En pleine explosion démographique, la commune prépare le terrain pour connecter ses villages, ses commerces et son futur complexe. Photo : Inès Rebei/ONFR
Société

Vers un premier réseau de transport en commun à Russell?

En pleine explosion démographique, la commune prépare le terrain pour connecter ses villages, ses commerces et son futur complexe. Photo : Inès Rebei/ONFR

EMBRUN — La municipalité de Russell mène actuellement une étude de faisabilité afin d’évaluer la pertinence d’implanter un réseau de transport en commun local sur son territoire. Dépourvue de service municipal organisé à ce jour, la collectivité souhaite déterminer si l’augmentation de la population et l’ouverture imminente de ses nouvelles infrastructures publiques justifient une telle offre de mobilité.

Actuellement, les déplacements sur le territoire de la municipalité reposent principalement sur l’entraide individuelle et sur les services offerts par des organismes communautaires. Les Services communautaires de Prescott et Russell ont notamment soutenu plus de 3000 trajets au cours de la dernière année dans le secteur d’Embrun et Russell.

Un service desservant la liaison vers Ottawa avait été annulé en décembre 2020 en raison des répercussions de la pandémie et de ses coûts pour la collectivité, laissant la desserte interurbaine aux mains du secteur privé.

« Dans notre municipalité, en ce moment, nous n’avons pas de transport en commun en tant que tel », indique le maire de Russell, Mike Tarnowski.

« Ensuite, c’est vraiment la famille et les amis qui s’entraident pour ces besoins-là. Nous n’avons rien d’organisé. »

Selon les données de la municipalité, la forte expansion du parc industriel, situé en bordure de l’autoroute, et à l’écart des villages, crée de nouveaux besoins de mobilité pour la main-d’œuvre locale. Photo : gracieuseté de la municipalité de Russell

Consultations citoyennes et collecte de données

Afin de mesurer le besoin réel, la municipalité a confié la réalisation de l’étude à la firme spécialisée torontoise Left Turn Right Turn. Lancés en juin, les travaux incluent un questionnaire en ligne ouvert jusqu’au 9 août pour permettre aux résidents de partager leurs habitudes de déplacement.

« Notre objectif est d’évaluer et de comprendre la faisabilité d’un tel service au sein de la commune », précise Jordan Papazoglou, expert principal en transport pour la firme Left Turn Right Turn.

« Actuellement, nous mettons tout en œuvre pour dresser un tableau complet des besoins. Cela inclut les commentaires du public par le biais du sondage, mais aussi des échanges avec les groupes communautaires, divers comités municipaux, les membres du conseil et le personnel. »

L’équipe d’experts analyse également les données démographiques de la municipalité, les politiques existantes et l’historique d’achalandage des services passés.

Cibler les besoins locaux : emploi, aînés et jeunesse

La démarche vise principalement à analyser les déplacements internes à la municipalité, notamment pour faciliter l’accès aux zones commerciales, au parc industriel, mais aussi aux futurs lieux de rassemblement municipaux.

« Notre communauté est en pleine croissance », explique le maire Tarnowski.

« Nous avons beaucoup plus de résidents. Nous avons aussi un agrandissement assez important de notre parc industriel, qui n’est pas loin de l’autoroute mais qui ne se situe pas directement à proximité de nos villages. Nous ressentons quand même un besoin de transport en commun dans les limites de la municipalité. »

L’initiative de transport cible ainsi plusieurs groupes de la population, dont les aînés, les personnes ayant des besoins en matière d’accessibilité, les travailleurs et la jeunesse.

Le maire de Russell, Mike Tarnowsky, estime qu’il y a plusieurs avantages à la création d’un réseau de transport collectif dans sa localité. Photo : gracieuseté de la municipalité de Russell

« Il y a plusieurs marchés visés, précise le maire. Ce serait d’abord les aînés, pour se rendre aux services, aller chez le médecin, à la clinique ou faire des achats. Ensuite, nous avons les jeunes qui cherchent un emploi ou qui souhaitent accéder au nouveau complexe récréatif. »

Il souligne également l’importance de faciliter la mobilité vers les zones d’emploi : « L’autre aspect à observer, c’est le besoin d’accessibilité dans notre parc industriel. Est-ce que les employeurs aimeraient voir cela pour accéder plus facilement à de la main-d’œuvre? »

Plusieurs modèles à l’étude d’ici la fin 2026

La municipalité s’inspire d’expériences similaires menées dans d’autres localités ontariennes, comme à Kemptville, Pembroke ou North Grenville, où le transport à la demande connaît un succès notable.

Il reste toutefois prématuré de déterminer la formule exacte qui pourrait être retenue pour Russell. « De nombreux services voisins dans l’est de l’Ontario offrent un service à la demande, mais chaque communauté est différente, indique Jordan Papazoglou. Tout au long de ce processus, nous allons examiner de nombreuses options, y compris un service à itinéraire fixe. »

Une fois la consultation publique terminée, l’équipe d’ingénierie et d’urbanisme poursuivra ses analyses au cours de l’automne afin de développer différents scénarios de services et d’en évaluer les coûts financiers.

« Notre intention est de présenter nos conclusions au conseil avant la fin de 2026 », confirme Jordan Papazoglou. La décision finale de déployer ou non un réseau reviendra ensuite aux élus municipaux.

Un complexe récréatif majeur prêt cet automne

L’enjeu de la mobilité devient d’autant plus stratégique que la municipalité s’apprête à inaugurer prochainement son nouveau complexe récréatif de 105 millions de dollars, comprenant une piscine intérieure, des surfaces de glace et une salle communautaire. L’accès à ce pôle central représentera un test concret pour le réseau de transport potentiel.

Sur le chantier, les travaux entamés depuis la première pelletée de terre en 2024 tirent à leur fin, au grand plaisir de l’administration locale.

Le complexe récréatif de Russell comprendra trois patinoires avec une capacité totale de 752 places, une salle communautaire de 10 000 pieds carrés, une piscine de 25 mètres sur six couloirs et des vestiaires inclusifs. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Au début, notre échéancier original prévoyait une ouverture à la fin octobre, et là, nous sommes peut-être une ou deux semaines plus tard que cela. Nous parlons donc du mois de novembre de cette année », se réjouit Mike Tarnowski.

« Je peux même rapporter que nous sommes sous notre budget. Tout va très bien, et nous planifions d’ouvrir cet automne avec un gros lancement », conclut-il.