Face au déclin du français, l’Acadie doit-elle prendre le contrôle de ses institutions?
Du déclin démographique à l’anglicisation de milieux historiquement francophones, la société acadienne fait face à une nouvelle vague de défis depuis quelques années. Face à ces enjeux, est-il temps pour l’Acadie de prendre le contrôle d’un plus grand nombre d’institutions? C’est du moins l’idée mise de l’avant par plusieurs acteurs de la communauté acadienne.
À l’instar de ce qui s’est fait en Ontario, les États généraux de l’Acadie se sont déroulés en juin sur une période d’une semaine, un événement qui a lieu tous les 10 ans. Cette année, le thème de l’autonomie institutionnelle est ressorti avec force de cette rencontre réunissant les organisations de la société acadienne, notamment au Nouveau-Brunswick.
Mise de l’avant par un groupe de réflexion dont fait partie le sociologue Joseph Yvon Thériault, l’autonomie institutionnelle est plus « une visée qu’un projet immédiat », explique ce dernier, précisant qu’il n’y a pas actuellement de proposition précise pour définir ce terme.
« Est-ce qu’on veut une dualité au sein du gouvernement, une province acadienne ou simplement une régionalisation? », s’interroge-t-il.
« L’autonomie institutionnelle veut simplement dire avoir plus d’institutions dédiées à l’Acadie pour sa propre gouverne, en sachant très bien qu’il n’y aura jamais, en Acadie comme dans toute société, une autonomie complète », renchérit le sociologue.
En ce moment au Nouveau-Brunswick, une dualité existe déjà dans des domaines comme la santé et l’éducation, où coexistent des volets francophones et anglophones. Une récente réforme municipale a notamment regroupé de nombreuses municipalités au sein de l’Association des municipalités francophones du Nouveau-Brunswick (AMFNB), couvrant presque toutes les régions du Nord et de l’Est où sont situés majoritairement les francophones.
« Or, est-ce que cela pourrait aller plus loin? », lance Joseph Yvon Thériault.
« Aujourd’hui, des gens se demandent : est-ce qu’on veut continuer dans cette voie, ou veut-on aller vers une décentralisation pour avoir des autonomies municipales plus fortes, étant donné que les Acadiens sont regroupés dans des régions spécifiques? Ce sont des questions qui s’inscrivent dans la suite de ce qui existe déjà. »
Un rapport attendu en septembre
Un rapport est attendu par la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) en septembre pour résumer les propositions avancées par les organisations et acteurs de la communauté acadienne.
« C’est ce qui va établir notre feuille de route. C’est ce qui va nous dire sur quel clou on doit aller cogner dessus, en quelque sorte », résume le président de la SANB, Gérald Arseneault.
« Chaque État général arrive avec quelque chose. Deux États généraux avant, c’était le statut de l’artiste. On vient d’avoir dans les dernières années le vrai statut de l’artiste qui a été voté au gouvernement, mais ça a pris 20 ans », rappelle celui qui est entré en poste en juin dernier.

Mais celui-ci soutient que l’idée d’aller vers une plus grande autonomie institutionnelle pour la communauté acadienne fait son chemin, y voyant une façon d’obtenir un meilleur contrôle dans des domaines clés au profit du développement de la francophonie.
« Si je prends l’éducation comme exemple, est-ce que ça serait de contrôler le curriculum qui est enseigné, combien y aurait-il d’enseignants, etc.? Tu contrôles l’institution, donc si on veut qu’il y ait plus d’histoire acadienne à enseigner, c’est nous autres qui décidons et on n’a pas besoin d’aller cogner à 40 portes au gouvernement », mentionne Gérald Arseneault.
« Mais est-ce qu’on va se rendre là? Est-ce que les gens sont prêts à aller jusque-là? C’est ça qu’il faut évaluer là-dedans », renchérit le président de la SANB.
À l’instar d’autres provinces canadiennes, le Nouveau-Brunswick fait face à un déclin démographique dans ses régions francophones. Selon les données du recensement de 2021, 30,7 % de la population indiquait avoir le français comme première langue. Bien qu’il s’agisse d’un léger recul par rapport au taux de 32 % enregistré en 2016, cela représente la baisse la plus marquée observée entre deux recensements depuis 1991.
Joseph Yvon Thériault note qu’il existe un pessimisme au sein de la communauté acadienne, notamment quand vient le temps de confronter le défi du déclin démographique et de l’intégration des nouveaux arrivants à la communauté acadienne.
« Face à ces nouveaux défis, il faut un renouveau de la question identitaire, pour la redéfinir afin qu’elle corresponde à l’actualité », avance le sociologue.
« On veut que la SANB prenne au sérieux cette idée d’autonomie institutionnelle, poursuit-il. On veut que la société acadienne soit sérieuse, qu’elle prenne les devants et qu’elle mobilise les acteurs significatifs de la société civile pour nourrir cette idée au cours des prochaines années », complète M. Thériault.