Vincent Klassen voit la culture comme un outil essentiel pour préserver la langue française et l'identité francophone. Photo : Amine Harmach/ONFR
Rencontres

Vincent Klassen : des rouages politiques à la défense de la culture francophone

Vincent Klassen voit la culture comme un outil essentiel pour préserver la langue française et l'identité francophone. Photo : Amine Harmach/ONFR

Entré en poste le 15 juin, le directeur général de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Vincent Klassen, entame son mandat avec une conviction : la culture est au cœur de l’avenir de la francophonie canadienne. Fort d’un parcours dans la fonction publique, la diplomatie et d’un engagement personnel envers la langue française, il livre sa vision d’une francophonie en pleine transformation.

«  Cela fait quelques jours que vous êtes en poste et vous avez déjà ajouté votre touche à votre bureau. Que représente pour vous cette ceinture fléchée exposée?

Cette ceinture fléchée est un très beau symbole de la francophonie canadienne, parce qu’elle témoigne aussi du métissage des cultures. Ces ceintures sont issues à la fois du patrimoine québécois et autochtone. Elles sont également le symbole par excellence des nations métisses.

Pour moi, elle représente l’attachement de mes ancêtres, de mes grands-parents, à leur identité, qu’ils ont réussi à transmettre à leurs enfants. Mes grands-parents ont élevé cinq enfants en Alberta. Certains sont ensuite retournés au Québec, mais cette transmission est demeurée.

La ceinture est un patrimoine matériel, mais derrière elle se trouve tout un patrimoine immatériel : ce que l’on porte en soi et ce que l’on transmet à ses enfants.

Je me sens héritier de l’engagement de mes grands-parents, arrivés à Calgary à une époque où les autorités québécoises encourageaient les familles à s’établir dans l’Ouest. Ils ont rapidement été entourés d’une immigration majoritairement non francophone et ont dû affirmer leur identité dans un contexte très minoritaire. Pour moi, c’est cette question de la transmission qui est essentielle.

Vincent Klassen voit dans la ceinture fléchée un héritage commun des traditions québécoises et autochtones. Photo : Amine Harmach/ONFR

On remarque aussi, derrière vous, un trophée. Pouvez-vous nous raconter son histoire?

Ce trophée fait partie de mon histoire personnelle. Je l’ai reçu à l’école primaire pour une récitation de poésie française, alors que j’avais neuf ans. J’étais dans une école d’immersion, puisqu’il n’y avait pas encore d’école francophone à l’époque. C’est un souvenir très fort de cette transmission culturelle.

Ma mère a poursuivi cet engagement en devenant professeure de français à Calgary. Elle a enseigné la langue et la culture françaises à des milliers de jeunes en Alberta.

Aujourd’hui, cela fait directement écho au travail de la FCCF. L’un de nos programmes phares consiste justement à amener la culture dans les écoles francophones et les écoles d’immersion partout au pays.

J’ai toujours porté cet engagement de différentes façons dans ma vie. Je suis très enthousiaste de pouvoir aujourd’hui porter cette mission, particulièrement sur le plan culturel. Avec le temps, j’ai compris que la culture donne un sens à notre identité et à notre parcours. Pour moi, la culture est l’oxygène de notre civilisation.

Vous avez fait de la diplomatie et occupé des fonctions décisionnelles en politique. Comment cette expérience vous outille-t-elle pour mener à bien votre mission actuelle?

Ce que j’apporte à la FCCF, c’est une expérience du milieu politique, de la diplomatie, mais surtout des appareils décisionnels des ministères.

Une organisation comme la FCCF doit expliquer clairement en quoi les intérêts des communautés francophones, qui demeurent fragiles, rejoignent l’intérêt national, les priorités du gouvernement et les obligations découlant de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, qui constitue une avancée majeure dans l’histoire des lois linguistiques au Canada.

Il existe déjà un dialogue solide avec les ministères et les responsables politiques, et je pense que mon parcours me permettra de contribuer à le renouveler.

Votre grand-père a participé au peuplement francophone de l’Ouest. Est-ce que, selon vous, cette histoire se poursuit aujourd’hui grâce à l’immigration francophone?

Absolument. Et je pense que c’est le beau chapitre que nous allons écrire ensemble.

Le directeur général de la FCCF appelle à préserver le vivre-ensemble face aux défis actuels. Photo : Amine Harmach/ONFR

Je parlais de l’expérience de mon grand-père au XXe siècle. Aujourd’hui, la francophonie est devenue internationale. Que ce soit à Calgary, Ottawa, Toronto, Vancouver, Sudbury ou ailleurs, des personnes venues du monde entier ont en commun la langue française et réinventent la francophonie canadienne.

