Politique

11 heures de cours de français en six mois pour Mark Carney

En campagne électorale, le chef libéral avait pris l'engagement d'améliorer son français. Crédit image:THE CANADIAN PRESS/Adrian Wyld

OTTAWA — Mark Carney a suivi 11 heures de cours de français depuis son arrivée en poste à la tête du pays, et n’a pris aucune leçon depuis le début du mois de septembre. L’équipe de M. Carney affirme que c’est en raison du départ de sa professeure et confirme être à la recherche d’une nouvelle personne pour poursuivre la formation.

Mark Carney a suivi plus exactement 11 cours pour une durée totale de 10 heures et 45 minutes, selon des documents envoyés dans le cadre d’une étude sur l’usage du français par le premier ministre au Comité des langues officielles et qu’ONFR a consultés. De septembre à novembre, le premier ministre n’a pas pu suivre de cours de français, car sa professeure a quitté la capitale nationale, soutient le chef de cabinet du premier ministre Marc-André Blanchard.

« Un nouveau professeur de français sera choisi sous peu et les séances de formation devraient reprendre avant la fin de cette année », assure M. Blanchard dans une lettre transmise au Comité des langues officielles le 13 novembre dernier.

À la suite de l’adoption d’une motion dans ce sens, le Comité des langues officielles avait demandé au bureau du premier ministre des informations concernant son apprentissage du français depuis son entrée en poste.

Ces cours ont eu lieu entre le 30 juin et le 2 septembre et la majorité a été tenue au mois de juillet, selon les renseignements transmis par le Bureau du conseil privé. De plus, trois cours de 60 minutes ont été annulés, indique aussi l’horaire du premier ministre. Aucun cours ne figure à l’agenda du premier ministre avant le mois de juin et après le mois de septembre.

« Le premier ministre est résolu à continuer à parfaire son français pendant son mandat », soutient son chef de cabinet dans cette lettre.

« Il s’agit d’une question qui lui tient réellement à cœur. Il aime la langue française, poursuit M. Blanchard. Il croit qu’il est important de maintenir et de promouvoir le caractère bilingue du Canada. Le premier ministre est conscient qu’il s’en est engagé auprès de l’ensemble des Canadiennes et des Canadiens, et il s’efforce de respecter cette promesse chaque jour. »

Marc-André Blanchard, chef de cabinet du premier ministre Mark Carney, se rend à une réunion du caucus libéral sur la Colline du Parlement à Ottawa, le mercredi 5 novembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Justin Tang

Ce dernier souligne que Mark Carney s’est entouré de francophones et de gens bilingues dans les hautes sphères de son équipe, et qu’il interagit avec les médias et son équipe dans la langue officielle de leur choix.

« Ces interactions offrent l’occasion au premier ministre de poursuivre l’apprentissage du français et de renforcer sa capacité à discuter des questions dans les deux langues officielles », mentionne Marc-André Blanchard.

Cette étude du comité a été demandée après la publication d’un article de Radio-Canada qui révélait que 17 % des contenus des discours du premier ministre étaient en français. L’ex-gouverneur de la Banque du Canada s’était défendu, jugeant qu’il faudrait aussi prendre en compte la proportion des réponses en français.

Son bureau estime plutôt que « l’amélioration de ses compétences » dans la langue de Molière a permis au chef libéral « d’accroître la proportion de français dans ses discours, depuis son entrée en poste ». 

« Ce changement démontre que son engagement à l’égard du français porte déjà ses fruits, et ce, à quelques mois à peine après le début de son mandat », écrit M. Blanchard.

« Je vais leur en trouver un prof de français »

À la lumière des chiffres présentés aux députés du comité, les intentions de M. Carney envers la langue française n’ont pas convaincu les élus de l’opposition à Ottawa.

« Ça démontre qu’il n’a pas la volonté de faire du français l’une de ses deux langues d’usage, affirme le député conservateur Joël Godin. On ne le sent pas, tant au niveau du nombre d’heures que de ses actions au niveau de son utilisation du français dans ses interventions, dans les communications et dans l’utilisation du français par ses ministres et son cabinet. »

« Ça montre qu’il n’y a vraiment pas de volonté de donner plus de place au français dans ses discours, dit de son côté l’élu bloquiste Mario Beaulieu. C’est des belles intentions, on courtise l’électorat francophone, mais on ne fait rien pour le français », ajoute-t-il.

« Ne pas être capable de trouver un prof de français depuis septembre, ça fait dur »
— Mario Beaulieu

Ces derniers n’achètent pas l’excuse du bureau de premier ministre concernant l’absence de cours de français depuis plus de deux mois.

« Ça, c’est ridicule honnêtement, s’insurge Joël Godin. Qu’il m’appelle, je vais leur en trouver un prof de français. »

Le Comité des langues officielles poursuit son étude sur l’utilisation du français par M. Carney et dans les hautes sphères de la fonction publique. Le ministre des Langues officielles Steven Guilbeault doit d’ailleurs témoigner prochainement.