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Ces étudiants francophones qui voteront pour la première fois à une élection fédérale

[TÉMOIGNAGES]

Ils ont entre 18 et 21 ans, ont la francophonie à cœur, mais viennent d’horizons différents. Dans trois semaines, un point commun les reliera : ils voteront tous pour la première fois lors d’une élection fédérale. Rencontre avec Marie-Pierre Héroux, Adèle Demers, Arianna Školoudik, Trevor Stewart et Lydia Philippe, cinq étudiants prêts à accomplir leur devoir de citoyen le 21 octobre.

Marie-Pierre Héroux, la francophonie avant tout

« Les actes valent beaucoup plus que les paroles ». Le mot est lâché. Marie-Pierre Héroux votera enfin le 21 octobre. « L’an dernier, pour les élections provinciales, je n’avais pas pu voter, car je n’étais pas dans la province. »

Paradoxalement, ces élections provinciales du 7 juin 2018 avaient amené au pouvoir le gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford. Le même qui quatre mois plus tard faisait descendre dans la rue des milliers de Franco-Ontariens opposés aux compressions dans les services en français. De cette vague d’opposition, Marie-Pierre Héroux a joué un rôle majeur. On se souvient de sa participation le 25 novembre à l’émission Tout le monde en parle en pleine tempête contre le gouvernement Ford.

C’est justement ce thème de la francophonie qui sera au cœur des préoccupations de l’électrice de Glengarry-Prescott-Russell dans l’Est ontarien. La co-présidente du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) aimerait voir davantage ce thème dans les programmes.

« Je regarde beaucoup le bilinguisme des candidats, si un candidat parle français ou non. Je m’interroge si les partis vont faire une refonte de la Loi sur les langues officielles. »

La coprésidente du RÉFO, Marie-Pierre Héroux. Gracieuseté

Comment juge-t-elle ces trois premières semaines de campagne ? Assez positivement. « Beaucoup d’enjeux touchant la jeunesse ont été discutés, comme par exemple le changement climatique. Je me sens écoutée dans cette campagne. »

Marie-Pierre Héroux n’a pas encore fait son choix définitif parmi tous les candidats de Glengarry-Prescott-Russell, mais un regret déjà : ses études d’histoire à l’Université Laurentienne, à Sudbury, l’empêcheront d’être présente le 21 octobre, chez elle, à Embrun, ou encore de voter par anticipation. « Ça reste difficile de voter par le site web. On devrait pouvoir voter plus facilement sur les campus. »

Adèle Demers, encore indécise

Étudiante en 4e année en Relations publiques au collège La Cité, Adèle Demers s’apprête elle aussi à voter pour la première fois lors d’une élection fédérale. Ses thèmes de campagne favoris : la création d’emplois, l’environnement et plus spécifiquement la famille.

« J’aimerais avoir une famille, et pour obtenir un loyer ou une maison, il faut des bons services disponibles et bénéficier d’une certaine prestation. »

C’est dans la circonscription d’Ottawa-Vanier qu’Adèle Demers votera le 21 octobre. Un territoire marqué au fer rouge des libéraux depuis la création de la circonscription en 1935.

« Je n’ai pas encore fait mon choix. Je ne suis pas vraiment les candidats dans la circonscription autant que les chefs fédéraux. Jagmeet Singh (Nouveau Parti démocratique) m’a fait une bonne impression. C’est le chef qui se comporte le mieux devant les médias. Je me trouve attirée par sa présence. »

L’étudiante en Relations publiques au collège La Cité, Adèle Demers. Gracieuseté : Adèle Demers

Le cours qu’elle suit à La Cité intitulé Culture et médias correspond même à ses attentes pour mieux comprendre les rouages de la campagne. « C’est vraiment intéressant de saisir les messages sous-entendus, voir comment les slogans ont tous une caractéristique temporelle et veulent démontrer un pas vers l’avenir. »

Qualifiant le vote de « responsabilité très sérieuse », Adèle Demers ne voit pas forcément d’un œil favorable le vote à 16 ans, un projet pourtant défendu par la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) et la Fédération de la jeunesse franco-ontartienne (FESFO). « 18 ans pour le vote, c’est suffisant, car beaucoup d’enjeux sont très complexes sans qu’on les comprenne à 16 ans. »

Trevor Stewart, avantage aux libéraux

On avait découvert Trevor Stewart le 1er décembre dernier, lors de la grande manifestation contre le gouvernement de Doug Ford, à Ottawa. Le président du Front culturel franco-ontarien (FCFO) était parmi la vingtaine de personnalités publiques, incluant les ministres, à prendre la parole devant les 6 000 manifestants aux couleurs vertes et blanches.

On le retrouve donc presque un an plus tard, capable de voter pour la première fois aux élections fédérales. Et son choix est déjà fait comme l’atteste son Facebook : ce sera Francis Drouin, l’actuel député et candidat libéral dans la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell.

