Coup d’œil sur la programmation de La Nouvelle Scène Gilles Desjardins à Ottawa
OTTAWA – Les quatre compagnies de théâtre rattachées à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins (LNSGD) ont lancé leur programmation jeudi soir, dans un événement à l’édifice du 333 rue King-Edward. Le thème général est Réimpressions, un titre dont la signification varie selon la mission du Théâtre de la Vieille 17, du Théâtre Catapulte, du Théâtre du Trillium et de Vox Théâtre. ONFR s’est entretenu avec les directeurs et directrices des quatre compagnies.
Chaque année, l’une des compagnies de LNSGD s’occupe de trouver ce qui lie les quatre programmations afin de créer une image de saison commune. C’était le mandat du Théâtre de la Vieille 17 cette année. Sa directrice artistique, Geneviève Pineault, explique la réflexion derrière le thème Réimpressions.
« Il y a cette idée d’événements, de personnes ou de rencontres qui laissent une marque, qui laissent une impression. On est qui l’on est, mais on change au fil des événements et des personnes qui laissent une empreinte sur nous. »
La Vieille 17 : engagé sans être moralisateur
Pour la Vieille 17, la saison commencera en novembre avec Le Volcan, le plus récent texte de la Franco-Ontarienne Marie-Thé Morin. Inspirée par l’éruption du Mont Saint Helens, en 1980, elle en fait une métaphore pour parler de la violence domestique. Après en avoir eu un aperçu aux Feuilles vives de Théâtre Action, Geneviève Pineault s’est empressée de lui faire une place dans sa programmation, ressentant une urgence de présenter cette nouvelle création rapidement.
L’autrice s’est inspirée des acteurs Roch Castonguay et Gabrielle Brunet Poirier pour élaborer le texte, dont elle signe aussi la mise en scène. « C’est vraiment une rencontre de ces trois artistes ensemble », apprécie Geneviève Pineault.

Un autre coup de cœur pour la directrice artistique est Nzinga, une coproduction du Centre de Théâtre d’Aujourd’hui et du Théâtre de La Sentinelle qui sera également présentée au Théâtre français de Toronto et au Théâtre du Nouvel-Ontario https://onfr.tfo.org/les-liens-souterrains-et-humains-du-theatre-du-nouvel-ontario/ (Sudbury) cette saison. Tatiana Zinga Botao y raconte sa propre histoire, alors qu’elle a découvert être la descendante d’une reine congolaise. Geneviève Pineault aime qu’on parle de colonialisme, mais pas de façon pédagogique. « On ne fait pas la leçon. »
C’est un peu le même argument pour La nuit du caribou, un spectacle jeunesse coprésenté par le Théâtre de la Vieille 17 et Vox Théâtre. « C’est une fable écologique. On apprend des choses aux enfants, mais on ne tombe pas dans la morale. »
Geneviève Pineault aime aussi l’idée d’accueillir une compagnie d’une région non urbaine, alors que le Théâtre de la Petite Marée se trouve à Bonaventure, en Gaspésie, au Québec.

Les créateurs de la région d’Ottawa-Gatineau ne sont pas en reste. Les Voyageurs immobiles et le théâtre Rouge Écarlate ont reçu un appui financier et logistique de la Vieille 17 pour créer Comme des bruissements, qui aborde le sujet de l’activisme environnemental, souvent porté par les femmes. Les artistes préparent une réelle soupe sur scène et le spectacle se termine en moment de discussion avec les spectateurs, une tasse de soupe à la main. « Il y a ce côté d’être ancré dans l’échange, dans ce sentiment de communauté », explique Geneviève Pineault.
Vox : quête d’identité
La compagnie jeunesse Vox Théâtre mise sur la recherche de soi et l’appartenance au groupe pour sa 46e saison.
Outre La nuit du Caribou, elle accueille la pièce Petit pois, qui a déjà fait ses preuves. Créée à la fin des années 1980 par la Belge Agnès Limbo, elle est aujourd’hui reprise par Kleine Compagnie et Presentation House Theatre, en collaboration avec la compagnie Gare centrale, qui a produit la version originale.
Avec humour et délicatesse, la pièce qui nous présente la quête d’un petit pois égaré parle en fait de l’expérience du nouvel arrivant, une « analogie vraiment spéciale » qu’apprécie Pier Rodier.
Vox Théâtre mise aussi sur le premier texte pour enfants de la dramaturge ottavienne Lisa L’Heureux en coproduisant Parmi les monstres avec le Théâtre de Dehors. En mêlant la marionnette et le théâtre d’ombres, la pièce parle de la quête d’identité du jeune Billy, qui devra affronter ses peurs pour mieux se comprendre.

