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Congé scolaire : « Il faut que le gouvernement se décide », lance la présidente de l’AEFO

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens dresse les incohérences en éducation, en Ontario, en 2020, et s’attend à de dures batailles en 2021.

LE CONTEXTE :

Nouveaux modes d’enseignement, sécurité du personnel et des élèves, effectifs par classe, systèmes de ventilation… Les enseignants ont évolué dans un contexte instable à cause de la pandémie, responsable de plus de 7 000 contaminations en milieu scolaire.

L’ENJEU :

Épuisés, les enseignants doivent maintenant récupérer un maximum de forces durant le congé d’hiver avant la reprise en janvier. Une des solutions pourrait être de prolonger ce congé en janvier, une piste qui revient sur la table, après avoir été écartée un temps par le ministre de l’Éducation.

« Comment se sentent les enseignants en cette fin de première partie d’année scolaire  ?

C’est une fatigue accumulée, compte tenu de tout ce qu’ils ont vécu depuis la rentrée scolaire. Ils sont en grande partie en mode survie, en autopilote. On fait tout ce qu’on peut mais, à un moment donné, il y a des limites.

Pour quelles raisons ?

On n’a pas laissé la flexibilité aux enseignant d’ajuster les programmes. On a suivi une ligne droite sans vraiment écouter leur jugement professionnel. C’est très éprouvant. On va tous profiter du congé pour refaire le plein et être capables d’affronter le retour en classe en janvier.

Le gouvernement a-t-il sous-estimé ce risque d’épuisement ?

Vous savez, on travaille avec un gouvernement qui ne consulte pas beaucoup, qui n’écoute pas beaucoup et qui a son idée faite à l’avance. Ce défi va se poursuivre après le retour de congé. Il va falloir ajuster le tir quelque part pour ne pas aggraver la situation.

Avez-vous ressenti un effort des employeurs pour amortir cet impact sur les enseignants  ?

Les employeurs sont allés avec la lettre du ministère au lieu d’ajuster, mais ils ont une flexibilité. Même si elle n’est pas entière, car ils ont dû naviguer à l’intérieur des directives du ministère et de la santé publique, ils auraient dû mieux prendre le temps d’étudier ce que leur demande le ministère et écouter des gens impliqués sur le terrain.

Plus d’un millier de membres du personnel scolaire ont contracté la COVID-19. Comment réagissez-vous à cela ?

C’est malheureux, car ça touche la communauté au complet. Le plan de réouverture des écoles était carrément inadéquat à plus d’un niveau. Si on a le meilleur plan, pourquoi y a-t-il tous ces cas ? Il n’y a pas eu de vraie distanciation, même s’il y des plexiglas et de l’équipement de protection. Il y a aussi la ventilation : ouvrir les fenêtres en hiver n’est plus une solution.

Le gouvernement a pourtant investi dans la ventilation. Cet aspect n’est-il pas réglé ?

Non, ce n’est pas réglé du tout. Certains employeurs ont posé des gestes et fait des rénovations. Mais on sait qu’il y a encore des problèmes un peu partout en province et que les ressources financières nécessaires n’ont pas été reçues pour faire tous les changements.

Aurait-on dû fermer les écoles dans toutes les régions reconfinées, comme l’a fait le Bureau de santé publique de Windsor-Essex ?

Là où la situation le justifie, on ne s’y serait pas opposé, car il y a un danger réel. On attend que le gouvernement se fie vraiment aux experts quand il a des décisions de ce type à prendre. Ça a été soulevé dans le rapport de la vérificatrice générale : il y aurait eu des instances où il n’a pas écouté les recommandations. Le gouvernement a le devoir de protéger ses citoyens.

Les tests asymptomatiques devraient-ils être généralisés dans les écoles ?

Dans les écoles francophones, il n’y en a pas eu beaucoup, car la situation était différente suivant les régions. Mais c’est important d’en faire, car on comprend davantage comment fonctionne ce virus. Il faut investir des ressources financières et humaines pour prévenir au maximum, et éviter de guérir par la suite, ce qui s’avère plus coûteux.

Êtes-vous favorable à l’allongement du congé d’hiver, en janvier ?

S’il y a des données probantes fondées sur la santé et la sécurité, c’est mieux de le faire. Le ministre a dit non à un moment donné, mais la porte a été rouverte. S’il fait quelque chose, il faut que le gouvernement se décide bientôt, car les familles doivent s’organiser après les fêtes.

Estimez-vous avoir accès en toute transparence à ces données de santé publique ?

Non. Il est très rare que le gouvernement partage des choses avec nous. On l’apprend souvent avec tout le monde, dans les points presse.

Les enseignants devraient-ils être sur la liste prioritaire des bénéficiaires du vaccin  ?

Je pense que oui. Ce serait important que le personnel scolaire fasse partie de la liste prioritaire. Compte tenu des lacunes qu’il y a dans le système, il faut donner d’autres outils pour protéger nos membres. »

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