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Budget ontarien : des milliards pour se relever de la pandémie

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – Pas de hausse d’impôts, des investissements supplémentaires dans la santé et un train de mesures pour préparer le terrain à la relance économique, voici ce qu’il faut retenir du second budget de l’ère Ford. Dans son plan d’action pour l’Ontario, le ministre des Finances porte le total des aides financières à 45 milliards, soit 15 milliards de plus pour faire face à la crise. Revers de la médaille : un déficit provincial abyssal de 38,5 milliards qui raye définitivement les espoirs de retour à l’équilibre en 2023, sans convaincre toutefois l’opposition.

Le ministre des Finances, Rod Phillips, a défendu un budget offensif, ce jeudi, devant l’Assemblée législative de l’Ontario.

En investissant dans le dépistage, les hôpitaux et les soins de longue durée, le gouvernement a voulu montrer qu’il prenait la pandémie et son lot d’incertitude très au sérieux, maintenant mais aussi dans les années à venir.

« Les dépenses extraordinaires sont de huit milliards en santé cette année et de quatre milliards l’an prochain », note Dominique Lapointe, économiste à la Banque Laurentienne.

« On assiste à un changement de paradigme dans les dépenses en santé dû au fait que la pandémie est là pour durer et que la situation a exposé des vulnérabilités dans le système, comme le manque de personnel et de ressources, auxquelles il faut répondre. »

Un déficit de 38,5 milliards

La colonne des dépenses explose, celle des revenus boit la tasse à cause d’une économie au ralenti. Résultat : un déficit de 38,5 milliards que le gouvernement n’ira pas chercher du côté des impôts, ni des taxes, pour préparer la reprise économique et la baisse du chômage. L’emploi a dégringolé de 15,3 % entre février et mai 2020.

Le ministre des Finances, Rod Phillips, défend un budget sur trois ans à Queen’s Park. Capture écran ONFR+

Le ministre Phillips a élaboré son budget en tablant sur une croissance du PIB de 6,5 % en 2020. Deux autres scénarios sont dans les cartons, en cas d’accélération ou à l’inverse de ralentissement plus prononcé de l’économie. Des fonds de réserve doivent aussi permettre à la province un réajustement en fonction de l’évolution de la pandémie.

Réparer le système de santé et planifier la relance

Outre la somme initiale de 3,3 milliards de dollars, le gouvernement injecte 572 millions de plus en direction du secteur de la santé pour faire face aux coûts engagés dans la pandémie. 1,4 milliard de dollars serviront à améliorer le dépistage et le traçage de cas de COVID-19, tandis que 116,5 millions de dollars permettront d’ajouter 767 lits d’hôpitaux.

De leur côté, les foyers de soins de longue durée bénéficieront de 783 millions de dollars pour faire des rénovations, embaucher du personnel et poursuivre leur action de prévention contre le virus. Le gouvernement fait aussi des efforts en santé mentale, mais rappelle au pallier fédéral qu’augmenter les transferts en santé est un impératif.

Si les mots « prudence » et « protection » reviennent en boucle dans le document et dans la bouche des progressistes-conservateurs, il est aussi largement question de la relance économique. Virage numérique, réduction des formalités administratives, baisse des taxes et des frais d’électricité… L’Ontario veut être la locomotive de la reprise économique canadienne par la compétitivité, l’innovation et l’emploi.

680 millions de dollars serviront à faciliter l’accès à l’Internet haute-vitesse dans les régions. Une enveloppe supplémentaire de 60 millions doit aider les jeunes Noirs à intégrer économiquement le marché du travail. Un nouveau crédit d’impôt donnera un coup de pouce aux aînés qui souhaitent rénover leur maison pour y vivre plus longtemps.

« Ce budget est une trahison » dit l’opposition

La chef de l’opposition officielle, Andrea Horwath, se dit choquée et horrifiée. « Ce budget n’arrêtera pas la COVID-19 », croit-elle. « Pas plus qu’il ne protégera les aînés dans les foyers de soins de longue durée, ni ne réduira les risques dans les écoles. »

Sur le plan économique, Mme Horwath décrit un « désastre économique » qui appelait un espoir, mais ce budget n’apporte « aucune nouvelle action pour aider les petites entreprises ».

Steven Del Duca, chef du Parti libéral de l’Ontario. Archives ONFR+

Elle tance le gouvernement sur son manque de lucidité et d’engagement face au danger de la pandémie et à l’inquiétude des Ontariens et des entreprises. « C’est extrêmement irresponsable. »

« Ce budget est une trahison », lâche Steven Del Duca. Pour le chef libéral, « le gouvernement doit faire des excuses » et « risque nos vies ».

« On a besoin d’action maintenant. Il [Doug Ford] ne se concentre pas sur les gens mais sur les prochaines élections et ses amis ».

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