Gérald Arseneault : des Jeux olympiques à la première de Céline Dion, jusqu’à la défense des droits des Acadiens
[LA RENCONTRE D’ONFR]
Élu à la présidence de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) en juin dernier, Gérald Arseneault est désormais à la tête de l’organisme porte-parole de la francophonie dans la seule province officiellement bilingue au pays. Sa longue feuille de route dans les domaines associatif et scolaire a probablement favorisé son élection par acclamation à la présidence de la SANB pour un mandat de deux ans. Humoriste et arbitre international de badminton, cet homme dans la soixantaine a plus d’une corde à son arc acadien. Rencontre.
Depuis un peu plus d’un mois, vous êtes le nouveau président de la SANB. Pourquoi avoir décidé de vous présenter?
J’ai toujours été très impliqué dans le monde associatif. Puis quand j’ai commencé à travailler avec d’autres associations, tu vois que la SANB, c’est vraiment l’association qui est là, qui réveille, qui brasse la cage et qui travaille pour les gens de toute la province. Ça m’a apporté tranquillement vers ça (la présidence). Puis je sentais que je pouvais encore donner, je ne manque pas d’énergie.
Je suis content que les gens m’aient fait confiance. Je prends ça avec une grande humilité, parce que je pense que la présidence de la SANB, c’est un poste important pour les Acadiens du Nouveau-Brunswick.
Quels sont vos objectifs dans le cadre de ce mandat pour les deux prochaines années?
Il y a vraiment beaucoup d’affaires là. Il y a le suivi de jugements de la Cour suprême (Lieutenante-gouverneure et tribunaux). Bien sûr, on vient d’avoir les États généraux aussi.
J’aimerais aussi travailler sur l’élimination de ce qui est inacceptable pour une communauté qui devrait l’être pour l’autre. Ce n’est pas normal de ne pas pouvoir se faire servir à l’hôpital ou de se faire annoncer la mort d’un proche ou de toujours attendre plus longtemps au téléphone parce qu’on est francophone. Si ce n’est pas acceptable pour les anglophones, alors pourquoi est-ce qu’on doit l’accepter?
Parlez-nous un peu de votre parcours.
Je suis originaire de Kedgwick, dans le nord du Nouveau-Brunswick. J’ai eu un bac en éducation physique de l’Université de Moncton et j’ai enseigné l’éducation physique dans deux districts scolaires différents. J’ai commencé dans le secteur anglophone en immersion, dans la région de Quispamsis, qui est tout près de Saint-Jean, et j’ai changé plus tard du côté francophone. Et puis après ça en 2019, j’ai eu le poste de président de l’Association des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick pour un mandat de deux ans, en plein pendant la pandémie.
Après ça, j’ai fait un passage au Centre communautaire Sainte-Anne. J’ai fait ça pendant 6 mois à la direction générale et après ça l’avenir m’a amené à déménager à Petit-Rocher avec ma conjointe.
Vous êtes aussi reconnu pour votre parcours dans le monde du badminton?
Oui, je suis un arbitre international de badminton. J’ai participé à deux Jeux olympiques : Rio de Janeiro et Tokyo. J’ai fait tous les championnats du monde qui existent en badminton dans ma carrière, dont quatre fois la finale mondiale.
Ça m’a permis de voyager un peu partout sur la planète avec ça. Ça m’a amené quatre ou cinq fois en Chine, en Inde, en Indonésie, en Amérique du Sud je ne sais pas combien de fois, à arbitrer du badminton.
Et quand tu arrives à 55 ans, ils te donnent une tape sur l’épaule, puis une belle plaque, puis merci beaucoup pour ta contribution. Ça ne pourrait pas arriver au Canada, disons, avec les lois.
Vous pourriez donc être, à votre âge, juge à la Cour suprême du Canada ou président des États-Unis, mais vous ne pouvez pas être arbitre de badminton aux Jeux olympiques?
Exact (rires). On voit que les critères sont différents un peu partout. Mais je trouve que quand je me suis retiré, j’étais le meilleur arbitre de ma carrière d’arbitre. C’est correct, je l’accepte.

Vous êtes aussi humoriste depuis plus de 30 ans, dans le duo Ensemble vide, avec Éric Thériault. D’où est partie cette carrière?
En 1992, on a gagné le gala Les auditions Juste pour rire. On a fait des spectacles au Nouveau-Brunswick durant notre carrière, souvent des premières parties d’humoristes qui venaient ici. Mais on a aussi fait une tournée en Ontario, on a été dans l’Ouest jusqu’à Winnipeg, puis on est allés dans l’Est jusqu’à Terre-Neuve à travers les années. On a aussi déjà fait la première partie de Céline Dion…
Attendez, je dois vous arrêter : vous avez déjà fait la première partie de Céline Dion!?
Je ne sais pas si c’est bon pour la SANB (rires), mais c’est autour de 1992. Céline Dion fait un spectacle à Edmundston, au Nouveau-Brunswick. C’est dans un champ de balles (de golf) dehors, avec une scène au fond.