Alors que plusieurs travailleurs des arts déplorent une difficulté de ramener les gens en salle depuis la pandémie, Pier Rodier affirme sentir un regain d’engouement pour le théâtre jeunesse. Il croit que les parents cherchent à passer du temps de qualité avec leurs enfants… et à les éloigner des écrans. « Nos ventes vont très bien », affirme-t-il.
Pour Vox théâtre, l’heureux problème est que les enfants du quartier voient souvent les pièces avec leur école, grâce aux matinées scolaires. Il arrive tout de même à attirer des familles pour les représentations grand public, pour une ou deux représentations par spectacle.
Catapulte : le corps transformé par l’esprit
Le théâtre Catapulte exploite des thèmes assez sombres. La directrice artistique et codirectrice générale, Isabelle Bartkowiak, parle de traumas intergénérationnels, de résilience, de comment la douleur peut devenir lumière et des souvenirs qui restent.
La saison explore « notre corps à travers tous les revirements de la vie, les chamboulements, les obstacles, les révoltes qu’on va vivre. À quel point il se transforme et ce qui peut sortir de beau des blessures. »

Dans Les ensevelies, l’autrice Caroline Bélisle traite de féminicide et de violence faite aux femmes et aux enfants. Le spectacle « traite du sujet sans tomber dans l’analytique, selon Isabelle Bartkowiak. Ça s’écoute un peu comme un thriller. »
Beaucoup plus légère, Pour Maëlle s’adresse à un public de 16 à 35 ans pour parler de transfuge de classe chez les enfants d’immigrants. À la sortie des bars, un jeune homme d’origine libanaise tombe amoureux d’une artiste qui vient d’un milieu totalement différent.
Isabelle Bartkowiak signe elle-même le docu-fiction Bon voyage?, une pièce sur le deuil qui s’adresse aux 10 à 14 ans. « C’est pertinent à aller voir en tant que parent et d’amener ton ado ou ton préado, explique l’autrice. C’est une belle manière de commencer à ouvrir la discussion sur la place qu’ont les gens qui ne sont plus dans nos vies. »
Le gardien des enfants du Théâtre indépendant s’adresse pour sa part à un public averti de 18 ans et plus. La pièce parle d’adultes ayant vécu des agressions sexuelles dans leur enfance, dans un texte dense d’une cinquantaine de minutes, qu’Isabelle Bartkowiak qualifie de poétique.
Le Trillium : à l’avant-garde
Le directeur artistique et général du Théâtre du Trillium, Pierre Antoine Lafon Simard, souhaite recruter des spectacles « en marge de la création contemporaine, qui explorent de nouveaux territoires ».
« Ça ne veut pas nécessairement dire d’aujourd’hui », nuance-t-il en prenant l’exemple de Transfiguration. Cette performance d’Olivier de Sagazan a été créée en 1998 et a pourtant encore été remarquée cette année au Festival off Avignon, en France.
Le Trillium coproduit, avec Chambre noire, La jeune fille suppliciée sur une étagère, qui sera présentée en mars. « On s’enligne sur un très beau projet, qui pourtant parle de la mort, mais qui donne espoir, qui est extrêmement drôle. »
La saison de LNSGD s’étendra du 9 octobre 2025 au 23 mai 2026.