Aujourd’hui, cette réalité est complètement différente, et je trouve cela très inspirant.

J’ai moi-même découvert cette richesse lorsque j’ai vécu six ans en France et représenté le Canada auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie. J’y ai côtoyé des représentants de nombreux pays qui, pour des raisons historiques différentes, partagent aujourd’hui la langue française et certaines valeurs communes.

Notre mission consiste à construire un espace culturel francophone distinct de l’espace anglo-américain.

Pour le Canada, c’est une richesse extraordinaire de pouvoir réinventer la francophonie grâce à toutes ces influences venues du monde entier.

Cette diversité apporte aussi certains défis?

Oui, bien sûr. Lorsque des cultures se rencontrent, elles doivent apprendre à se connaître et à s’apprivoiser.

À la FCCF, nous avons un programme de médiation culturelle qui crée des ponts entre les nouveaux arrivants et les communautés déjà établies.

Du côté de mon père, j’ai des origines germanophones. Mes ancêtres étaient des mennonites qui ont quitté l’Ukraine pour fuir la violence avant de s’établir au Canada. Cette histoire fait partie de celle du pays : des personnes qui arrivent de partout dans le monde, quittent des zones de conflit ou d’instabilité et bâtissent une nouvelle vie ici.

Oui, cela comporte des défis, mais au fond nous sommes en train de réinventer un nouvel espace francophone. Ce n’est plus la francophonie de l’époque de mes grands-parents, et c’est aussi ce qui fait sa richesse.

Dans quel contexte financier prenez-vous vos fonctions?

Nous avons vécu des compressions budgétaires. Je pense que tout le monde est conscient que les gouvernements, tant fédéral que provinciaux, cherchent à réduire leurs dépenses.

Pour Vincent Klassen, les défis budgétaires ne remettent pas en cause la volonté de renforcer l’écosystème culturel francophone. Photo : Amine Harmach/ONFR

Cela dit, le gouvernement fédéral reconnaît deux choses importantes. D’abord, les obligations découlant de la Loi sur les langues officielles exigent des mesures positives, ce qui nécessite des ressources. Ensuite, il a réaffirmé très clairement son attachement à la culture. Ce sont les deux grands axes de notre travail.

Nous entrons aussi dans un contexte où les priorités évoluent rapidement. On parle désormais beaucoup d’intelligence artificielle. Le gouvernement vient de dévoiler une stratégie dans ce domaine. Ce sont de nouveaux chantiers qui auront des répercussions importantes pour nos communautés, notamment dans le numérique et l’intelligence artificielle.

À un moment où l’on parle de souveraineté culturelle, mais aussi de souveraineté canadienne, je pense que les gouvernements reconnaissent l’importance de maintenir un écosystème culturel fort et des communautés francophones fortes.

Concrètement, quelles sont déjà les répercussions de ces compressions sur la FCCF?

Deux programmes, qui touchent les domaines de l’éducation et du numérique – deux de nos principaux chantiers -, n’ont pas été renouvelés à court terme. Cela a eu des conséquences concrètes sur notre programmation. Nous n’avons notamment pas pu renouveler certains postes.

Vincent Klassen souhaite mettre son expérience politique au service des communautés francophones. Photo : Amine Harmach/ONFR

Nous poursuivons le dialogue avec le gouvernement du Canada afin de reprendre ce travail sur de nouveaux chantiers.

Je ne veux pas minimiser l’impact de ces compressions. L’enjeu est maintenant de consolider les acquis et de réfléchir à l’avenir de notre partenariat avec le gouvernement fédéral.

Le prochain Plan d’action sur les langues officielles sera déterminant. C’est l’instrument le plus important pour la poursuite de notre action. Mon rôle sera de travailler avec nos partenaires, notamment au ministère du Patrimoine canadien, afin que ces outils soient reconduits et permettent de soutenir pleinement l’écosystème culturel. »


1970 : Naissance à Calgary 

1988 : Entame ses études en français à l’Université d’Ottawa, amorce sa carrière dans la fonction publique comme page à la Chambre des communes

1992 : Rejoint le cabinet du premier ministre Jean Chrétien

2003 : Entame ses études en France à l’École nationale d’administration

2017 : Nommé ministre-conseiller à l’ambassade du Canada à Paris, mène les affaires politiques et culturelles, représente le Canada auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) 

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.