C’est rempli et le monde arrive vers 14 h, alors que le spectacle de Céline est à 20 h. C’est encore loin et il faisait chaud, alors le monde bouillonnait. Donc, je dis aux organisateurs : « Hé, on peut embarquer avant, nous autres? »
Ils nous disent : « Tout ce qui passe sur la scène avant doit être approuvé par René Angélil. »
Vous êtes allés voir René Angélil pour jouer en première partie de Céline Dion?
Oui. Il y avait une conférence de presse, alors je suis allé lui demander avant. Longue histoire courte là, je finis par y parler, puis là il dit : « OK, mais tu ne peux pas toucher au micro à Céline, tu sais. » Je dis oui oui, mais j’ai pensé à moi-même : « Ben oui, je suis sur le stage, tu viendras me l’enlever! »
Donc, on réussit, on embarque sur le stage, on commence, puis on fait un 30 minutes avant Céline Dion.
René Angélil était juste là en coulisses. Je me rappelle, je le vois juste à côté derrière, juste là. Puis il regardait ça. Et le monde présent, il voulait avoir Céline! Puis nous autres là, on a fait rire ce monde-là et tu as senti la tension qui est descendue. Puis à partir de ce moment-là, quand Céline faisait des tournées ou même à Las Vegas, qu’est-ce qui ouvrait pour Céline? Un humoriste.
Ils vous ont donné un cachet pour avoir joué en première de Céline Dion?
Un 2 litres de Pepsi puis une 12 pouces de Pizza Delight! Même pas un album de Céline, zéro (rires)! Ce n’était pas prévu le matin, mais on a eu une belle histoire.
Vous avez même fait croire au public pendant ce numéro que Roch Voisine était présent?
Oui, et il faut comprendre qu’il était 19 h, que les gens entraient et qu’il y avait énormément de monde.
Donc, j’embarque sur la scène, puis là je dis : « La Foire brayonne d’Edmundston a vraiment mis le paquet cette année, on a un invité spécial pour vous. Il n’était peut-être pas censé être ici, mais ça fait longtemps qu’on veut l’avoir. Je vous demande d’accueillir chaleureusement notre petit gars de la place, Roch Voisine! »
Puis ça, c’est mon partenaire qui embarque avec une perruque tout croche et un petit ukulélé. Mais là, le monde au fond, ils ne nous voient pas là-bas sur scène, ils entendent juste ça! Et là ça court, ça court pour rentrer! Oh qu’on a eu du plaisir avec ça.

Votre duo d’humour au Nouveau-Brunswick, vous a-t-il déjà aidé ou encore…?
Embarquer sur l’estrade tout de suite puis rire des politiciens avec lesquels je dois dealer après, c’est pas facile (rires)… Mais ils le savent ça fait depuis 1989 qu’on fait de l’humour au Nouveau-Brunswick.
Parlez-nous de votre expérience aux Jeux olympiques.
Si tu prends Rio de Janeiro et Tokyo, c’est comme le jour et la nuit. Tokyo, tu arrivais là, c’était la pandémie. Tu ne pouvais rien faire : tu partais de ta chambre, tu allais au gymnase et vice-versa. C’était vraiment les tests COVID tous les jours, c’était quelque chose!
Mais à Rio, c’était beaucoup différent. J’ai été voir d’autres sports toutes les fois que j’avais du temps libre. On se dépêchait pour aller voir d’autres sports. Ça, c’était vraiment le fun.
Cette entrevue étant publiée le 15 août, dites-nous à quoi va ressembler votre journée et quelle signification a pour vous la Fête nationale de l’Acadie?
Le 15 août, c’est dire : « On est encore là, on est encore vivants! Entendez-nous, oubliez-nous pas parce qu’on est là! » C’est cette manifestation de présence acadienne sur le territoire, le Tintamarre.
Mon 15 août commence vraiment la veille avec une rencontre avec la commissaire aux langues officielles. Ensuite le lendemain, un dîner au consulat de France en Acadie. Et après ça, la célébration a lieu le soir avec l’événement télévisé à Dieppe. Il va y avoir un gros 15 août à Caraquet, puis à Tracadie, Petit-Rocher, etc. La Péninsule va être illuminée! Le 15 août, c’est se rappeler de qui on est puis le partager, pas avoir peur de le dire. Souligner avec joie la présence acadienne sur le territoire.
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LES DATES CLÉS DE GÉRALD ARSENEAULT
- 1965 : Naissance à Kedgwick
- 1992 : Remporte les Auditions nationales Juste pour rire avec son duo Ensemble vide
- 2016 : Premiers Jeux olympiques comme arbitre de badminton à Rio de Janeiro
- 2019 : Élu président de l’Association des enseignantes et des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick
- 2026 : Entrée en poste en juin à titre de président de la SANB
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.