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Cinq enjeux pour les francophones du Nord-Ouest

Crédit image: Maxime Delaquis

THUNDER BAY – Un peu moins de 8 000 francophones vivent dans le Nord-Ouest de l’Ontario. Leur poids démographique est là plus faible que dans toutes les autres régions de la province. Pour prendre leur place, les francophones doivent faire preuve d’ingéniosité et trouver des solutions aux problèmes bien particuliers qui se présentent à eux. La directrice de l’Association des francophones du Nord-Ouest de l’Ontario (AFNOO), Élodie Grunerud, partage cinq enjeux pour les Franco-Ontariens de sa région.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Rien en français au post-secondaire

Le Nord-Ouest compte 13 écoles francophones de niveau élémentaire et secondaire. Mais un francophone qui veut ensuite suivre des cours en français au collège et à l’université frappe un mur. «Le Nord-Ouest est la seule région qui n’a pas d’éducation post-secondaire en français», s’attriste Elodie Grunerud.

Elle caresse l’espoir que le projet d’Université de l’Ontario français viendra combler le vide. «Mais il est essentiel d’ouvrir des satellites et pas seulement se contenter d’un campus à Toronto. Il faut une stratégie de régionalisation en éducation, aussi. Actuellement, les jeunes qui veulent étudier en français quittent tout simplement», souligne-t-elle. «Et ceux qui se tournent vers Lakehead University perdent bien souvent leur français pendant leurs études», ajoute Mme Grunerud.

Élodie Grunerud, DG de l’AFNOO. Crédit image: Maxime Delaquis

Une force vive inutilisée

Outre les centaines d’élèves qui fréquentent des écoles francophones, il y a également de très nombreux étudiants dans les programmes d’immersion des écoles anglophones. «Tout ce beau monde peut parler français, mais quand vient le temps d’utiliser cette force vive, il n’y a rien», explique Elodie Grunerud.

Elle s’attriste qu’actuellement de nombreux jeunes francophiles issus des programmes d’immersion perdent leur français, une fois la fin de leurs études.

La directrice de l’AFNOO affirme que les besoins en main-d’œuvre bilingue sont pourtant très importants à Thunder Bay et que plusieurs dizaines de postes demeurent inoccupés ou encore doivent être comblés par des anglophones. Elle propose deux solutions. «Quand nous aurons des programmes en français, il faudra s’assurer qu’ils répondent au besoin du marché de l’emploi. Dès maintenant, il faut aussi s’assurer de mieux faire connaître les opportunités d’emplois auprès des gens bilingues», suggère-t-elle.

 

Une vitalité francophone liée à l’économie

La francophonie du Nord-Ouest s’est grandement bâtie avec l’arrivée de vagues de travailleurs d’expression française au cours du dernier siècle. Mais si les francophones déménagent dans le Nord-Ouest au gré des emplois dans les mines et la foresterie, plusieurs quittent aussi la région quand l’économie ralentit. «La vitalité de nos institutions francophones dépend de l’économie locale», insiste Élodie Grunerud. Elle cite le cas de la communauté de Nakina, située dans la municipalité de Greenstone. Là-bas, l’épicerie locale a fermé ses portes, tout comme le club francophone. L’école demeure, mais la communauté francophone traverse une période difficile, dit-elle. «Quand la communauté francophone augmente, des groupes se créent. Lorsque les emplois disparaissent, les francophones aussi, les bénévoles manquent pour faire rouler les groupes», s’attriste-t-elle.

 

L’importance de l’immigration : «Le Nord-Ouest est l’Eldorado des immigrants»

Comme ailleurs, le Nord-Ouest n’atteint pas la cible de 5% d’immigrants francophones établis par la province. «Pourtant, on ne peut pas passer à côté: pour continuer d’exister dans la région, il faut conserver notre poids démographique», insiste Élodie Grunerud. «Il faut continuer à réfléchir pour développer une stratégie régionale: comment on fait pour vendre le Nord? Car le Nord-Ouest est pourtant l’eldorado des immigrants en terme de qualité de vie et d’opportunités d’emplois. Il y a moins de compétitions et une bonne qualité de vie», fait valoir Élodie Grunerud. Son organisme n’est pas regardant, dit-elle, affirmant que les Franco-Ontariens, les Québécois et les immigrants francophones étrangers sont tous les bienvenus. «Il y a de la place pour tout le monde!», lance-t-elle.

Une immense région

Difficile de créer de la cohésion dans une communauté francophone de petite taille qui s’étend sur un immense territoire. Thunder Bay doit être encore davantage accueillante pour les francophones, selon l’AFNOO. «On veut que Thunder Bay soit la porte d’entrée des francophones du Nord-Ouest. Quand les francophones de toute la région ont besoin de services en français dans un peu toutes les sphères, ils peuvent être sûrs d’en recevoir ici», explique Mme Grunerud. L’AFNOO insiste cependant sur le travail fait dans tout le Nord-Ouest pour soutenir les groupes francophones dans chacune des communautés. «La communauté du Nord-Ouest est très vibrante pour le nombre de personnes qu’on a. Mais stratégiquement, il faut absolument travailler ensemble même si on est éloigné», dit-elle.  «Nous voulons être un facilitateur et faisons circuler les bonnes idées dans tout notre réseau», ajoute-t-elle.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.