Le franco-ontarien Trevor Stewart en compagnie notamment de Marie-France Lalonde (à gauche). Source : Twitter Trevor Stewart

« Sur la francophonie, les libéraux de Justin Trudeau ont fait les plus gros investissements en langues officielles, sans oublier le Plan de protection des océans de 1,5 milliard de dollars. Nous sommes plus de 60 % de francophones dans notre circonscription. L’agriculture, un autre thème très important dans Glengarry-Prescott-Russell, a vu les libéraux bien régler la gestion de l’offre et protéger nos agriculteurs, là où les précédents gouvernements conservateurs en faisaient moins. »

Le jeune homme originaire de Hammond, un village non loin de Rockland dans l’Est ontarien, ne néglige pas l’accès internet haute-vitesse. « Non loin de chez moi, beaucoup de résidents ont des problèmes d’accès. C’est problématique, car ils doivent acheter du data (sic), ce qui est très cher. »

Sur l’avenir du Front culturel franco-ontarien, Trevor Stewart est formel. « Nous voulons d’abord devenir un organisme à but non lucratif, on travaille sur cela. On veut faire une campagne et une levée de fonds pour politiser les Franco-Ontariens, pour être sûrs qu’ils votent, politiser la relève et lutter contre l’assimilation. »

Arianna Školoudik, le Parti vert comme choix définitif

Ancienne élève à l’École secondaire catholique Renaissance dans la région de Toronto, Arianna Školoudik s’est déplacée à l’Université d’Ottawa pour étudier en sciences sociales. Incapable de revenir à Newmarket le 21 octobre, elle devra voter à distance, mais son choix est d’ores et déjà fait.

« Je vais voter pour le Parti vert. C’est le seul véritable parti qui parle des changements climatiques. Ce qui me plaît dans ce parti, c’est qu’il donne un but commun, et ne parle pas seulement de la hausse ou de la baisse des taxes. »

L’étudiante voit d’ailleurs en Greta Thunberg, l’instigatrice des marches pour le climat à travers le monde, une leader inspirante. « Oui, c’est incroyable comment cette jeune fille a pu générer tellement de personnes à sortir dans les rues et exprimer leurs inquiétudes. »

Arianna Školoudik, étudiante à l’Université d’Ottawa. Gracieuseté : Arianna Školoudik

Dans les arguments d’Arianna Školoudik, il y a même des similitudes avec la militante suédoise. « Beaucoup de jeunes de mon âge sont influencés par leurs parents pour leur vote. Moi, je crois qu’on doit faire ce qu’on doit faire. On peut bien avoir une économie basée sur le pétrole, mais ça ne sert à rien si dans 100 ou 50 ans, l’espèce humaine disparaît. »

Regrettant la faible place du Parti vert dans les médias et sur les réseaux sociaux, Arianna Školoudik aimerait bien voir son parti de cœur plus impliqué sur Facebook, Twitter, Instagram ou même Snapchat.

« Dès que ça vient aux réseaux sociaux, ils n’ont pas un gros impact, mais les personnes doivent être plus sensibilisées au Parti vert et ne pas être embarrassées à vouloir voter pour. »

Lydia Philippe, l’éducation et la santé mentale en priorité

Depuis quelques mois, son nom est devenu l’un des plus familiers de la francophonie. Présidente d’abord plutôt discrète de la FESFO, Lydia Philippe, alors âgée de 17 ans, est devenue l’une des figures de proue de la crise linguistique de l’automne dernier.

Aussi paradoxal soit-il, la désormais étudiante en sciences politiques à l’Université d’Ottawa n’a jamais voté pour une élection. Le 21 octobre représentera donc une grande première.

« Je vais surveiller les thèmes de l’éducation. Beaucoup d’élèves disent que le coût de l’éducation est très cher. Il y a aussi la santé mentale que je trouve importante, à savoir comment aller chercher plus de travailleurs sociaux et de psychologues, notamment dans les écoles. »

L’ancienne présidente de la FESFO, actuel vice-président de la FJCF, Lydia Philippe. Gracieuseté : FESFO

Dans trois semaines, elle votera à Orléans, une circonscription dans laquelle l’ancienne ministre libérale des Affaires francophone de l’Ontario, Marie-France Lalonde, part favorite.

« Il me reste une vingtaines de journées à réfléchir pour faire mon choix. Je veux d’abord assister aux discussions, lire les formulaires des candidats avant de me décider. »

L’ancienne élève du Collège catholique Mer bleu, à Orléans, affirme ne pas oublier son passage à la FESFO. « Elle (la FESFO) tient toujours une place spéciale dans ma vie. Je continue quand même à donner en tant qu’animatrice. »

Concernant le vote à 16 ans, une proposition défendue bec et ongle par la FJCF dont elle est aujourd’hui la vice-présidente, Lydia Philippe reconnaît que c’est un « dossier très important ». Et de conclure : « C’était un peu frustrant pour moi d’être aussi engagée, de comprendre les enjeux, et de n’avoir pas pu voter. Ça fait un peu de peine. Maintenant, je veux compenser avec ce que j’ai raté. »

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