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Confinement en Ontario : « Restez chez vous » et confusion

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Les restrictions se poursuivent en Ontario. Ton grave, gorge serrée, Doug Ford a donné de l’ampleur aux nouvelles mesures formulées mardi dernier. D’autant que l’instauration de cet état d’urgence – le second après celui du 17 mars 2020 – se voulait un électrochoc contre la hausse persistante du nombre de cas de COVID-19 sur le territoire.

Derrière l’importance des mots, force est d’admettre que le premier ministre ontarien n’a pas convaincu tout le monde. Car dans le contenu, les nouvelles mesures en place restent floues.

Le gouvernement ordonne aux Ontariens de rester à la maison, et de limiter les déplacements à l’essentiel, sans pour autant mettre en place le cadre rigide d’un couvre-feu comme l’avait fait le Québec, la semaine dernière.

Plus incompréhensible encore selon des virologues et l’opposition politique : les commerces de détail restent ouverts, certes avec des horaires plus encadrés, tandis que les rassemblements à l’extérieur sont autorisés avec un maximum de cinq personnes, et même jusqu’à dix en intérieur pour les mariages.

Il s’en dégage l’impression que le premier ministre a voulu ménager la chèvre et le chou, soucieux de ne pas affaiblir davantage les forces économiques, tout en se refusant à l’option d’un couvre-feu où la « police vous pourchasse dans les rues ».

Paradoxalement, le « stay-at-home » répété par Doug Ford en conférence de presse avec une dramaturgie inhabituelle, aura beaucoup moins d’impact sur le quotidien des 14,5 millions d’Ontariens que la prolongation de la fermeture d’écoles désormais effective jusqu’au 10 février dans la région Toronto, York, Peel, Hamilton et Windsor-Essex.

Comparaison avec l’Europe 

L’Ontario peut-il sortir de l’ornière ? La barre des 100 décès pour une journée a été atteinte ce vendredi, alors que le nombre de nouveaux cas quotidiens semble se stabiliser dans une fourchette de 3 000 à 4 000.

Depuis le 1er janvier jusqu’à jeudi, l’Ontario avait enregistré 46 710 nouveaux cas de COVID-19. Un chiffre certes plus élevé que le Québec (34 186). En revanche, si l’on se fie à sa population, l’Ontario reste dans des eaux très semblables à certains pays européens, comme la France (228 799 cas depuis le 1er janvier pour 67 millions d’habitants), l’Italie (229 113 cas et 60 millions d’habitants), et même l’Allemagne (254 715 cas pour 83 millions d’habitants).

En tenant compte certes des différences démographiques et politiques de ces pays, il semble que des mesures plus restrictives y soient en place. En France, le couvre-feu est dorénavant généralisé partout sur le territoire à 18h, l’Italie limite les déplacements entre ses différentes régions, tandis que l’Allemagne, laquelle privilégie pour l’instant la fermeture des écoles et de tous les lieux non essentiels, envisage de durcir encore ses règles.

Plus de restrictions, exigent certains 

Face à l’augmentation du nombre de cas et de décès, beaucoup de voix en Ontario demandent au gouvernement Ford d’aller plus loin qu’un ordre de rester à domicile. Les syndicats d’enseignants ontariens veulent par exemple la fermeture de toutes les écoles. Sur l’angle des conditions au travail, les demandes de congés de maladie payés pour les travailleurs essentiels se font de plus en plus fortes, de même la généralisation des tests rapides dans les usines.

En se cantonnant au « stay-at-home », Doug Ford a envoyé un message fort, mais jugé insuffisant par beaucoup. Dans ces conditions, la campagne de vaccination débutante pourrait être finalement et tout simplement le meilleur rempart contre la propagation de l’épidémie.  

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 16 janvier.  

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