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Stopper le déclin du français

Contrer le déclin du français en Ontario, une première réflexion

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Organisée sur le campus de l’Université d’Ottawa et animée par Joël Beddows, une table ronde a réuni ce lundi plusieurs experts afin d’émettre des pistes de recherches pour contrer le déclin du français dans la province. Faisant suite aux résultats du recensement 2021 dévoilés en août dernier et face à la baisse du nombre de francophones en Ontario, les panélistes ont soumis plusieurs idées ouvrant le champ des possibles.

Durant cette table ronde, Éric Caron-Malenfant, directeur adjoint du Centre de démographie de Statistique Canada, a évoqué les raisons du déclin. Bien que celles-ci soient multiples, l’expert est d’avis que les prochaines données recensées sur l’immigration par Statistique Canada et prévues en octobre 2022 donneront plus de visibilité sur ce déclin.

Les facteurs de diminution, à ce jour, seraient liés au nombre de naissances : les francophones ne feraient pas assez d’enfants. Il est aussi question d’un échec de la transmission de la langue, incomplète, voire inexistante. L’expert appuie également le fait que la population francophone est plus âgée et donc on observerait, via le décès de ces personnes, la perte de francophones dans la province.

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Éric Caron-Malenfant, directeur adjoint du Centre de démographie de Statistique Canada. Crédit image : Lila Mouch

Geneviève Tellier, professeure titulaire en Études politiques à l’Université d’Ottawa, s’est interrogée sur le consensus au sein de la communauté et la nécessité du soutien de la population. Elle met en garde face à l’urgence d’intervenir, de ne pas opposer des groupes de gens.

« Il faut penser long terme et nous avons un devoir de surveillance. » Pour Mme Tellier, la mise en œuvre, c’est le « talon d’Achille ». Il faut des avis et des rappels à l’ordre de la communauté comme nous l’avons constaté au travers des mouvements Monfort ou du jeudi noir. « Il faut des avancées en gouvernance fédérale », ajoute-t-elle.

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Geneviève Tellier, politologue et professeure à L’Université d’Ottawa. Crédit image : Lila Mouch

Pour la politologue, il y a des points positifs : « Revisiter la Loi sur les langues officielles périodiquement est un gros acquis. » De plus, selon elle, l’éducation en français est un des bons moyens de régler le problème, « c’est un aspect fondamental ».

L’immigration comme solution

Alain Dupuis, directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), propose quant à lui des pistes d’études vers de nouvelles cibles en immigration.

« Les études le démontrent, nous bénéficions moins de l’immigration que la majorité canadienne, en raison des cibles du gouvernement fédéral qui n’ont jamais été atteintes », explique M. Dupuis.

Une tendance démographique qu’il qualifie d’inquiétante, et ce, depuis l’adoption de la Loi sur les langues officielles. « Cela va se poursuivre si on ne fait rien », alerte-t-il.

M. Dupuis rappelle que c’est en 2003 que la première stratégie et donc première cible à atteindre avait été annoncé, soit celle de 4,4 %.

« Cette première cible aurait dû être atteinte dans les cinq premières années et depuis nous ne l’avons toujours pas atteinte », objecte-t-il.

« En 2009, nous avons repoussé de 15 ans l’objectif », poursuit-il, « mais nous avons accumulé un retard important, cette cible n’est plus la bonne ».

L’écart se creuse année après année et selon les chiffres obtenus par le commissaire aux langues officielles, si la cible de 4,4 % avait été atteinte, ce sont 76 000 francophones de plus que nous aurions accueillis.

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Alain Dupuis, directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada. Crédit image : Lila Mouch

L’expert indique que la FCFA essaye de réfléchir à cette cible afin de « renverser la vapeur ».

Si on veut croître, il faut des cibles ambitieuses. « On propose à partir de 2024 d’adopter une cible de 12 % en immigration francophone et de la faire évoluer tous les trois ans. »

En plus d’augmenter cette cible, Alain Dupuis insiste sur le fait qu’il faille se doter d’un programme en politique d’immigration. Celle-ci devrait être sur mesure. Il propose pour cela : un volet francophone avec des quotas.

« Il faut lever les barrières pour les étudiants internationaux », poursuit-il, « il faut retenir ces gens ».

Enfin, il ajoute : « Il nous faut une capacité accrue pour traiter les demandes. Le bureau de Dakar traite 16 pays en Afrique subsaharienne, c’est absurde. »

Capacité d’accueil et d’inclusion

« Il faut mobiliser les employeurs qui ont un pouvoir de rétention », réaffirme Alain Dupuis.

Luisa Veronis, professeure, titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes, à l’Université d’Ottawa, rappelle que l’objectif est différent pour les personnes francophones qui viennent s’installer ici.

« Beaucoup ne parlent pas anglais et viennent avec l’idée qu’ils pourront vivre complètement en français, or ce n’est pas le cas. »

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Luisa Veronis, titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes, à l’Université d’Ottawa. Crédit image : Lila Mouch

Les défis se multiplient et pour Mme Veronis, c’est inévitable de mettre en place une immigration séparée.

« Sur le terrain, les expériences varient et les francophones n’ont pas les mêmes besoins », explique l’experte en immigration.

Les profils à succès comme les étudiants internationaux pourraient bénéficier d’un coup de pouce.

« Pourquoi ne pas retirer les frais de scolarité internationaux des gens qui viennent du Congo ou du Rwanda », suggère-t-elle, « sinon, leur offrir la résidence permanente après leur première année de scolarité ».

« Il faut miser sur les services, faire du jumelage à distance, appuyer l’immersion en français, il faut briser le tabou derrière le français et offrir des programmes récréatifs en français. »

Pour les panélistes, il est nécessaire d’agir. L’idée est d’inclure le français dans la vie de tous les jours et de construire un projet de société ensemble.

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