menace toujours de se rendre devant les tribunaux pour en annuler l’application.

Le ministre des Finances de l’Ontario, Vic Fedeli, n’a pas tardé à réagir à l’annonce du budget, d’abord par voie de communiqué. «Les propriétaires de nos petites entreprises me disent ne pas avoir les moyens de payer la taxe sur le carbone et d’assumer les coûts salariaux plus élevés que le gouvernement fédéral a imposés, en janvier, en étouffant le Régime de pensions du Canada. Nous sommes extrêmement déçus que dans le budget fédéral, le gouvernement a refusé de tenir compte de l’incidence de ces taxes pour les propriétaires d’une entreprise et les familles de l’Ontario qui travaillent fort.»

Et de poursuivre. «Le budget déposé aujourd’hui confirme que le gouvernement fédéral ne partage pas la vision de l’Ontario consistant à faire en sorte que notre province, et notre pays, soient ouverts aux affaires et à l’emploi, et qu’il met en péril des emplois des petites entreprises du secteur de la fabrication de l’Ontario.»

Autres mesures

Parmi les autres mesures, le gouvernement confirme la mise en place d’une Agence canadienne des médicaments capable de «réduire le coût des médicaments» de trois milliards de dollars par année.

Ce n’est pas une surprise puisqu’un groupe consultatif vient de donner le feu vert à la création d’un nouvel organisme responsable de superviser le lancement d’un régime national d’assurance-médicaments.

Le gouvernement s’engage, par ailleurs, à «fournir à tous les Canadiens l’accès à Internet haute vitesse», notamment pour les foyers dans les «communautés rurales, éloignées et nordiques», d’ici 2030.

Au total, l’équipe de Justin Trudeau entend investir cinq milliards de dollars supplémentaires, cette année, par rapport au précédent exercice budgétaire.

«Notre approche fonctionne. Nous avons le taux de chômage le plus bas depuis 50 ans», a affirmé le ministre des Finances, Bill Morneau.

Déficit budgétaire maintenu

Pour 2019-2020, le déficit budgétaire sera maintenu à sensiblement 19,8 milliards de dollars avec l’objectif d’atteindre 9,8 milliards de dollars en 2023-2024. L’an passé, l’équipe de Justin Trudeau avait tablé sur un déficit de 18,1 milliards de dollars.

Reste que l’équilibre budgétaire atteint par les conservateurs en 2015, peu avant les dernières élections fédérales, pourrait être l’un des enjeux de la prochaine campagne. Lors de leur prise de fonction il y a trois ans et demi, les libéraux avaient promis d’équilibrer le budget cette année.

«Nous voulons investir dans le futur», s’est contenté de justifier Bill Morneau.

«Ce n’est pas risqué comme stratégie, vu que le contexte économique du Canada est stable. Mais s’il y a des changements, ça aura un impact. En cas de changement économique majeur ou de récession américaine, par exemple, il y a un risque que les taux d’intérêts augmentent, et fragilisent l’économie canadienne.»

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