La municipalité de Hearst, située le long du corridor de la route 11, pourrait accueillir d'importantes retombées économiques grâce au projet minier Martison. Photo : Inès Rebei/ONFR
Société

Un nouveau projet minier d’envergure à Hearst pourrait contribuer à l’économie locale

La municipalité de Hearst, située le long du corridor de la route 11, pourrait accueillir d'importantes retombées économiques grâce au projet minier Martison. Photo : Inès Rebei/ONFR

HEARST – Avenir Minerals, une entreprise appuyée par le géant minier Agnico Eagle, amorce le projet de phosphate Martison. Mis en lumière par le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, lors du dernier sommet d’investissement, ce projet à grande échelle pourrait accroître la production intérieure de phosphate et favoriser l’économie locale.

Une nouvelle entreprise minière, Avenir Minerals, s’apprête à lancer un projet d’extraction et de transformation de phosphate à Hearst, une initiative mûrement réfléchie par la direction avant de donner le coup d’envoi.

« Durant les trois dernières années, on a fait des investissements dans plusieurs compagnies, certains étaient publics, d’autres privés. Et au bout de ça, après ces trois ans de travail, on a décidé de faire l’achat du projet à l’extérieur de Hearst », dit Paul Blatter, vice-président des opérations techniques à Avenir Minerals et directeur corporatif des minéraux critiques et stratégiques à Agnico Eagle.

Le projet en question n’est nul autre que le projet de phosphate de Martison, une mine de phosphate et une usine de transformation d’acide phosphorique située près de Hearst. Le phosphate figure parmi les minéraux critiques indispensables à la fabrication d’engrais agricoles. Alors que le Canada importe la majorité de son phosphate, principalement des États-Unis, ce projet vise à fournir une ressource extraite et transformée localement, réduisant la dépendance envers les importations étrangères.

« Dans les vingt dernières années en Amérique du Nord, la production de phosphate est en déclin continu. On n’en produit même pas au Canada », dit-il, citant le projet comme « l’opportunité de faire renaître la production qui a déjà eu lieu dans les années 1980-1990 au Canada et de reprendre le contrôle sur la sécurité alimentaire ».

Paul Blatter est le vice-président des opérations techniques à Avenir Minerals et directeur corporatif des minéraux critiques et stratégiques à Agnico Eagle. Photo : Avenir Minerals Ltd

Officialisée il y a environ sept mois, l’entreprise Avenir Minerals est actuellement dans la phase d’évaluation préliminaire du projet qui a le potentiel d’attirer des investissements majeurs. Le 15 septembre dernier, il figurait parmi les projets miniers que le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, souhaite pousser. Le coût en capital s’élève à plus de 2 milliards de dollars.

« C’est un projet de phosphate qui va nécessiter l’opération d’une mine. Pour une opération minière typique qu’on voit ailleurs au Canada, on compte approximativement 78 000 tonnes par jour. Il y a aussi la seconde transformation, faire les engrais tels quels. La seconde transformation de raffinage est pour l’instant prévue près de la route de sortie de Hearst ».

L’opération de la mine pourrait durer entre 20 et 25 ans, souligne le vice-président, ajoutant que les différents niveaux de gouvernement sont déjà impliqués dans le projet. « Ils nous proposent des programmes pour nous aider à accélérer les travaux », confie-t-il, « alors on essaie de débroussailler lesquels pourraient nous aider à avancer plus rapidement. C’est très positif. Il y a un bel entrain ».

Le Nord tire son épingle du jeu

Parmi les six entreprises mentionnées par Doug Ford, quatre étaient des projets miniers situés dans le Nord de l’Ontario, dont le projet de mine nickélifère approuvé par le gouvernement en août dernier. Pour Jean-Thomas Bernard, professeur d’économie à l’Université d’Ottawa, ceci n’est pas un hasard.

« Le gouvernement semble soulever un drapeau pour dire qu’il faudrait accélérer le développement de certains types de mines, particulièrement ce qu’on appelle les minéraux critiques, qui font partie de la nouvelle économie pour supporter principalement la transition énergétique et aussi le développement en ce qui a trait à l’internet ».

Il explique que le gouvernement a plus intérêt à prioriser des projets miniers à long terme. « Lorsqu’on regarde les mines, on ne développe pas une mine pendant deux ou trois ans. Le coût initial de développement est beaucoup trop élevé pour des projets à court terme ».

« C’est le marché qui va déterminer si c’est effectivement viable sur le plan économique ou non. L’économie peut avoir de grandes ambitions, mais en fin de compte, à un moment donné, il faut que les revenus excèdent les coûts. Sinon, on est en train d’appauvrir le Canada », reconnaît-il, soulignant toutefois l’importance de prendre ces facteurs en considération au moment de financer ces projets d’une telle envergure.

« L’Ontario est bien doté. Il a l’expertise, les entreprises », dit Jean-Thomas Bernard, professeur au Département de Science économique de l’Université d’Ottawa. Photo : gracieuseté

Par ailleurs, les gouvernements provincial et fédéral doivent s’assurer de développer les infrastructures et les services publics nécessaires — tels que le réseau routier ou l’approvisionnement électrique — pour ces projets d’envergure, tout en veillant à leurs retombées environnementales et sociales.

Le professeur souligne que le gouvernement cherche naturellement à accélérer le processus de développement minier, sachant que les retards entraînent des coûts considérables. « Mais il ne faut pas oublier les impacts environnementaux et aussi l’impact sur les communautés des Premières Nations », rappelle-t-il.

Des retombées économiques pour Hearst

Ann Parker, la présidente de la Chambre de commerce du corridor, parle d’une « importante possibilité économique pour le corridor de la route 11 ». En effet, l’opération de la mine attirera des travailleurs vers Hearst, des individus qui consommeront dans les entreprises locales.

« Le projet pourrait créer des occasions pour les entrepreneurs et les fournisseurs locaux, ouvrir des perspectives dans les métiers spécialisés et accroître les dépenses dans les commerces du corridor ». Nouvellement en collaboration avec Avenir Minerals, Mme Parker estime que ce projet aura « des retombées au-delà du secteur minier ».

D’après elle, le projet Martison donne surtout aux travailleurs de la région l’occasion de travailler dans une mine à proximité. « Il y a des personnes qui travaillent pour Agnico Eagle, mais doivent partir une semaine (vers le site minier) et ils trouvent ça difficile », affirme la présidente de la chambre de commerce, ajoutant que ce projet pourra surtout attirer une main-d’œuvre venant de l’extérieur de Hearst.