Cynthia Jollineau et John Andersen du Réseau Access Network demande au gouvernement de consulter le personnel de première et développe une meilleure stratégie pour combattre la crise de l'itinérance et de la dépendance à Sudbury. Photo : Aïssatou Odia Barry
Société

« Cette année, on a perdu 100 membres de la communauté » : l’appel d’urgence du terrain face à l’itinérance

Cynthia Jollineau et John Andersen du Réseau Access Network demande au gouvernement de consulter le personnel de première et développe une meilleure stratégie pour combattre la crise de l'itinérance et de la dépendance à Sudbury. Photo : Aïssatou Odia Barry

SUDBURY – Au cours de la conférence annuelle de l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO) à Ottawa, le maire Paul Lefebvre et les Maires des grandes villes de l’Ontario (OBCM) ont réclamé dimanche l’appui d’urgence du gouvernement provincial pour la campagne Solve the Crisis. Face à l’aggravation des crises d’itinérance, de santé mentale, et de dépendance, des organismes communautaires locaux comme le Réseau Access Network rappellent toutefois que les prises de décision doivent inclure la voix des intervenants de première ligne.

La Ville du Grand Sudbury compte 461 itinérants, dont 302 en situation chronique, selon les données du mois de juillet. Pour le Réseau Access Network, il devient de plus en plus difficile de répondre à leurs besoins criants. « C’est quasi impossible de trouver des logements à faible revenu », affirme Cynthia Jolineau, gestionnaire en finance de l’organisme.

Fondé en 1989, cet organisme déploie pourtant des moyens pour soutenir les personnes en situation d’itinérance. « On a quand même une travailleuse sociale qui s’occupe des gens qui font partie de notre cercle de patients, qui sont peut-être sans abri ou qui se promènent d’un endroit à l’autre ».

En plus de la crise d’itinérance, les problèmes de dépendance s’ajoutent à la liste de fléaux qui touchent disproportionnellement Sudbury. De janvier à juin de cette année, les services paramédicaux de la ville ont répondu à 521 appels pour des urgences liés aux opioïdes. Après la fermeture du site Energy Court, les taux d’overdoses et d’infections ont également grimpé.

John Andersen, le directeur général par intérim du Réseau Access Network, indique qu’en 2026, 100 personnes sont décédées suite à des overdoses à Sudbury. D’après lui, le taux d’infection à l’hépatite C à Sudbury est 30 % supérieur à la moyenne nationale, une statistique qu’il juge évitable si la province n’avait pas cessé de financer La Place, le site de consommation surveillée de la ville mis à l’arrêt depuis mars 2024.

Situé à Energy Court, La Place était un site de consommation mené par le Réseau Access Network pour soutenir les personnes dépendantes, superviser les consommations, et assurer la salubrité des outils d’injection. Il a été fermé en mars 2024. Photo : Dominique Demers/TFO

Un appel à l’action des maires de l’Ontario

Lors de la conférence annuelle de l’AMO, Paul Lefebvre et ses homologues des grandes villes de la province ont réitéré leur appel à l’aide auprès du gouvernement. Regroupés au sein de l’Association des maires des grandes villes de l’Ontario (OBCM), 29 élus se sont réunis le dimanche pour faire le point de la campagne Solve the Crisis, créée un 2024. Deux ans plus tard, le constat reste alarmant : les crises d’itinérance, de santé mentale, et de toxicomanie ne font que s’aggraver, et ce, malgré les démarches et financements engagés.

« Dans plusieurs collectivités, la situation empire », alerte le maire de Sudbury, Paul Lefebvre par communiqué. « On a investi dans le logement, la lutte contre l’itinérance et les services communautaires, et on continue de travailler avec nos partenaires pour aider les gens à trouver une issue. Mais même avec des dépenses record, la crise ne cesse de s’aggraver ».

Pour changer la donne, les maires annoncent une deuxième phase de la campagne, une qui demande des ressources plus conséquentes dans non seulement la réaction face aux crises, mais à des suivis continus pour assurer le rétablissement complet des personnes affectées.

« La prochaine étape doit être axée sur le rétablissement, en investissant dans l’ensemble du continuum de soins, depuis le logement et les soutiens communautaires jusqu’au traitement, à la réadaptation et, au besoin, à l’intervention empreinte de compassion », relate le maire.

Les maires des grandes villes se sont réunis dimanche pour faire le point sur la campagne Solve the Crisis, une initiative pour gérer la crise d’itinérance, de santé mentale, et de dépendance dans leurs municipalités. Photo : la Ville du Grand Sudbury

Une approche différente requise

Réseau Access Network soutient que le gouvernement doit revoir ses méthodes en se montrant à l’écoute du personnel du terrain et en s’appuyant sur l’expertise, les recherches, et les données du terrain des intervenants de première ligne, insiste son directeur, qui salue tout de même l’appel à l’action du maire Lefebvre.

La gestionnaire en finance de l’organisme encourage également le gouvernement à investir dans le personnel de première ligne afin que les organismes locaux puissent soutenir les personnes en situation d’itinérance et de dépendance. « Ça ne peut pas toujours être des personnes assises derrière un bureau au centre-ville, au conseil, au gouvernement, dit-elle, il faut avoir des professionnels, les payer afin qu’ils soient capables d’avoir les meilleures ressources possibles », dit Mme Jollineau.

Elle estime que, malgré les investissements provinciaux et fédéraux, la priorité doit être de consulter les agents communautaires directement impliqués dans la gestion des crises d’itinérance, de santé mentale, et de dépendances. «  Si ces professionnels-là ne sont pas en place, on peut donner tout l’argent du monde, ça ne fonctionnera pas  ».